Texte Libre
Chroniques rock'n'roll d'une Baronne
Après des mois d'une hibernation décalée, Alex la Baronne revient ! Orchestré par une savante pluie
d'articles plus corrosifs les uns que les autres, son retour s'annonce décapant !
Classe ou Crasse soit avec vous,
Alex la Baronne
| Express Yourself LIVE |
Retrouvez
Pour avoir accès au Graal des titres diffusés, il vous suffit de cliquer sur "play music" (les croches vertes) puis de séléctionner le titre souhaité...
Chroniques rock'n'roll d'une Baronne
19h30
Alex Turner, le leader des Arctic Monkeys
"SEULEMENT 50 minutes ?". La programmation des Eurockéennes en main, je laisse éclater ma frustration. Ce concert des Arctic Monkeys, je l'attends depuis bientôt 2 mois, alors pourquoi dure-t-il seulement 50 minutes ? Bien vite, l'évidence s'impose. Les 4 garçons en sont à leur premier album. Difficile de s'éterniser sur scène dans ces conditions. Je me ravise. Après tout, ces 50 minutes me permettront largement d'exprimer la pleine mesure de mes talents vocaux, dignes d'un goret fraîchement né.
20h00
"- On y va ? Je ne veux pas les rater, moi
- Ouais, on y va ! Je me demande comment ils seront habillés !"
Ce dialogue entre S. et moi-même rappelle pathétiquement nos plus belles années ingrates, en dépit de notre quart de siècle imminent. C'en est trop pour nos 2 comparses qui fuient à la séance dédicace du groupe belge Venus.
Sans le moindre scrupule, nous décidons de ne pas les attendre pour nous rendre sous le chapiteau, impatientes et fiévreuses. Le concert démarre dans une heure.
20h02
"- Ouah, cool, on est presque tout devant ! "
20h20
Deux jeunes adeptes de la fleur de houblon s'invitent et engagent la conversation avec tout ce qui peut ressembler à une fille, y compris le métalleux au catogan situé à leur gauche.
20h30
Je suis prise d'un malaise indicible à la vue des donzelles massées au premier rang. Personne ne m'avait prévenue que l'uniforme était de rigueur. Petit haut noir, jean moulant, Vans rutilantes : on se croirait à la sortie du collège Jacques Prévert. Mes Air Pump moisies commencent d'elles-mêmes à creuser un terrier afin de nous cacher, mon T-Shirt fushia et moi. Pire, malgré mes couettes, je me sens vieille.
20h40
Ma différence déchaîne les passions féminines. Depuis 5 bonnes minutes, mes voisines se frottent sans cesse contre mon dos, manifestement charmées par la suavité de mes phéromones. Elles vont et viennent, inlassablement. J'angoisse. Soudain, cette promiscuité s'explique. Mon mètre 77 leur bouche la vue.
20h55
Premiers mouvements de foule. J'ai plein de nouveaux voisins qui sentent aussi bon les uns que les autres.
21h00
Début du concert. Roulée d'aisselle en aisselle comme un doubichou, je tente en vain d'apercevoir Alex Turner, le chanteur. Il doit bien être sur scène puisque "The view from the afternoon" retentit à pleins décibels.
21h03
Evacuation des premières groupies. Alex Turner porte un marcel blanc, ne m'en demandez pas plus.
21h06
Une spectatrice se plaint auprès d'un vigile. Ce dernier lui rétorque qu'il n'est pas Superman. A mon humble avis, Clark Kent lui-même remiserait son Super Collant au vestiaire à la vue de ces cohortes de hooligans qui se heurtent avec une précision implacable.
21h08
Scène douloureuse. A moitié évanouie, une jeune fille est difficilement extraite de la foule.
21h10
Jeune homme, n'allez pas vous méprendre. Je ne suis pas accrochée à votre sac comme une bernique à son rocher dans le but de vous séduire, j'essaye simplement de ne pas mourir écrasée sous cette horde de Huns féroces et primaires.
21h12
Enfin un peu de calme. Soudain, ma tête entre en collision avec le séant d'un slammeur. D'une main ferme, j'empoigne ledit postérieur et le propulse hors de ma vue. Un fou rire incœrcible me surprend.
