Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Mardi 6 novembre 2007

Note album : 8/10

 Babyshambles-Shotters-Nation-414054.jpg

Pete Doherty a beau être le garçon le plus gentiment bordélique du monde, son évocation implique quelques codes certifiés conformes par la guilde des chroniqueurs. En premier lieu, on se lamentera sur son statut de débris décadent. Histoire de faire un peu marrer dans les chaumières, on citera une de ses meilleures âneries, comme celle de baptiser son chat Dinger ("Seringue") et de lui cocaïner régulièrement la truffe. Puis selon que l'on soit fan transi ou opposant outré, il incombera  d'insister sur le côté profondément "humain et sensible" de l'icône ou, au contraire, de bramer haut et fort "qu'on ne comprend pas ce que certains peuvent bien trouver à ce type".

(Si l'on est un fan déçu, on peut également se lancer dans une tirade certifiant que "Pete n'est rien sans Carl", que "jamais les BabyShambles n'égaleront les Libertines, etc…)

Vient ensuite le temps du paragraphe vie privée – vie publique. Kate Moss a lâché Pete après que celui-ci l'a soi-disant trompée avec un mannequin sud-africain et… Amy Winehouse. Un peu vexée, la top model dézinguée est partie se cocaïner la truffe ailleurs, et Pete était sacrément malheureux, au point de parait-il vouloir se suicider lors de sa 239è cure de désintox. A présent, Pete serait clean. Il exhibe une tignasse d'un roussâtre pas très heureux et traîne un sacré bout de temps dans les starting-blocks quand on lui pose une question.

            Il convient à présent de s'interroger comme si l'on n'avait pas pris un certain pied à conter les aventures de Pete. Car un bon chroniqueur s'intéresse à la musique, pas aux scandales. Il est là pour décrire les chansons notes après notes, chansons après chansons, de manière objective. Et tant pis si personne ne le lit.

Alors, et la musique dans tout ça ?

Le Pete leader des Babyshambles, tout le monde le connaît également. Il joue un peu maladroitement de la guitare et ne chante, euh… pas très bien, d'une voix à la fois atone et étrangement expressive.  Mais peut-être grâce a ses défauts, il excelle dans l'art d'écrire des mélodies touchantes, tout simplement belles, ornées de textes qui le sont autant. Notre Pete aime bien jouer dans des clubs crados plutôt sympathiques, en compagnie de ses copains BabyShambles, dont il ne reste plus grand-chose à dire depuis le départ du guitariste Pat Walden, remplacé par un certain Mick Whitnall. Bref, au vu de l'état pas toujours très reluisant de son leader, le groupe semblait promis à l'oubli rapide, une fois l'appétit des tabloïds rassasié. D'ailleurs, leur premier album, Down in Albion, sonnait comme le chant d'un cygne camé, malgré son petit lot de chansons émouvantes et frissonnantes. Trop d'approximations et une prod miteuse avaient fait de ce chef d'œuvre potentiel une œuvre certes terriblement émouvante, mais trop bancale et mal finie pour être écoutée d'une traite sans agacement.

Mais voila, Pete Doherty a réussi on ne sait trop comment à tirer les leçons de ce demi-échec. Il a commencé par virer Mick Jones, l'ex-Clash producteur de toujours, pour le remplacer par le plus consensuel Stephen Street, à qui Blur ou encore les Kaiser Chiefs doivent leur succès. Et le résultat s'en ressent fortement. Aux premières écoutes, Shotter's nation apparaît comme une version plus lisse et plus homogène de Down in Albion, l'affreux intermède reggae en moins. French Dog Blues ressemble à s'y méprendre au très beau The 32nd of December tandis que sur Unstookie titled, un tronçon de Fuck Forever traîne au milieu, sans que l'on sache trop pourquoi. Du coup, on se prend à encenser les défauts de Down in Albion, soudain beaucoup plus poignant que ce 2è album trop policé pour refléter véritablement la personnalité de son auteur. Puis au fil des passages sur la platine, la bête se dévoile. Apaisée, certes, mais blindée de mélodies frisant la perfection, comme le brillant Crumb Begging Baghead et son orgue déjanté. En tant que chanson pop impeccable, l'inaugural Carry on up the morning possède un charme capable de museler n'importe quel détracteur des Babyshambles, tandis que Baddie's Boogie oscille entre douceur de couplets nostalgiques et rage d'un refrain révolté. Les textes révèlent un talent  poétique intact et naviguent entre rêve pop d'une époque révolue (Delivery), décadence liée au succès (Side of the road) et flétrissement de l'amour (Baddies boogie). Certes, quelques écueils rappellent que Pete Doherty n'est pas toujours l'auteur de ballades qu'il souhaiterait être, comme pendant le jazzy et pénible There she goes ou le très longuet Lost art of murder, mais son élocution chancelante et ses mélodies dézinguées font mouche bien souvent (Unbilotitled, Deft Left Hand). Largement de quoi arrêter de geindre sur la gloire enterrée des Libertines et penser enfin au futur musical du plus barré des sujets de sa Majesté.

