Kids in the riot : High and low with the Libertines, Pete Welsh

Publié le par Alex la Baronne

(NDLR : Je sais, je parle beaucoup des Libertines, mais est ce de ma faute si j'ai reçu récemment 2 livres les concernant ?)

"Et si tu écrivais un livre sur nous ?" propose un soir Pete Doherty à son ami des premiers jours, Pete Welsh. Guitariste du groupe Kill City, celui-ci connaît les Libertines mieux que personne et va très vite s'atteler à cette périlleuse besogne. Des débuts miteux au concert complet de la prestigieuse Brixton Academy, l'extraordinaire épopée des terribles rejetons d'Albion évoque plus un concours de crachats qu'un mythe rock, tant chacun des 2 leaders essaye de tirer l’Union Jack à lui. Pourtant sincèrement admiratif de leurs prouesses musicales, l'auteur dresse un portrait implacable des célèbres frontmen, aidé en cela par leurs confidences d’une lucidité saisissante. Le témoignage de "Scarborough" Steve, premier chanteur du groupe, évoque des drogues déjà omniprésentes et surtout un univers imaginaire, Albion, difficile à appréhender. Cette complicité exceptionnelle pousse le duo à se retrancher dans des rêveries inaccessible, dégoûté d’un monde aussi fade que vain. Totalement fondus dans leur identité libertine, Carl et Pete séduisent alors les magnats de Rough Trade, célèbre label indépendant. Pete Welsh a interviewés : James Endeacott, Geoff Travis, Tony Linkin, tous comparent les premiers concerts des Libertines à ceux des Beatles dans leur période hambourgeoise, tous se disent ensorcelés par le charisme et l'énergie innée de ce tandem spirituel, insolent et enjoué. "Kids in the riot" prend alors des allures d'hommage, d'épitaphe à une gloire trop rapidement consumée.

Soudain, l'arrêt de mort. Une simple signature sur un contrat. "Le meilleur et le pire jour de ma vie", dira Doherty. Impuissant, l'auteur regarde ce dernier, dont il est très proche, commencer son inéluctable descente aux enfers, à mesure qu'il prend paradoxalement l'étoffe d'une rock star. Une chute vertigineuse décrite sans concessions, malgré une affection évidente pour l'enfant terrible du rock. Carl Barât, aujourd'hui décrit comme un saint, n'est pas épargné non plus par Welsh, avec qui il entretient des relations parfois tendues. De leur côté, les dirigeants de Rough Trade évoquent la "maladie mentale" de poulains absolument "ingérables". Un manager réputé pour sa sévérité se verra même congédié par "le groupe le plus infect en activité ", auteur de prestations parfaitement imprévisibles, un jour grandioses, le lendemain minables. Seul lieu épargné par le tumulte : le studio d'enregistrement où les garçons rencontrent leur producteur Mick Jones, véritable stabilisateur d'un vaisseau arcadien sabordé de toutes parts. L'ex chanteur des Clash, idole de l'auteur, tient définitivement le beau rôle dans cette sombre histoire, puisqu'il parviendra plus tard à maintenir un semblant de cohésion assez longtemps pour pouvoir enregistrer "The Libertines".

Véritable patchwork de révélations erratiques, ce livre évoque ensuite la tournée consécutive au premier album, "Up the bracket", dans une atmosphère décousue.  Parfois, le lecteur se perd un peu au milieu ces déclarations sordides pleines de flash backs. Cependant, la lente déshumanisation de Doherty devient de plus en plus tangible. Décomplexé par les opiacés et un charisme grandissant, Pete commence à revendiquer une place de leader que Carl considère comme acquise. La tournée aux USA, supposée apporter la consécration, s’apparente à un règlements de compte quand ce dernier persiste et signe : il chantera seul "I get along" à la TV américaine et son compère, privé de micro, n'assurera même pas les chœurs.  Après les fameuses "Babyshambles sessions", les 2 hommes rentrent au pays fâchés comme jamais. Le plus jeune épanche son désespoir avec une sincérité poignante et évoque les ruines d'une amitié, d'une passion même, exceptionnelle. Fasciné par le showbiz que son ami terrible vomit, Barât part quant à lui rejoindre des sphères plus hypes et exclut son acolyte du groupe. Une sentence peu appréciée, surtout venant d'un garçon lui aussi accro aux drogues dures pendant de longues années.