21h14
Ce n'est pas avec cette tronche là que je séduirai un Monkey. Mes cheveux évoquent la toison d'un mouton shetland, la sueur fait couler mon maquillage, la poussière se dépose sur la totalité de mon corps moite. Une vraie leçon d'humi(d)(l)ité.
21h15
Après avoir une nouvelle fois manqué me faire piétiner, je recule péniblement de quelques rangs.
21h20
De la vodka orange s'écoule sur mon visage.
21h25
La grande braderie des pouilleux. A saisir, au vol ! Une basket (désolée, la jumelle se trouve au pied de son propriétaire), des casquettes, des pulls… Tiens, d'ailleurs, j'ai perdu le mien.
21h27
Une chaussure manque assommer Alex Turner, qui entame "I bet that you look good on the dance floor" dans une ambiance de baston campagnarde.
21h33
En jouant des coudes, je parviens encore à m'éloigner de la scène. Enfin tranquille pour le dernier quart d'heure. "Fake tales from
21h52
Fin du concert. Mes amis explosent de rire à ma sortie du chapiteau. Ils n'avaient jamais vu "la baronne" dans un tel état. Je sue, je peste, je ris, je ne sais plus où je suis. Peu de temps après, S. la survivante surgit, couverte de bleus. La foule nous avait séparées dès le début du concert. Retrouvailles émues. Finalement, 50 minutes nous ont suffi.
21h55
Je retrouve mon pull, à présent pourvu d'aérations multiples.
Et les Arctic Monkeys dans tout cela ? Un peu angoissé par un tel tumulte, le quatuor a livré une prestation sobre, sans doute pour ne pas risquer l'émeute. Quelques titres de leur nouvel EP, "Who the fuck are Arctic Monkeys", sont venus pimenter leur setlist. Un très bon concert, en somme, servi par un son excellent et la voix si particulière d'Alex Turner.On peut néanmoins se demander pourquoi les organisateurs avaient programmé le nouveau phénomène rock sous le chapiteau, trop exigu pour accueillir tous leurs fans.
Julian Casablancas a dû se sentir parfois un peu seul Vendredi soir
|
23h30 |
|
Spectatrice lambda |
|
Pourquoi suis-je encore ici ? Mes yeux se ferment tout seuls et Cédric me manque. A cause de son fichu travail, il n'a pas pu m'accompagner. En réalité, seule Léa veut vraiment voir les Strokes. Il parait que le batteur est trop craquant. C'est le fiancé de Drew Barrymore, la gamine d'ET. |
|
Alex la groupie |
|
A peine remise des Arctic Monkeys, soufflée par le slam interminable du leader de Dionysos, je me laisse tomber dans l'herbe fraîche. Ma lassitude physique s'estompe à la perspective de l'évènement : dans 40 minutes, les Strokes envahiront la scène. Leurs rares apparitions provinciales me font mesurer pleinement ma chance d'assister à ces Eurockéennes. 2 autres festivals français recevront le quintette cette année. |
|
0h00 |
|
Spectatrice lambda |
|
"Mais qu'est ce qu'ils foutent ?" L'herbe humide colle à mes fesses. Quelle idée d'avoir mis mon baggy préféré. Je devrais me lever mais la fatigue m'en empêche. Cédric a bien fait de ne pas venir. D'après lui, les Strokes sont 4 fils à papa anglais dépourvus de toute originalité. Il a sans doute raison. |
|
Alex la groupie |
|
La fièvre commence à monter… pour moi. Devant, certains fustigent l'absence de petits dealers. Pourquoi ne pas militer pour l'ouverture d'un coffee shop sur la grande scène ? |
|
0h15 |
|
Spectatrice lambda |
|
5 grands pouilleux débarquent enfin sur scène. Ils ne sont pas très beaux. Les 3 guitaristes exhibent des styles capillaires défiant les lois de l'hygiène et le chanteur hurle comme un damné. Quant au batteur… bof, il est caché derrière sa batterie. |
|
Alex la groupie |
|
Début du show. Fidèles à leur réputation de mecs cools et branchés, les Strokes arrivent en Converse et T-Shirts. Une exception toutefois : le guitariste à la touffe affro Albert Hammond, engoncé dans un costume blanc très 70's. Il se lance dans le solo de "Juicebox". Un vrai bonheur. |