 

Classe : "Carry on up the morning", "Delivery", "Crumb begging baghead", Baddie's boogie"

Crasse : "There she goes", "Lost art of murder"  


En bonus, "Carry on up the morning", en live au Boogaloo


 

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe communauté : Le Monde du Rock
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Samedi 3 novembre 2007

Note album : 7,5/10

 

-          Mais c'est quoi cette merde ?

Vous connaissez à bien me connaître : j'ai une très haute opinion de mon bon goût. Je le défends avec une mauvaise foi pantagruélique, m'en délecte jusqu'à la condescendance. Je n'avouerai même pas sous la torture que je connais par cœur Les démons de minuit et même Tout doucement, l'inénarrable tube de la bien nommée Bibi.

Goose---Bring-it-on.jpgMes sourcils se sont donc froncés d'eux-mêmes.

- C'est Bring it on, le premier album de Goose, un quartet belge d'électro-rock. Et puis ce n'est pas de la merde, c'est…

J'ai savouré l'instant. La culture FM de mon interlocuteur m'autorisait tous les arguments, même (et surtout) les plus foireux. Remarquez, j'aurai également pu rabattre le caquet d'un puriste avec cette phrase, en jouant sur l'effet de sidération.

-          Très 80's, achevai-je avec un petit sourire en coin.

J'ai donc continué d'osciller de la tête comme un teckel de plage arrière sur British Mode, le single génialement groovy des 4 flamands. Mais le doute, ce salaud, me taraudait. Etait-il possible que j'eusse chopé le mauvais goût, cette lèpre atroce commune à bien des auditeurs d'NRJ ? Bien sûr que non, même si…

Le mauvais goût, on se vautre bien souvent dedans sans même s'en rendre compte. Parce que chacun ses goûts, hein, et ça ne se discute pas. Formellement opposée à cet adage d'une ineptie sans nom, je me devais d'analyser lucidement la situation. Les signes avant-coureurs pullulaient les derniers temps. J'avais laissé échapper un "woaw" admiratif devant la manouche touch de Justice, m'étais endormie au son du nouveau Radiohead et me cognais littéralement du White Chalk de PJ Harvey.

Et puis il y avait maintenant Goose. Goose qui, non content d'exhiber un nom aussi palmipède qu'idiot, rappelle pourquoi les années 80 sont considérées comme un échec cuisant par bien des rockeux. Goose qui déterre sans la moindre éthique et dans le meilleur des cas New Order (Modern vision), mais aussi Kajagoogoo (3t4) et d'autres groupes dont seul Pop-Rock a su conserver la trace, pour les accommoder à une sauce technoïde pleine de nappes de synthés visqueuses. Sans oublier les basses bourrines et la guitare ultra saturée (Everybody). Pas de quoi rêver.

Certes, mais en dépit de tous ses défauts, Bring it on croule sous les mélodies irrésistibles et funky, comme pendant Low mode ou encore Girl, une B.O. idéale pour tout bon club à la mode qui se respecte. Tout au long de ce premier album, Goose se contente d'aligner des tubes aussi sympathiques qu'accessibles, avec en points d'orgue un Black Gloves plein de handclaps et de sirènes ou encore Safari Beach et ses chœurs kitschissimes. En somme, encore un groupe certifié second degré, qu'i remplacera avantageusement Mika pour un Samedi soir festif.

