The Horrors - Strange House (2007)

Publié le par Alex la Baronne

Note album : 6,5/10

En voila deux qui entretiennent des relations plutôt chaotiques. De nature humble et discrète, le talent s'accommode parfois assez mal de la hype, cette furie mythomane prête à tout pour se faire mousser dans les endroits bien. Dernièrement, la demoiselle s'est entichée d'un sacré phénomène de foire, dont le comportement erratique a aussitôt fasciné les jeunes nantis en mal de repères. En bonnes caricatures gothiques chic, les Horrors élèvent l'exagération au rang d'art. Reste à savoir s'il s'agit de second degré ou d'un mal beaucoup plus profond. Une chose est sûre : les amateurs de clichés vont se régaler.

On imagine bien les Ho rrors au levé du soir, s'éveillant après une longue journée passée à sommeiller dans un lit en forme de cercueil. Un pot de gel fixation extra forte à la main, nos méchants méchus retouchent ensuite leurs tignasses touffues, avant de se contorsionner péniblement pour s'introduire dans leurs jeans extra slims. Une fois les boucles de leurs ceintures et de leurs chaussures astiquées – la lune se reflètera très bien dedans – les cinq londoniens se retrouvent pour une soirée DVD. Au programme, un Tim Burton et Orange Mécanique. Le reste de la nuit, le groupe le passe à explorer les ruelles du quartier sombre de Whitechapel, à la recherche d'un cas d'étude morbide. Mais que voulez-vous, les temps ont changé depuis la fin du XIXè siècle. Les fêtes foraines sont maintenant pleines de peluches doucereuses et d'écoeurantes barbes à papa. La femme à barbe porte un postiche. Quant à Jack l'Eventreur, il a bien sûr raccroché depuis perpète, et personne ne l'a remplacé.

 

Autant dire qu'aujourd'hui, en ces temps pleins d'illuminés fanas de Casper le gentil fantôme, les Horrors ont des allures d'anachronisme glauque. Leurs concerts prennent parfois des allures de rixe généralisée où chaque accessoire métallique compte, même les boucles de chaussures. Leur premier clip, Sheena is a parasite, voit une jeune actrice s'arracher les boyaux le plus naturellement du monde. Bref, il y a énormément à dire sur ces horreurs, leurs redingotes en velours, l'emprise qu'ils exercent sur des gamins avides de sensations fortes. On pourrait parler des heures du groupe sans même évoquer son premier album, qui s'avère bien évidemment à la hauteur des personnages, comme le sous titre "Psychotic Sounds for Freaks and Weirdos" le laissait entendre. 

Disons le franchement : Strange House est laid. Certains titres sont même vraiment trop laids pour se laisser décemment écouter (Draw Japan, Little Victories) Mais cette laideur est intéressante, voulue. Achevée à grand coups de farfisa, un orgue affreux que l'on croyait réservé aux foires manouches. Entérinée sous un chant punk braillard et des chœurs de messes noires. Mise en exergue par un son garage ostensiblement cradingue, histoire de ressembler à un générique de train fantôme. A force de volonté morbide, cette sombre disgrâce finit par fasciner et attirer malgré soi, notamment durant l'indispensable Jack the ripper et Count in fives, où le vilain farfisa tourne à plein régime. Sheena is a parasite se révèle étonnant d'intensité malsaine, tout comme un Thunderclaps aux allures de procession funèbre décalée. Quant au reste du disque, il contient tous les autres archétypes sordides de bon aloi, de la collection de gants qui siéraient parfaitement à la main de la famille Adams ("Gloves") au meurtre pendant un mariage ("Death at the chaptel"). Les plus impressionnables partiront s'acheter une gousse d'ail et une croix en argent massif. Les autres se contenteront d'un jus de tomates bien coagulé et écouteront cet album avec un rien d'ironie amusée, sans pouvoir toutefois refouler une certaine jubilation.

 

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En bonus, le clip de Sheena is a parasite, un titre assez irrésistible bien que franchement peu mélodieux.

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Alex la Baronne 23/09/2007 16:28

Même si je n'ai pas adoré l'album outre mesure, j'aimerais bien les voir en live...Je ne doute vraiment pas de leur capacité à prendre des risques !

alexandre 23/09/2007 03:48

je les aie vu en live, et c'est intense, crade et destroy, franchement j'ai kiffé, j'en ai un peu marre des groupes anglais qui viennent et refont leur disque en live sans aucunes prises de risques, les horrors sa tourne bcp plus en roue libre, parfois en mal, mais au moins il y a un peu de prise de risquesur disque c'est du garage très classique mais très extreme, alors oui j'ai un peu du mal à comprendre pquoi la hype s'empare d'un éniemme groupe garage revival, mais au moins dans le genre ils sont dans le haut du panier, et puis c'est pas pire que faire du sous post-punk à la petite semaine et appellé ça "nu-rave" (je parle pas de klaxons mais d'autres groupes de cette mouvance)

Alex la Baronne 17/09/2007 09:04

Oh, c'est loin d'être mauvais... mais c'est pas beau :-) !

Thom 16/09/2007 14:22

Ben moi je le trouve plus que bon celui-ci...j'ai donné mon avis sur le sujet ici : http://legolb.over-blog.com/article-11109271.htmlA bientôt, chère Alex.

Alex la Baronne 15/09/2007 10:55

Ce n'est pas vraiment qu'ils soient clichés eux-mêmes, c'est plutôt que leur look suscite bien des clichés et des images... Ils ont vraiment foi en ce qu'ils font mais je n'y peux rien, je trouve que ça manque un poil de mélodies pour vraiment me plaire...