|
0h20 |
|
Spectatrice lambda |
|
J'ai l'impression d'avoir déjà entendu ce truc quelque part… Mais oui, c'est la musique de la pub EDF ! C'était donc eux ! |
|
Alex la groupie |
|
Murmures stupéfaits. L'audience, jusque là aussi dynamique qu'une assemblée de poulpes, s'anime soudain. Merci EDF. Je ne boude pas mon plaisir et martèle gaiement "The end has no end". |
|
0h30 |
|
Spectatrice lambda |
|
Léa est vraiment déçue car cette prestation n'atteint pas le niveau de l'album. Je m'en fous. J'ai mis mes boules quies. |
|
Alex la groupie |
|
Les tubes s'enchaînent, de "Last nite" au tout dernier single "You only live once". Seul absent de marque : le 2è album, "Room on fire". Peu satisfait de cet opus, le groupe nous en proposera uniquement les singles "Reptilia", "12:51" et "The end has no end", contre 7 titres pour chacun de leurs 2 autres albums. |
|
0h40 |
|
Spectatrice lambda |
|
Manon prend mal ma réflexion sur sa prise de poids récente. Elle s'en va. Saisie d'un remords, je lui envoie plusieurs SMS qui demeurent sans réponse. |
|
Alex la groupie |
|
Toute à ma joie, je réveille F., mon voisin, pour lui signaler le début d'"Ize of the world", un de mes morceaux préférés. Il me regarde comme si je lui parlais des satellites de Neptune et se rendort aussitôt (NDLR : oui F., je sais, tu travailles, TOI). |
|
0h50 |
|
Spectatrice lambda |
|
Une grande braillarde me percute. Cette fille est folle. Elle connaît toutes les chansons par cœur. Du coup, le texto que je tapais amoureusement à Cédric part chez mon ex. Aïe aïe aïe… Je me sens trop mal. |
|
Alex la groupie |
|
Malgré mes boules quies, je m'entends parfaitement chanter sur "Vision of division", sans doute le moment le plus intense du concert avec son solo de guitare chavirant. Les autres spectateurs me décochent des regards outrés. Quelle idée d'être enthousiaste. |
|
1h10 |
|
Spectatrice lambda |
|
Ces lumières clignotantes me collent mal aux yeux. J'ai l'impression d'être au Macumba Night de Mykonos avec mes parents. Quel ennui. Les chansons se ressemblent toutes. |
|
Alex la groupie |
|
Une fois encore, j'admire la beauté du spectacle. Bien sûr, les Strokes ne sont pas des bêtes de scène. Ils ne sautent pas dans tous les sens, ne se jettent pas dans le public. Tout simplement, le groupe a choisi de s'effacer derrière sa musique par des jeux de lumière chatoyants et colorés. |
|
1h20 |
|
Spectatrice lambda |
|
Il semblerait que le chanteur essaye de blaguer. Je m'en fous, je ne parle pas anglais. |
|
Alex la groupie |
|
Julian Casablancas déclare courageusement sa flamme au public, malgré la relative indifférence de ce dernier. Sa voix chaude et vibrante me fait frissonner. |
|
1h30 |
|
Spectatrice lambda |
|
Vraiment, les programmateurs n'ont rien compris. Daft Punk aurait dû passer avant. |
|
Alex la groupie |
|
Fin du concert. Qu'on se le dise, l'élégance ne paie plus. Une setlist étalée sur 3 albums brillants, un son impeccable et une exécution technique parfaite n'y changeront rien : les Strokes resteront trop sophistiqués pour les uns, pistonnés pour les autres. Et formidables pour moi. |
Autres chroniques concernant The Strokes sur ce blog :
(NB : un grand GRAND merci à Julien pour les photos ! Et un grand GRAND merci à Jeen et Julien pour avoir supporté mes élans groupiesques !)
D'un geste mal assuré, je balaye la framboise en gelée qui vient d'atterrir sur le chat mongoloïde ornant mon pyjama. Aucunement rebuté par le silence pesant, mon père entame la conversation. Je hais le matin. Pire, je hais les conversations du matin.
- Alors, c'est le grand jour ? Tu vas enfin voir tes bellâtres ?
