Babyshambles - Down in Albion (2005)

Publié le par Alex la Baronne

Note album : 7/10

A chaque disque son contexte. Tel album vous met de bonne humeur, tel autre vous fait planer, un autre encore anime vos dîners amicaux… et bien "Down in Albion" se fredonne de préférence accroché à un réverbère, les yeux imbibés ouverts sur le vague.  Poète incompris pour les plus rêveurs, pantin ridicule pour les plus cyniques, Pete Doherty donne à la fois envie de rire et de pleurer. Certes, dans ses bons moments le bougre se montre plutôt attachant, empêtré dans une lose presque rassurante pour les François Pignon du monde entier. Mais comment ne pas frémir devant les spéculations que sa mort soi-disant prochaine entraîne ? Pourquoi continuer à glorifier un garçon totalement déshumanisé par les ragots et les drogues dures ? Occupé à commenter les dernières frasques Piteuses, le peuple crucifie avec délectation le nouveau martyr du rock, symbole d'une existence sordidement attirante. Ce dernier, bourreau de sa propre conscience, se vautre pleinement dans le cercle vicieux de la gloriole, jusqu'à en oublier sa plume légère et romantique en route.

Fruit d'une histoire évidemment mouvementée, cet opus mal abouti rappelle la plaie encore béante d'une séparation stupide et douloureuse. En 2003, Pete "Babyshambles" Doherty, flanqué de son ineffable Carl "Papashingles" Barât, entre dans un studio américain pour y enregistrer quelques morceaux nés de leur collaboration fusionnelle. Pete "Yoko Ono" Wolfe, un obscur poète toxicomane connu sous le nom de Wolfman, les accompagne. Très vite, Carl ne supporte plus ce 3è larron à l'influence des plus affligeantes sur son vulnérable comparse. Après quelques engueulades mémorables, il claque la porte et laisse son ami ennemi finir seul. Les "Babyshambles sessions", longues errances stupéfiantes, seront par la suite largement diffusées sur le net. De retour en Europe, bébé chaos ne participe pas à la tournée européenne des Libertines puis, devant l'exclusion prononcée par les autres membres du groupe, fonde son propre quatuor. La suite de ces Feux de l'Amour acides est connue de tous. Pete cambriole l'appartement de Carl, échoue en prison, les deux likely lads se rabibochent brièvement, enregistrent un album, se disputent à nouveau et se séparent peut-être définitivement.

Influencé par ses amis chimiques, le rocker décadent se consacre alors à nouveau aux Babyshambles, une épatante cour de bras cassés. Avec Pat Walden, guitariste raté aussi frais qu'un banc de mérous laissé 48 h au soleil estival, et le Général (qui ne fait toutefois pas partie du groupe), truand reggae rencontré en taule, le sieur Doherty s'attelle à la composition d'un album concept en 3 parties, dénomination pompeuse pour un supposé conte de fées comprenant un début, un milieu et une fin. Un manichéisme réaliste poussera à ne déceler que 2 chapitres sur ce disque : 8 premiers titres plutôt bons et une dernière demi-heure calamiteuse, sauvée par le puissant "Albion", vestige de la gloire libertine.

