The Libertines - The Libertines

Publié le par Alex la Baronne

Note album : 10/10

 The men who should have been kings

Avis aux lecteurs de tabloïds en tout genre : non content de combler presque chaque semaine votre appétit de voyeurisme morbide, Pete Doherty fut également le brillant co-leader des Libertines. Reprenons depuis le début l'épopée tragi-comique du plus grand gâchis de ces 20 dernières années. Lorsqu' "Up the bracket" parait fin 2002, la presse se jette sur cet album comme sur du pain béni. Il faut dire qu'en ces temps durs de pop mollassonne, le disque surprend. Des duos électrisants, des leaders beaux comme des Dieux, une spontanéité bien trop souvent absente de la musique actuelle... Il n'en faut pas plus pour provoquer une véritable ruée chez les disquaires. Sans avis d'expulsion préalable, Chris le Lisse est chassé du trône. Exit Coldplay, place au rock, au vrai. Carl le Mystérieux et Pete le Torturé deviennent les nouveaux rois de la scène britannique.

Pourtant, cette acclamation unanime signe leur arrêt de mort. Pete Doherty, dans une logique d'auto-destruction explicite, prend plaisir à appliquer au pied de la lettre les dogmes libertins. Alcool, héroïne, cocaïne, crack, ecstasy, tout y passe, au grand dam de Carl Barât, qui se voit obligé de trouver un remplaçant à son âme damnée pour les tournées du groupe. Ce dernier, dont le désespoir le dispute à la débauche, prend assez mal la chose. Dans un accès de rage, il cambriole et dévaste l’appartement de son meilleur ennemi et est envoyé 2 mois en prison. Fin du groupe, annoncent alors les journaux avec leur cynisme et leur versatilité habituels. Cela est négliger la dépendance réciproque de ce duo au charisme obscur, capable de faire oublier à n'importe quelle jeune femme normalement constituée la présence de Jean-Crétin, son éternel fiancé. Après une reprise de contact épistolaire, le projet d'un second album prend forme. « The Libertines » sortira en Aout 2004, malgré les heurts incessants de deux êtres aux antipodes l'un de l'autre.

Quasiment enregistré en live, cet opus parvient à vous donner le frisson que vous n'attendiez plus. Du brillant "Can't stand me now", où Carl et Pete évoquent leur relation tumultueuse, à "What became of the likely lads" - toujours sur le même thème - en passant par le ravageur "Narcissist", ce disque fascine et intrigue. Mieux, le quatuor nous prouve sa capacité jusque là ignorée à exceller dans des eaux plus calmes, notamment avec le troublant "Music when the lights go out" et "What Katie did", annonciateur de la rencontre entre Kate Moss et Pete. La lucidité de ce dernier serre le coeur avec "The saga", où il explique creuser sa propre tombe. Rarement telle descente aux enfers avait été accompagnée de cette lugubre clairvoyance...

Grâce à "The Libertines", le rock nous semble plus vivant, plus vibrant que jamais. Triste paradoxe pour un groupe voué à disparaître quatre mois seulement après sa sortie.

Classe : "Music when the lights go out"

Crasse : ?

Chroniques apparentées sur ce blog :

Super cadeau :

Publié dans Pop rock classe

Commenter cet article