Après quelques instants de perplexité, la mémoire me revient. Le plaisir s'éprouve dans l'attente. Depuis 2 mois, ce concert de Franz Ferdinand, sans doute attiré par le Gewurztraminer cher à ma ville natale, hante les méandres cachés de mon esprit enthousiaste. Toutefois, à l'aube du grand jour, je me fous éperdument de ces "bellâtres". "The dark of the matinée". Un intitulé pertinent dont j'éprouve chaque jour la signification profonde.
Dans l'après-midi, Jeen, Jul et moi savourons un repos bien légitime après une improbable expédition shopping. Les ferventes exhortations de mes amis n'y changent rien. L'émoi me fuit. Conjuguer cet évènement au passé me déplait souverainement. Sitôt vu, sitôt fini. Restent juste quelques souvenirs figés. Quelle tristesse.
Une fois installée dans la fosse derrière une meute de minettes rayées, j'arrête de me prendre pour Thom Yorke, d'autant que la première partie, assurée par Superdog, se révèle un amuse gueule de choix. Entraînant, amusant, le quatuor alsacien livre une pop anglophone bourrée de chœurs chers aux Beatles. "I wanna hold your hand" semble parfois renaître de ses cendres avec ces airs légers. En osmose avec le chanteur, je complète ses vannes ("J'dis ça… j'dis rien") et gagne une réputation de mage solaire auprès de Jeen. Réputation confirmée à l'arrivée tardive de Franz Ferdinand. Nul besoin d'utiliser ma plus belle voix de poissonnière pour réclamer mes chansons favorites, Alex Kapranos et sa bande gratifieront des tribunes à moitié vides (4500 places vendues sur 10 000)d'une setlist magistrale. 19 morceaux, pas moins, pendant une heure et demie d'un show parfaitement huilé et préservé de la lassitude par l'énergie époustouflante du groupe, pourtant en tournée continue depuis 3 ans.
Monsieur K, leader charismatique (photo : Julien Kauffmann)
Fidèle à son dandyisme raffiné, le quatuor débarque rasé de près, les fringues rutilantes, à l'extase de jeunes filles dont le menu quotidien se résume souvent à des lycéens poilus et insalubres*. Dès les premières notes de "This boy", un splendide beauf en jogging, le cheveu gras et l'œil marécageux, se glisse frauduleusement devant moi. Adieu les jeunes gens élégants et les guitares pailletées, place à une vue panoramique sur une profusion de pellicules. Cette intrusion frustrante me transforme en véritable gorgone et je pousse violemment ce malotru, définitivement expulsé par Jeen lors d'un pogo déchaîné. Toutes à notre joie, nous piétinons les pieds de nos malheureux voisins au cours de chorégraphies inspirées des mouvements raides d'un cousin proche des Playmobils, le leader Alex Kapranos. Parfois critiqué pour quelques couacs vocaux, ce dernier maîtrise parfaitement les aigus de "Come on home", servi par un son impeccable. Un véritable soulagement pour les organisateurs, navrés de la calamiteuse saturation qui plomba la prestation de Jamiroquaï la veille. Quelques chansons oubliées depuis belle lurette resurgissent plaisamment, à l'image du pétillant "Tell her tonight", interprété par le beau guitariste Nick Mc Carthy. Outre ces tubes extraits du premier album, la formation dégaine un véritable bazooka festif : le binaire et entraînant "Do you want to ?", diaboliquement efficace sur scène. Car le groupe transcende même ses chansons les plus faibles, comme l'insupportable "Linsey Wells", co face A du single "The Fallen", fort agréable en live malgré sa niaiserie patentée. Une fosse bondissante à souhait accueille ensuite les imparables "I'm your villain" et "The dark of the matinée", aux riffs acérés parfaitement maîtrisés. Ecrasées contre les barrières par une densité de population excédant celle d'un bus pékinois à l'heure de pointe, les groupies retrouvent un second souffle avec l'acoustique "Eleanor put your boots on", directement suivi de "Walk away", superbe ballade cynique où le batteur Paul Thomson s'empare d'une guitare et laisse sa place derrière les fûts au poupin Andy Knowles, claviériste attitré du groupe. Enfin survient l'apothéose grâce au mythique "Take me out", qui précède idéalement mon morceau préféré, "Darts of pleasure", au finish teuton vertigineux. Superfantastisch...