 

Classe : "Black gloves", "British mode", "Girl", "Modern vision", "Safari beach"

Crasse :  "Everybody"


En bonus, la video de "Black gloves", qui a le mérite d'être particulièrement kitsch…

 

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe communauté : Le Monde du Rock
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Jeudi 18 octobre 2007

Note album : 8/10


arctic-monkeys-favorite-worst-nightmarejpg.jpgJ'ai préféré attendre pour celui-là. Parce que j'ai bien failli saquer à tort le premier. Il faut dire qu'avec le buzz qui entourait le légèrement surestimé Whatever you say I am, that's what I'm not, le contradicteur lambda a pris un plaisir manifeste à ruer dans les brancards de la hype, au point de négliger quelques excellents morceaux comme A certain romance. Pourtant, il faut bien reconnaître aux Arctic Monkeys un certain charme, celui du paradoxe. Car le groupe anglais le plus en vue du moment n'a franchement rien de bien excitant. Ses quatre membres semblent incapable de grommeler un bon mot, dispensent des prestations scéniques le plus souvent fades et pire, conchient ouvertement les attributs rock'n'roll de tout bon musicien décadent. Bref, l'attrait des singes nordiques réside justement là, dans leur normalité de gamins anglais, capables de rendre compte de la vie quotidienne à Sheffield avec 2 guitares bordéliques et des textes intelligents nasillés sans scrupules.

Malheureusement, les Arctic Monkeys ont aussi leurs défauts. A commencer par ces guitares parfois trop bordéliques et cette voix affreusement nasillarde. Telles des grosses bêtes pleines de griffes, les chansons simiesques demandent souvent de longues semaines de lent apprivoisement avant révélation. Et après 6 mois à tenter de dompter ce fichu Favorite Worst Nightmare, j'ai bien failli renoncer. 

Pourtant, on m'avait annoncé une acclimatation plus facile, d'autant que ce 2è album, sorti à peine un an après le premier, s'annonçait dans sa lignée, en mieux. Les Arctic Monkeys ont en effet musclé leur jeu sur ces 12 nouveaux titres. Le batteur cogne plus fort les fûts, les guitares vrombissent plus que jamais, le nasillement northern d'Alex Turner est atténué par une légère distorsion. Mais tout cela reste quand même du bon gros Arctic Monkeys avec des mélodies post-rock saccadées, un désordre évoquant une chambre adolescente aux allures de zone minée, et une ballade atrocement ratée posée au beau milieu du disque (Only ones who knows).

Tout ça pour dire que j'avais bien envie de le saquer, ce Favorite Worst Nightmare. En fait, non, même pas. Je m'en fichais prodigieusement, ne savais pas quoi en penser. Alors, j'avais prévu d'en dire un peu de bien, un peu de mal, avec une neutralité polie et quelques jolies tournures de phrase.  

Et puis, voilà  que l'écoute dite "de la dernière chance" a bouleversé mon planplan bien établi. Les Arctic Monkeys ont réussi à indéniablement progresser, tant cette suite fortement attendue brille par sa cohérence et sa densité sonore. J'ai par conséquent revu ma chronique mentale à la hausse, en trouvant finalement plein de qualités à ce disque. Certes, quelques chanson sont là uniquement pour atteindre une durée standard (This house is a circus, The Bad Thing) mais l'ensemble du disque s'avère de bonne facture, avec quelques excellentes pépites, comme le diablement efficace Brianstorm et ses guitares tonitruantes ou le plus apaisé et poignant Do me a favour. Dans un filon purement juvénile, Fluorescent adolescent affiche une mélodie irrésistiblement optimiste, à l'inverse d'un 505 noyé dans un écho mélancolique, notamment pour un triste solo de guitare final. Plus proche des irrésistibles singles du premier album, Balaclava et Teddy Picker charment par leur urgence et leur chant bavard surmonté d'enthousiastes chœurs de pub. Car s'ils ne possèdent de toute évidence le charisme étincelant de la rock star de base, les Arctic Monkeys ont su rester proche de leur public. Et celui-ci le leur rend bien.