Attendu par la presse comme le Messie après le brillant single "Killamangiro", jeu de mots évoquant un assassinat crapuleux, Pete Doherty se prend magistralement les pieds dans les rails sinueux de la gloire. Certes, la critique se montra soudain bien sévère avec le longiligne rocker, devenu soudain monstrueux pour avoir perverti Kate Moss, prétendu parangon de vertu qui défile mieux qu'elle ne chante. "La belle et la bête", ode à la passion de ce couple déjà mythique, le prouve amplement, même si ce joli titre reflète bien la poésie d'un songwriting confusément touchant. Parfois terriblement poussifs, les 7 titres suivants se révèlent à l'image de leur auteur, à savoir bordéliques, souvent glauques, mais toujours émouvants. "Fuck forever", déclaration d'amour décalée, se révèle involontairement amusant avec ses couinements frénétiques mis en scène dans un clip qui rappelle fortuitement "Et vice et versa" des Inconnus. La suite se révèle du même tonneau. Petit cris décadents en intro, mélodies chaotiques, allusions aux drogues, ce désordre se délaye parfaitement dans des textes élégants et donne naissance à une pléiade d'airs assez réussis, tel le vaporeux "A rebours"qui précède parfaitement le charmant "32nd of December". Plus rocks, "8 dead boys" et "Pipedown", très réussi avec ses chœurs désinvoltes, montrent combien l'énergie des Libertines n'était pas l'apanage de Carl Barât. Malheureusement, cet opus s'effondre ensuite comme un soufflé raté et finit par énerver franchement. De titres superflus  ("Loyalty song", "Up the morning") en tocades pitoyables – "Pentonville", ode au trou interprétée par le fameux général -, la lassitude gagne, d'autant que Pete ne s'est toujours pas décidé à sortir de sa baignoire pour venir chanter dans le micro. Pire, l'émoi disparaît totalement sur des ballades censées révéler un univers noir et poignant ("In love with a feeling", "Merry go round"). Un tel talent gâché n'a sans doute pas incité à la clémence, en dépit d'une levée de boucliers excessive pour cet album parfois semblable à une maquette. Quelques titres saisissants laissent pourtant espérer un véritable conte de fées la prochaine fois, si notre homme parvient à vaincre ses démons. Optimisme, quand tu nous tiens…

Classe : "Killamangiro"

Crasse : "Pentonville"

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Alex la Baronne 05/04/2007 09:18

C'est vraiment étrange Thom, dès que tu me dis que je suis sévère, je regarde ce que j'ai écrit et je pense "Mais j'ai été indulgente" :-) !Par contre, pour le fait que Pete se soit involontairement approprié la caution intelectuelle des Libertines, je ne peux que te rejoindre. Il est même admirable que Carl ait réussi à si bien revenir sur le devant de la scène, au vu de la considération que la presse avait pour lui au split des Libertines...

Thom 04/04/2007 15:30

Je me promenais ici, et en fait je te trouve un peu sévère avec ce disque...en fait moi il ne m'a pas trop surpris, parce que j'avais chopé sur le net les deux séries de démos (Babyshambles & White Chappel) et si ce sont des titres différents bah...le son n'est pas bien meilleur ! C'est ce qui me gène un peu sur cet album que je trouve bon au demeurant, en réalité dans la droite lignée du second Lib à propos duquel je partage totalement l'avis de Chtif...je l'écoute régulièrement, mais j'en zappe pas mal (le morceau 60's c'est "What Kattie did next" j'imagine ?)...les deux premières, zou, j'en saute trois, zou...sur BabyShambles je fais exactement pareil, sauf que comme tu l'as souligné les meilleures sont concentrées au début...N'empêche, il est trop cool ce Pete : il pense aux gens qui copient son album sur un CD-R pourri dont seule passe la moitié des pistes :-)En revanche j'ai trouvé que la presse était beaucoup plus injuste avec Barat qu'avec Doherty, comme si ce dernier était parti avec la "caution intellectuelle" des Libertines...non ?

Alex la baronne 23/08/2006 10:49

Bon, et bien il va falloir que je me procure ces compils... Vivement que l'argent coule à flots sur mon compte en banque :-) !

Chtif 23/08/2006 00:48

Le seul problème des compiles Nuggets est que les groupes actuels te paraîtront encore plus référencés !! Mais vas_y les yeux fermés, tu n'en reviendras pas.

Alex la baronne 22/08/2006 16:50

Merci beaucoup pour le conseil !!! Il est vrai que j'écoute peu de disques des 60's et encore moins des artistes "oubliés"... J'ai une oreille plutôt neuve sur la musique actuelle même si certains groupes m'apparaissent quand même comme ultra référencés (les Rakes pour ne citer qu'eux)...