Nick Mc Carthy et Alex Kapranos (Photo : Julien Kauffmann)
Sous les vivas, les 4 garçons de Glasgow quittent la scène après l'ambigu "Michael". Aussi prévisible qu'une bûche de Noël un 24 Décembre, le rappel s'annonce flamboyant. Il le sera, notamment durant "Outsiders", où Alex Kapranos séduira définitivement le public avec une présentation francophone de ses comparses, rejoints pour l'occasion par 2 percussionnistes supplémentaires. "This Fire", morceau final habituel, laisse un public ébloui et déjà nostalgique. Certes, quelques blasés dénonceront un show trop répétitif, des blagues maintes fois déblatérées et surtout une interprétation manquant d'originalité. Si la majorité ne brille pas toujours par son discernement, les mines épanouies de bien des spectateurs masqueront ces voix dissonantes. Franz Ferdinand possède en effet une caractéristique propre aux plus grands groupes : la capacité de toucher personnellement chaque âme fondue dans la masse d'une audience suante et sautillante.
Encore une réussite pour les Franz (photo : Julien Kauffmann)
* Je SAIS bien que cet adjectif ne s'utilise pas pour qualifier les êtres humains. Toutefois, son emploi accidentel durant une de mes tirades contre le tennisman Marcelo Rios provoqua l'hilarité de mes parents. Papa, Maman, si vous retrouvez l'adresse du blog de petite chérie, cette phrase vous attend.
Super cadeau :
Chroniques apparentées sur ce blog :
- Dis moi Alex, ta sœur est-elle également une greluche ? me demanda un soir C., grand diplomate dans l'âme.
Si la réponse n'a présentement aucune importance, cette question met en exergue un trait essentiel de ma personnalité : ma naïveté contemplative. Toujours prête à couiner mon enthousiasme, j'admire sans lassitude les papillons, les reflets ensoleillés sur la mer et l'eau sortant du robinet tous les matins. Parfois franchement pénible ("Enfin, viens, ce n'est qu'une vache !"), cette absence totale de blase amuse généralement mon entourage, gratifié de récits parfois un peu enjolivés par un lyrisme excessif.
Laissez moi donc vous conter comment ma roue de la fortune personnelle, d'ordinaire bloquée sur "mésaventures grotesques", s'arrêta Mardi 15 Août sur la case "nirvana futile". Une pause brève mais intense, fièrement narrée ici pour la 3142è fois en 2 semaines.
Déjà fini. Le concert de Franz Ferdinand me laisse enchantée et rêveuse. Dans le prolongement naturel de cette soirée idyllique, Jul, Jeen et moi nous dirigeons vers un stand où quelques margaritas esseulées crient leur désespoir. En bonne alsacienne – habituée des tavernes – barmaid officielle du tournoi inter chimie 2003 (aucune mention inutile), je pose avec joie mon coude sur le comptoir. La soirée s'annonce brillamment trouble.
A ma grande surprise, Jeen m'enveloppe soudain sous son bras indéfectible et, malgré mon meuglement de déni, m'entraîne dans la peuplade avinée. Après un parcours chaotique, elle pile net.
- Tu les vois ?
Si je les vois... Ils sont tous là, à
Retour à ma margarita. Julien écoute patiemment mon récit tandis qu'un 2è verre atterrit sous mon nez épanoui. Une fois ce dernier achevé, un curieux phénomène se produit : il me semble voir Michel Blanc au fond. Les yeux écarquillés, je tente de conjurer cette hallucination. Car c'est bien lui. Monsieur Duss. La combinaison de ski jaune poussin, le crâne ovoïde, la moustache grasse, le roi du planté de bâton m'invective soudain.
- Oublie que t'as aucune chance, vas-y, fonce !
Julien et Jeen conversent gaiement et ne prêtent pas attention à mon manège. Dans une moue boudeuse, j'avoue à Michel ma timidité maladive. Son ire me surprend :
- Arrête un peu de jouer les mijaurées ! Tu nous bassines avec ces 4 rosbifs depuis des plombes et maintenant tu renâcles. Un peu de courage, sacrebleu ! Souviens-toi, ce mariage champêtre où un Jacky Furtz aviné a dit que tu ressemblais à Claudia Schiffer… Ben il avait raison !