 

Classe : "Brianstorm", "Teddy Picker", "Do me a favour", "505"
Crasse :
"Only one who knows"

En bonus, "505" à Later with Jools Holland

 

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe communauté : Le Monde du Rock
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Dimanche 7 octobre 2007

Note album : 9/10

 
Of-montreal---Hissing-fauna.jpg

 

En hiver, le soleil assure le service minimum en Norvège. Il faut bien admettre que là-haut, ses conditions de travail se révèlent particulièrement pénibles. Ah, pour sûr, par -20°C et un blizzard à couper au kniv, même l'astre patron préfère larver tranquille sur son canapé devant un bon film. Mais bon, comme il faut bien bosser, notre étoile se lève tous les matins paresseusement vers 10 heures, se traîne péniblement jusqu'au milieu du ciel pour le déjeuner, baille un grand coup puis entame sa descente pour rentrer au paddock à peine 15 heures sonnées. Par chance, ses clients des fjords sont des gens bien élevés et résignés, même s'ils se plaignent parfois de ses prestations lumineuses défaillantes. Le soleil n'en a cure, du haut de son monopole absolu. D'ailleurs, chez quelques péquenauds lapons, il ne daigne même pas se lever du tout. 

Pour toutes ces bonnes raisons, on ne saurait que trop déconseiller une Oslo hivernale à un être photosensible en provenance directe du Sud des Etats-Unis. Si en plus, notre résident d'Athens, Géorgie, vient de rompre avec sa femme, on imagine aisément les effets de l'obscurité sur sa dépression carabinée.

 

Heureusement, Kevin Barnes, le leader d'Of Montreal, n'est pas un homme ordinaire. En grand habitué des peines de cœur, il a nommé son groupe en hommage à la ville natale d'une de ses ex. Il se trimballe également sur scène dans des costumes plutôt folklos, qui vont du simple slibard drapé à la panoplie de samouraï ancestral. Avec ses quatre musiciens, il s'est montré d'une prolificité rare en 10 ans de carrière, puisque Hissing Fauna,are you the destroyer ? est leur 8è album . 

Alors, vous vous doutez bien que quand Kevin Barnes touche le fond, il ne le touche pas comme tout le monde. Avec pour seul compagnon au pays des fjords son ordinateur portable, l'étrange luron s'est mis en tête de bidouiller un disque musicalement sautillant et synthétique, sur lequel il chante son mal-être d'une voix gonflée à l'hélium. Puisqu'en plus en Norvège les gens parlent un gloubiboulga viking, il a affublé ses morceaux de titres abscons. Une fois la chose bizarrement composée et baptisée, il l'a empaquetée dans un joli origami, a dessiné quelques jolies rosaces bariolées dessus et a balancé son disque tel quel aux quelques farfelus assez curieux pour l'écouter. Ils ne seront pas déçus du voyage. Hissing Fauna, are you the destroyer ? évoque un patchwork sonore fait de bric et de broc, dont les textes intelligents et profonds soulignent la grande capacité d'introspection de son auteur. The Past is a grotesque animal, qui marque la frontière entre une première partie de disque pop et une seconde aux influences plus funk, incarne à la perfection ce dangereux voyage intérieur. Long de 12 minutes, ce morceau hypnotique transporte dans une conscience à la fois profondément malheureuse, idéaliste et révoltée. Moins grave, le reste du disque évoque avec un rien d'ironie la cruauté des anxiolytiques (Heimdalsgate like a promethean curse), les interminables insomnies (Gronlandic Edit) et autres joyeusetés indissociables de l'état dépressif. Car au lieu de se laisser aller sur son sort comme certains pleurnichards en ont fait leur fond de commerce, Kevin Barnes s'applique à trouver la joie là où elle n'est pas, et ce au fil de mélodies facétieuses pleines de synthés enfantins (Suffer for fashion, Bunny ain't no kind of rider). Certes, on sent bien que le bonhomme va attraper une crampe à force de se forcer à sourire, que toute cette gaieté est profondément factice, la méthode Coué a fonctionné. Kevin Barnes a quitté la Norvège pour retrouver le moral et sa femme. De là à dire qu'un disque aussi réussi valait bien une petite et temporaire rupture…

 

Classe : "The past is a grotesque animal", "She's a rejecter", "Heimdalsgate like a promethean curse"

Crasse : pas grand chose à jeter…

En bonus, la video de "Heimsdalgate like a promethean curse", plutôt... étrange. 

