Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Samedi 27 octobre 2007

Note album : 7/10


BlondeRedhead23.jpgIl y a ceux dont on parle et les autres. Ces anonymes qui se succèdent. Ils rappellent cette chanson des Innocents, Un homme extraordinaire. Tout en eux évoque la normalité, le quotidien dans sa banalité la plus lisse, l'ennui d'une vie trop bien réglée. Pas évident de parler de ces gens, aussi extraordinaires soient-ils.

Et quand vient un disque à l'image de ces gens, on préfère tout simplement le passer sous silence, le balafrer d'une neutralité incompatible avec la norme rock'n'roll. Car finalement, cette indifférence est bien pire qu'une chronique estampillée "nullité crasse", qui a au moins le mérite de susciter un sourire amusé ou de véhémentes protestations.

Alors, c'est sûr, 23 de Blonde Redhead ne provoquera aucune émeute. Le trio italo-nippon, formé à New York et nimbé d'une brume underground du meilleur goût, s'avère bien trop raffiné pour déchaîner les passions. Les commentaires enflammés n'afflueront pas par dizaines au bas de ce texte, aucun djeun ne viendra bavocher une prose indignée en gloubiboulga SMS. Les exégètes pop garderont leurs références absconses pour d'autres causes plus nobles. Quant aux fashion victims de base, ils jetteront une oreille distraite à ce disque, avant de volontairement  salir et de trouer leur paire de Converse, histoire de faire croire qu'ils ont assisté à tous les festivals branchés.

Je ne me souviens même pourquoi j'ai acheté ce disque. Peut-être grâce à cette jolie chronique poétique parue sur Pop-Rock. D'un point de vue purement esthétique, j'aime bien la Suzanne Lenglen quadrupède de la pochette, posée sur ce joli fond bleu ciel un peu passé, qui me rappelle ces glaciales journées scandinaves, où le soleil brillait sans rien réchauffer. Malheureusement, l'intérieur jaune pastel jure outrageusement avec cette douce teinte céleste…

Que dire de plus ?

Si ce 7è album de Blonde Redhead était une femme, ce serait assurément une femme extraordinaire. Une de ces femmes parfaites, qui mènent leur vie comme un travail de tous les instants, sans jamais déprimer ou rechigner. Les femmes extraordinaires soignent leur apparence au millimètre près, ne laissent aucun cheveu dépasser de leur casque capillaire. Elles n'écaillent jamais leur vernis à ongle, préparent les goûters de leurs enfants avec un amour maternel tout à fait sincère et touchant, repassent le linge de leur mari par abnégation familiale. Elles s'accomplissent professionnellement dans le dévouement hiérarchique et ont invariablement des amies calibrées pour leur ressembler comme des œufs dans une boite de 12. Bref, les femmes parfaites ont beau être dotées de toutes les qualités du monde, elles n'en restent pas moins désespérément trop lisses pour véritablement retenir l'attention. En fait, 23 évoque l'album de Charlotte Gainsbourg en plus réussi. Les mélodies sont souvent enchanteresses (23, Silently) et l'exquise voix nippone de Kazu Makino, aussi exotique que lointaine, insuffle un calme mystérieux à chaque titre, dont aucun ne sort vraiment du lot à part le très beau Top Ranking.  Le reste se situe dans une douce veine pop, calme et élégante, que l'on écoute souvent sans trop entendre, même si Dr Strangeluv ou The Dress retiennent l'attention grâce à leur perfection désincarnée.  Mais cela ne suffit malheureusement pas à propulser ce disque très souvent sur la platine, à part pour un dîner entre gens extraordinaires.

 

Classe : "23", "Top Ranking", "Dr Strangeluv"

Crasse : "Publisher"

 

En bonus, "23" en live

 


par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire communauté : Le Monde du Rock
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Jeudi 27 septembre 2007

Note album : 6/10

 

Air-Pocket-Symphony.jpg
J'adore vanner. Mais s'il y a une chose que j'adore encore plus, c'est vanner ce que j'adore.

Je suis une grande fan de Air, vous le savez bien. Je vous l'ai déjà expliqué dans une autre chronique, celle où j'ai déballé tout mon petit cœur. Cette admiration sincère pour les deux versaillais ne va pas m'empêcher de tirer à boulets rouges sur Pocket Symphony, le premier petit écart d'une discographie jusque là plus qu'honorable.