Ma confiance au plus haut, je pars en mission mondaine, un ultime cocktail à la main. La foule s'écarte sur mon passage comme la mer rouge sur les pas de Moïse (bel exemple de magnification épique). Après avoir écouté la déclaration d'une Heidi locale ("Your concert ouase grête. Ken Aïe Eve eune autographe ?"), je touche enfin au Graal*. Monsieur K me regarde. Sans trop réfléchir, je lui parle de "(Margarita), love & destroy", ma chanson préférée du groupe. Vraiment très urbain, le chanteur me répond posément, quand un être sombre intime au groupe l'ordre de… rentrer à l'hôtel. Le quatuor s'exécute sagement. "Ah, dira plus tard mon papa, le rock, ce n'est plus ce que c'était."
Après cette rencontre surprenante et bon enfant, je pense envoyer mon témoignage à Jean-Luc Delarue : ces quelques moments ont bouleversé mon existence et renforcé mon assurance. La prochaine fois que ma boss me demandera de nettoyer le four ou d'arroser son baobab, ma riposte sera cinglante. "Attends, tu m'as vue ? Je suis une Est people moi !". Une Est people heureuse, de surcroît.
*Raaaa, toutes ces références bibliques commencent à m'agacer ! Alex Kapranos n'est pas un Dieu, que diable !
Super Cadeau : ZE photo de ma rencontre, en super exclu pour ce blog !!!
De g à d : Monsieur K, Moi et Jeen (photo : Jean-Marc Hedouin)
Autres chroniques concernant Franz Ferdinand sur ce blog :
J'ai beau être bon public, j'ai mal. Réunissez 10 000 personnes. Fournissez leur un uniforme rock. Faites les mariner 1 heure dans une impatience fébrile. Promettez leur un concert époustouflant, basé sur une réputation usurpée. Vous obtiendrez des résultats surprenants. Car malgré une basse sismique et une attitude pédante au possible, Placebo a mis le feu à un public totalement fanatisé. Il n'y avait pourtant pas de quoi se damner. Au contraire…
Indéniablement, le trio laissera un souvenir coriace aux professionnels contraints de le côtoyer. Emus par tant d'humble simplicité, les photographes locaux devront ainsi signer un contrat en anglais – donc invalide sur le sol français – impliquant la cession bénévole de leurs droits d'auteur. Pire, ceux qui n'officient pas pour un quotidien ne pourront pas publier leurs instantanés sans l'aval du groupe. A son arrivée sur scène, on comprend mieux pourquoi celui-ci se montre si exigeant. Un batteur accro à
Brian, Stefan, leur cameraman : tout le monde s'éclate ce soir
¾ d'heure plus tard, l'intro d'"Every you every me", tube glam des grandes années du groupe, résonne enfin. Là encore, la déception l'emporte. Nonobstant sa voix si vibrante, notre leader charismatique n'insuffle aucune vie à ses chansons, même les meilleures. "The bitter end" et "Special K" finiront elles aussi massacrées par une interprétation insipide, tandis que sa suffisance Molko, assis au pied de la batterie, observe nonchalamment son pote Stefan Olsdal, figé comme un stalactite devant lui. Quant aux 2 membres additionnels, respectivement bassiste et claviériste, leur présence se fait des plus discrètes, sans doute pour ne pas froisser l'égo démesuré de leurs employeurs.
Toutefois, le clou rouillé du spectacle est à venir. Durant une bonne demi-heure, j'ai cherché une formulation diplomate résumant ma pensée, sans succès. Brian prend ses fans pour des cons, les conchie jusqu'au trognon, se fait éhontément du blé sur leur dos. Après tout, pourquoi se priver puisque ces derniers en redemandent ? Soudain tout sucre tout miel, le chanteur apostrophe la foule dans son français parfait et distingué, dont il pourrait user un peu plus souvent. "Nous tournons un clip pendant ce show", explique-t-il. "Mais la première prise a été ratée. Par conséquent, nous allons rejouer la chanson". Et d'ajouter, magnanime : "SI vous bougez bien, il se POURRAIT que vous soyez dans la vidéo.". Notre chenille mal embouchée se mue alors en un papillon scénique pour 3 minutes d'hypocrisie délétère, en pseudo osmose avec son public bien aimé. Un rappel plus tard, le groupe détruit le splendide "20 years". Quelle importance ? L'audience aurait accueilli "Alice ça glisse" ou "Cuitasse les bananasses" avec la même ferveur. Décidément, l'amour rend aveugle, sourd et masochiste.
Votre avis...