 

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe communauté : Le Monde du Rock
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Dimanche 23 septembre 2007

Note album : 8,5/10

 

The-White-Stripes---Icky-Thump.jpgEn voila un que j'attendais sans la moindre appréhension. Pas en raison de son contenu, toutefois. Je ne savais pas si Icky Thump allait être bon ou mauvais. Dans mon grand pessimisme, je le voyais plutôt mauvais, en fait. J'imaginais le duo de Détroit céder aux trompettes de la grandiloquence sans renoncer à la bizarrerie parfois mal inspirée de Get Behind me Satan. Fasciné par d'autres instruments moins académiques, Jack White avait définitivement renoncé à sa fameuse guitare, qui l'attendait en pleurant dans une poussiéreuse pièce à bordel.

Et là, paf. Que lis-je sur le net, peu avant la sortie de ce 6è album ? Une interview des White Stripes où la trompette et la cornemuse occupaient le centre des débats. Vous me connaissez, j'ai dit banco et ai loué ma clairvoyance avec un petit sourire triste.

Mais je ne m'inquiétais pas trop. Je savais bien que même si Icky Thump représentait un trou noir béant de nullité dans la discographie des White Stripes, j'allais pouvoir occuper le terrain. Mentir par omission. Parler de tout sauf de l'album. Je ne pouvais quand même pas révéler au monde entier que ce disque était une vraie bouse. Tout simplement parce que Jack et Meg, je les adore. Au point de les protéger de l'opprobre en cas de raté.

Alors, si je vous avais uniquement parlé dans cette chronique de la jolie robe à pois de Meg ou des fantastiques costumes de la pochette (version couleur ci-dessous), vous auriez pu vous poser de sérieuses questions quant au contenu de ce disque.


The-White-Stripes---Icky-Thump1.jpg

Tel n'est heureusement pas le cas, malgré le bizarroïde Icky Thump placé en ouverture. Le duo de Détroit a en effet renoncé à l'inaugural "single qui tue" –Blue orchid, Seven nation army -  des albums précédents au profit d'un titre biscornu et sonnant très lourd. Dans le même registre heavy mais en plus réussi, le groupe nous gratifie de l'épatant Little cream soda, immédiatement suivi du teigneux Rag and bone, où le chant déchaîné de Jack s'accommode admirablement du jeu de batterie dépouillé de Meg. Une autre facette du disque concerne le grand retour du blues crasseux cher aux quatre premiers albums du groupe et délaissé durant l'excentrique Get Behind me Satan. Car les White Stripes se sont tout simplement remis à faire du White Stripes avec les superbes I'm slowly turning into you et A martyr for my love for you. Deux morceaux jumeaux placés côte à côte et dotés d'une intro à l'orgue du meilleur effet, avant des refrains digne des sommets côtoyés dans White Blood cells, sans doute le meilleur album du groupe*. Mais si ce dernier décroche la palme du meilleur opus, Icky Thump est sûrement le plus varié, preuve que le duo de Détroit a su prendre des risques et entretenir son inspiration. L'enchaînement Prickly Thorn, but sweetly worn – St Andrew (The battle is in the air) l'illustre parfaitement, au fil d'une guillerette échappée celtique  sur fond de cornemuses achevée par le chant neutre de Meg. Quant à la traditionnelle reprise du disque, Conquest, ses trompettes sonnantes et trébuchantes attisent son côté solennel et dramatique. Comme quoi Jack White s'accommode bien mieux d'instruments tonitruants que du discret marimba de Get Behind me Satan. Son Icky Thump de successeur a su concilier  les excellentes recettes du passé (Catch hell blues) et le spectre d'un son plus étoffé sans jamais tomber dans l'auto parodie. N'en déplaise aux amateurs de jetable, l'inspiration peut encore résister à 6 albums et au succès.

 

*OK, il y a quelque mois, j'avais désigné De Stijl comme meilleur album des White Stripes, mais White Blood Cells le vaut bien.

 

Classe : "Prickly thorn, but sweetly worn", "Little cream soda", "A martyr for my love for you", "Catch hell blues"

Crasse : "300 M.P.H. Torrential Outpoor Blues"

 

En bonus, "A martyr for my love for you' en live à l'album de la semaine de Canal+

 

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe communauté : Le Monde du Rock
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