L'autre jour, lors d'un zapping machinal, je suis tombée sur une interview de Jean-Benoît et Nicolas. Ils étaient là, comme d'habitude, à essayer d'avoir l'air le plus français possible. Enfin, français comme les étrangers imaginent les français. N'importe quel hexagonal de base sait très bien que Jean-Benoît et Nicolas appartiennent à une espèce chimérique, un fantasme de non gaulois rêvant de visiter Paris après avoir vu "Amélie from Montmartre". Ils sont sophistiqués, romantiques, beaux, et ne passent pas leur temps à geindre sur leur sort. Loin des standards français en somme. Bref, leur interview se résumait à une revue exhaustive des moyens techniques mis à leur disposition pour l'enregistrement de leur nouvel album. Il en ressortait un discours long, plat et horriblement technique. Je les ai plains de devoir mettre des mots sur leur formidable musique, qui d'ailleurs s'en passe très bien.

Tiens, en parlant de mots. Avez-vous écouté les paroles du raffiné Once upon a time, le premier single extrait de Pocket Symphony ? "I'm a little boy, you're a little girl, once upon a time…" Le tout récité d'une petite voix fluette et francophone sur de jolis arpèges de piano très japon(i)ais. Voilà où réside le principal problème de ce 7è album, qui ne dépasse jamais le stade du mignon, quand il ne tombe pas dans le franchement soporifique. Les lumineux Shade Destroyers de Radio #1 sont repartis dans leur dimension enchantée et ont emmené avec eux la poésie naïve du duo, son génie ambitieux, ses épopées aventureuses. Sur Pocket Symphony, Air est devenu le groupe décrit par les hooligans sonores insensibles à l'élégance radieuse de Moon Safari : une formation froidement minimaliste, assez douée pour la musique d'ascenseur, tout juste bonne à exciter les bobos fans de Carla Bruni et de bon goût arbitraire. L'écoute de ce disque ne se résume en effet pas à son contenu, loin de là : la musique accapare tellement peu les débats que d'angoissantes questions existentielles surgissent. A quoi donc peut bien servir Pocket Symphony ? Je ne relancerai pas une fois encore l'éternel débat sur l'utilité d'un art comme la musique, aussi majeur soit-il. Mais quel est l'intérêt de Mayfair song, un morceau aux allures de joli bibelot, dont on connaît les qualités sans jamais avoir envie de l'écouter ?

On peut également se demander ce qu'apportent au sushi les traditionnels invités prestigieux du duo. Jarvis Cocker relève le défi inouï d'interpréter la pire chanson (One hell of a party) jamais composée par lui-même, Air, Pulp ou même Darkel. Quant à la participation de Neil Hannon (Somewhere between walking and sleeping), elle ferait regretter aux ennemis héréditaires de The Divine Comedy l'absence des flonflons inhérents au bonhomme et pour une fois nécessaires à l'animation d'une mélodie bien plate. Et puis, il y a encore cette histoire digne de Kill Bill. Pendant que Jean-Benoît Dunckel jouait à blip-blip aux manettes du charmant Darkel, Nicolas Godin se faisait la main sur des instruments japonais, le koto et le shamisen, en compagnie d'un maître local que l'on imagine plein de cheveux et de moustaches blanches, avec en prime de petits yeux cruels. Cette belle histoire extrême-orientale n'occulte pourtant pas l'implacable réalité : la harpe et le banjo du Soleil Levant n'apportent strictement rien au son du duo, déjà passablement massacré (le son, pas le duo) par la production anémique de Nigel Godrich. Quid de ces basses délicates, véritables clefs de voûtes de merveilleux morceaux, La Femme d'Argent en tête ?

Heureusement, certains morceaux échappent au vide poussé qui a aspiré l'âme de bon nombre de titres (Space maker, Lost message) sous couvert de raffinement. Left Bank, une ballade acoustique et terriblement mélancolique, renoue avec la beauté mélodique coutumière des albums précédents tout comme l'étrange Photograph et ses synthés spatiaux. Mais ce sont surtout Napalm Love et Mer du Japon qui donnent quelques raisons d'espérer pour l'avenir. Durant quelques minutes trop parcimonieuses, la magie de titres plus enlevés nous rappelle pourquoi on aime tant les 2 versaillais. Une bonne cure de Virgin Suicides s'imposera quand même pour bien s'en souvenir.

 

Classe : "Mer du Japon", "Napalm love", "Left bank"

Crasse : "One hell of a party" et toute une fin de disque franchement soporifique.