Bouleversé, l'auteur fuit le tumulte et atterrit en Crète. Quelques jours plus tard, son colocataire lui apprend la terrible nouvelle. Jusqu’alors très factuel, Pete Welsh se laisse submerger par le désarroi quand il découvre l’impensable : Doherty a tenté de le cambrioler, avant un essai plus réussi chez son co-frontman. Lisa Moorish, alors fiancée à Doherty et enceinte de 8 mois, dénonce son compagnon qui passe naturellement un mois en prison. Cette période voit ses amis et collaborateurs en proie à une hébétude affligée devant l’étendue des ravages provoqués par les drogues dures. Pour la première fois, Carl Barât laisse éclater sa colère et sa tristesse et n’esquive plus les conversations embarrassantes, comme il le faisait si bien auparavant. Sans doute pareillement choqués par cette trahison, l’auteur et le guitariste évoquent leur mal être et décident d’attendre le fautif à sa sortie de prison. Une scène à la nervosité burlesque parfaitement retranscrite, avant des retrouvailles émues scellées par un concert d’anthologie et un Barât qui atterrit ivre mort aux urgences. Cette accalmie de courte durée ne masque pas un éloignement inéluctable. D’accusations mesquines (Carl : "Pete n’est qu’un sale mégalomane") en regrets vils (Pete : "Si c’était à refaire, "Up the bracket" – la chanson – serait créditée à mon seul nom), les 2 compères versent dans la paranoïa et le délire complet. Un voyage à Paris, loin des féroces tabloïds, n’y changera rien. Quand "The Libertines" parait, le groupe est presque mort, malgré l’accueil enthousiaste réservé à ce second album. "Carl oscille perpétuellement entre des sentiments opposés. Soit il me hait, soit il m’aime trop. Il finira par se tuer. ", dira Pete. Il n’est pas le seul. Voila pour l’histoire humaine, terminée sur une ultime queue de poisson.

Heureusement, ces fragments d'interviews sont liés entre eux par la narration de l'auteur, véritable fil d'Ariane qui met intelligemment l'accent sur le talent musical du tandem. Dès l’explosif "What a waster", 1er single choc, Welsh souligne une extraordinaire spontanéité, des textes à la poésie vertigineuse. Quasiment vierges de toute influence, les Libertines n’échappent toutefois pas à un certain formatage. Le renouveau amené par les Strokes et leur formidable "Is this it" exige en effet un lot de codes dit "cools". Dans une logique revancharde, la perfide Albion commence à chercher un groupe capable de rivaliser avec les New Yorkais. Acceptant de remiser au placard leurs douces ballades et leurs pardessus, les Libertines branchent leur guitare, la veste en cuir sur les épaules. La machine est lancée, sous les yeux d’un Welsh confit en dévotion devant ces hymnes punk annonciateurs d’une nouvelle génération rock à la prestance britannique presque caricaturale. Car les Libertines incarnent plus qu’un simple groupe. "Ils sont un mode de vie" déclarera en préface le las Alan Mc Gee, leur ancien manageur. Un mode de vie souvent glauque, d’une fulgurance stellaire et empreint d’une loufoquerie parfois involontaire, mais toujours bienvenue tant certains passages choquent par leur noirceur.

"Malheureusement, la vérité est dite ici pour la première fois" dira Pete Doherty de ce livre. Elle fait mal.

Super cadeau :

  • la vidéo d'"I get along". Les Libertines jouent pour la première fois aux USA, dans le show de David Letterman et sont bien entendu fachés comme jamais...

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Publié dans Saines lectures

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london life 01/05/2008 16:27

salut!! j'ai beaucoup entendue parler de ce livre et j'aimerai bien le lire! Tu pourrais me dire si on peut le trouver en librairie ou juste sur des sites et s'il en existe une version en français (pck je ne suis pas très sure de mon anglais j'aurais peur de passer a coté de pas mal de choses..lol) Bn bah merci

Alex la Baronne 19/09/2006 23:29

Pmfc !!!! Et je dirai même plus : putains de gens qui m'ont ramené un DEUXIEME livre concernant les Libertines !!! Cela dit, je glousse encore de la contre PETErie !!! Ouarf ouarf ouarf !!!
Pour la CIA et le FBI, ne t'en fais pas, je les chasserai avec la grâce qui me sied ! 

Ouss 19/09/2006 22:47

Pmfc !
J'ai surement amené la CIA et le FBI sur ton site...
A partir de dorénavant, il est sûrement sur écoute...!!! Aaaaaaaaaaaaahhhhhhhhhhhhh

Ouss 19/09/2006 22:13

Pardon, je voulais dire : Butons Pete !
C'est l'heure de buter !

Ouss 19/09/2006 22:12

Putain de gens qui t'ont offert ces bouquins ! z'auraient pas pu choisir aut'chose ? Pete le matin dans le metro, Pete le soir sur ce blog ! J'en ai marre Pete ! Putons Bete !