En bonus, spécialement pour Ska qui aime tellement cette chanson, "Mer du Japon" en live.

par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire communauté : Le Monde du Rock
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Mercredi 12 septembre 2007

Note album : 6,5/10

En voila deux qui entretiennent des relations plutôt chaotiques. De nature humble et discrète, le talent s'accommode parfois assez mal de la hype, cette furie mythomane prête à tout pour se faire mousser dans les endroits bien. Dernièrement, la demoiselle s'est entichée d'un sacré phénomène de foire, dont le comportement erratique a aussitôt fasciné les jeunes nantis en mal de repères. En bonnes caricatures gothiques chic, les Horrors élèvent l'exagération au rang d'art. Reste à savoir s'il s'agit de second degré ou d'un mal beaucoup plus profond. Une chose est sûre : les amateurs de clichés vont se régaler.

On imagine bien les Ho rrors au levé du soir, s'éveillant après une longue journée passée à sommeiller dans un lit en forme de cercueil. Un pot de gel fixation extra forte à la main, nos méchants méchus retouchent ensuite leurs tignasses touffues, avant de se contorsionner péniblement pour s'introduire dans leurs jeans extra slims. Une fois les boucles de leurs ceintures et de leurs chaussures astiquées – la lune se reflètera très bien dedans – les cinq londoniens se retrouvent pour une soirée DVD. Au programme, un Tim Burton et Orange Mécanique. Le reste de la nuit, le groupe le passe à explorer les ruelles du quartier sombre de Whitechapel, à la recherche d'un cas d'étude morbide. Mais que voulez-vous, les temps ont changé depuis la fin du XIXè siècle. Les fêtes foraines sont maintenant pleines de peluches doucereuses et d'écoeurantes barbes à papa. La femme à barbe porte un postiche. Quant à Jack l'Eventreur, il a bien sûr raccroché depuis perpète, et personne ne l'a remplacé.

 

Autant dire qu'aujourd'hui, en ces temps pleins d'illuminés fanas de Casper le gentil fantôme, les Horrors ont des allures d'anachronisme glauque. Leurs concerts prennent parfois des allures de rixe généralisée où chaque accessoire métallique compte, même les boucles de chaussures. Leur premier clip, Sheena is a parasite, voit une jeune actrice s'arracher les boyaux le plus naturellement du monde. Bref, il y a énormément à dire sur ces horreurs, leurs redingotes en velours, l'emprise qu'ils exercent sur des gamins avides de sensations fortes. On pourrait parler des heures du groupe sans même évoquer son premier album, qui s'avère bien évidemment à la hauteur des personnages, comme le sous titre "Psychotic Sounds for Freaks and Weirdos" le laissait entendre. 

Disons le franchement : Strange House est laid. Certains titres sont même vraiment trop laids pour se laisser décemment écouter (Draw Japan, Little Victories) Mais cette laideur est intéressante, voulue. Achevée à grand coups de farfisa, un orgue affreux que l'on croyait réservé aux foires manouches. Entérinée sous un chant punk braillard et des chœurs de messes noires. Mise en exergue par un son garage ostensiblement cradingue, histoire de ressembler à un générique de train fantôme. A force de volonté morbide, cette sombre disgrâce finit par fasciner et attirer malgré soi, notamment durant l'indispensable Jack the ripper et Count in fives, où le vilain farfisa tourne à plein régime. Sheena is a parasite se révèle étonnant d'intensité malsaine, tout comme un Thunderclaps aux allures de procession funèbre décalée. Quant au reste du disque, il contient tous les autres archétypes sordides de bon aloi, de la collection de gants qui siéraient parfaitement à la main de la famille Adams ("Gloves") au meurtre pendant un mariage ("Death at the chaptel"). Les plus impressionnables partiront s'acheter une gousse d'ail et une croix en argent massif. Les autres se contenteront d'un jus de tomates bien coagulé et écouteront cet album avec un rien d'ironie amusée, sans pouvoir toutefois refouler une certaine jubilation.

 

Retrouvez cette chronique sur Pop-Rock

En bonus, le clip de Sheena is a parasite, un titre assez irrésistible bien que franchement peu mélodieux.

par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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Samedi 8 septembre 2007

Note album : 5/10

 

Une chose est sûre : les Rakes ne relanceront pas l'industrie du disque avec l'artwork de Ten New Messages, leur 2è album. Exit les stickers déjantés du dernier Beck ou l'origami psychédélique du récent disque d'Of Montreal, place à une pochette couverte d'un message en morse conçu pour des daltoniens. Quant au livret, il se limite tout simplement aux quatre de couverture. Bof. On se prend même à trouver un charme certain au fumiste tabagique animant le premier album des Arctic Monkeys. En prime, l'inquiétude rapplique un peu bêtement. Ce disque est-il vraiment aussi pénible qu'il en a l'air ?

The Rakes, pénibles ? A l'écoute de l'énergique Capture/Release, leur première livraison, la question semble ridicule, même si les quatre anglais arborent des allures de jeunes intellos tout juste bons à naviguer en eaux plates sans démâter. Mais voilà, le succès, cet assassin de spontanéité, a pointé le bout de son nez. Les quatre londoniens sont partis narrer dans le monde entier le quotidien trépidant de la City au son d'airs punks à la fois teigneux et sophistiqués. Privés du terreau de leur inspiration, ils ont ensuite composé ce 2è disque avec un statut de cador indie à assumer. Et nombre de formations, Art Brut en tête cette année, savent combien cette étiquette peut brouiller une démarche artistique. Reste donc à prier pour que les Rakes, élégants sans tomber dans la pose, ne chutent pas.

Il faudra pourtant s'y faire. Loin de la vie estudiantine finement décrite dans Work, Work, Work, (Pub, Club, Sleep), le charismatique leader Alan Donohoe a perdu de son insouciance. Les brûlots punks des débuts ont fait place à des mélodies pop délicatement ciselées mais un peu molles (Little superstitions). Plus lisse que son prédécesseur, Ten New Messages évoque un long métrage dont le scénariste de goût aurait malencontreusement oublié le rebondissement choc, la révélation surprise de type "Je suis ton père". Car diantre, les Rakes ont pourtant largement les moyens d'affubler The world was a mess but his hair was perfect d'un refrain qui claque décemment, ils peuvent également flanquer au larvaire single We danced together un bon coup de pied au cul capable de le réveiller. Mais ils ne le font pas ici. Perdu dans une new-wave froide et une prise de conscience politique, le groupe a préféré proposer un album parfois pesamment sérieux (Time to stop talking, Trouble). Heureusement, la magie de quelques riffs acérés opère sur un On a mission consacré à la menace terroriste latente, tandis que Down with moonlight dévoile une facette autrement plus plaisante du groupe avec sa basse oppressante et son chant rageur. Toujours dans un registre concerné, Suspicious Eyes fait appel à une chanteuse et un rappeur pour narrer sur un fond  binaire et dépouillé les méfaits du racisme en Grande-Bretagne. Un mélange aussi risqué que réussi, même si sur ces Ten New Messages, seuls trois ou quatre valent finalement le coup. Entamée dans une furie arty en 2005, la carrière des Rakes les a vus passer très rapidement de Franz Ferdinand du snob à Bloc Party du riche. Facile de choisir son camp.

 

Classe : "On a mission", "Down with moonlight"

Crasse : "Time to stop talking", "Leave the city and come home"


En bonus, le clip de "We danced together" (j'avais cherché quelque chose où le groupe est plus à son avantage, mais je n'ai malheureusement pas trouvé !)


par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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Mercredi 31 janvier 2007

Note album : 7/10

 

Mouais. Pas facile pour moi d'évoquer ce disque. Honnêtement, je n'en pense pas grand-chose. Sans doute "Antics" plait-il aux fanas de Joy Divison, qui trouvent en Interpol un ersatz de leurs idoles passées. Les autres n'ont pas grand-chose à se mettre sous la dent, tant cet opus ressemble à une coquille Saint Jacques vide. Un bel enrobage musical ne pourra jamais occulter un relatif manque d'âme.

Des textes mélancoliques, une voix vibrante perdue dans un écho flou : Interpol peut se targuer d'être le pionnier du revival new-wave (notez la bizarrerie de l'expression), amorcé en 2002 avec son premier album, "Turn on the bright lights". Cette idée pas très novatrice octroya au quartet new-yorkais un leadership gonflé à l'acclamation d'une presse fille des 80's.  Attendu dans une impatience fébrile, "Antics", le second opus, confirma cette orientation nostalgique et gagna l'amitié du public grâce à quelques singles estimables, tels les très beaux "Evil" et "C'mere".  Les claviers solennels du troublant "Next exit" méritent également un détour, à l'instar de "Narc", pimenté par un plaisant interlude reggae. Toutes ces qualités n'empêchent pas ces titres de tomber très vite dans un oubli un peu injuste, dont seul l'excellent "Slow hands" s'extirpe avec ses paroles à la fois nerveuses et désabusées. Comme quoi ce single n'a pas été réédité pour rien.

"Antics" n'est pas un mauvais disque, certes. Il laisse simplement amer et songeur. Car ce qui s'apparente à un joli remplissage soigné aurait pu tutoyer l'excellence. Interpol peut nourrir des regrets.

 

Classe : "Slow hands"

Crasse : "Take you on a cruise"

par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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