The Bishops - The Bishops (2007)

Publié le par Alex la Baronne

Note album : 8,5/10


Il faut un début à tout. Pour les besoins de cette chronique, les origines de la pop coïncideront avec l'avènement des Beatles et se situent par conséquent aux alentours de 1962. Bien sûr, certains puristes tatillons ergoteront sur la date, tandis que d'autres soutiendront virulemment leur obscur et antérieur poulain. Mais plus que tout autres, les Fab Four ont réussi de surprenants revirements artistiques, miroirs d'une époque dorée en continuelle mutation. C'est un fait, les Beatles appartiennent désormais à l'histoire universelle. Un peu comme l'œuvre de Picasso, leur discographie comporte plusieurs périodes bien distinctes, qui s'enchaînent avec une logique aussi fluide qu'implacable.  

La plus récente, entamée en 1967 avec le mythique Sergent Pepper's lonely hearts club band, est aussi la plus populaire auprès du grand public. On y retrouve les plus grands tubes du groupe, comme Hey Jude ou Let it be. Un peu plus tôt, les Beatles ont fait la joie des exégètes du rock en leur offrant coup sur coup les magnifiques Revolver et Rubber soul, qui marquent les premiers soubresauts du psychédélisme.  

Et puis il y a avant. Personne n'en parle trop. Avant 1965, les Beatles étaient bien peignés, même pour l'époque. Ils portaient des costars, jouaient dans des nanars pour minettes fleur bleue. D'ailleurs, à moins d'être un yéyé sur le retour, c'est un peu la honte d'aimer avant, cette époque où les Beatles jouaient She loves you ou I wanna hold your hand sans même trop s'entendre, totalement couverts par les hurlements de la foule. Voila pour avant, où tout du moins pour l'image que l'on s'en fait. Car avant, les Beatles ont quand même composé It won't be long ou I saw her standing there. Ils ont aussi donné des concerts époustouflants, fait vibrer le public en live. Pas comme après. 

Et puis voila qu'après 4 décennies peuplées de formations power pop plus ou moins correctes, un groupe débarque en se réclamant directement d'avant. 45 ans ont passé depuis la sortie de Love me do. Les plus enthousiastes ont viré aigris et traquent avec une minutie pathologique la moindre influence. Ah ça, avec les Bishops – trio formé des jumeaux Pete et Mike Bishop et de leur batteur Chris Mc Conville - on va pouvoir les entendre grogner à des kilomètres, ceux-là. Ils vont nous rappeler que tout ce premier album homonyme a déjà été joué à peu de choses près en 1964, avec les mêmes handclaps que dans les géniaux I can't stand it et Menace about town. Le laïus sur les costumes noirs et les coupes de cheveux du groupe, portés par les Kinks et leurs contemporains, viendra appuyer leur théorie. En plus, on ne pourra même pas leur en vouloir : nos râleurs ont parfaitement raison sur ce coup là.

Oui, mais voila. Pourquoi ne pas voir pour une fois le bon côté des choses ? Les Bishops sont sans doute l'un des groupes les plus futés de leur génération. Ils semblent tout droits sortis d'une cave hambourgeoise et assènent avec une confiance naïve des airs pop imparables, exécutés le plus simplement du monde en 2 minutes 30 (The only place that I can look is down, Carousel). Dans une veine plus garage, le trio impose également des modèles du genre avec Breakaway ou Higher now. Mais, mieux encore, le trio puise sa force et son originalité dans son frontman dédoublé et les harmonies vocales gémellaires qui en découlent. Cette connaissance parfaite de l'autre dote les Bishops d'une foi inébranlable en leur musique et leur permet même d'user élégamment du concept de 2 chansons en une avec Lies & Indictments / Sun's going down, une petite pièce mélancolique et mélodieuse.  Même si quelques titres un peu moins inspirés viennent meubler la fin du disque (Say hello, Will you ever come back again ?), les Bishops ont réussi ce que bon nombre de leur contemporains rêvent d'achever : faire du neuf avec du vieux, sans jamais y laisser leur personnalité et leur fougue. Trilby bas.  

 

Classe : "Breakaway", "The only place that I can look is down", "I can't stand it anymore", "Lies & Indictments / Sun's going down", "Menace about town"

Crasse : "Will you ever come back again ?"


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En bonus, le clip de l'excellent single "Breakaway", où les frangins Bishop tirent tout le parti de leur gémellité, au point de dédoubler leur batteur !

Publié dans Pop rock classe

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Alex la Baronne 27/09/2007 23:39

Merci pour la précision Eric ! J'avais bien vu sur le livret que cette chanson n'était pas d'eux mais en raison d'un oubli facheux, j'avais oublié d'aller voir de qui elle était...

Eric 27/09/2007 17:19

Pour ceux que ça intéresse, "Sun Is Going Down" est une reprise des Outsiders, un groupe hollandais des années 60 estampillé Nuggets.On peut écouter la version originale sur cette page : http://www.myspace.com/theoutsidersbeats  De quoi parasiter un peu plus l'intellect de ceux qui estiment que les Bishops ne sont qu'un groupe de copieurs!

Alex la Baronne 23/09/2007 16:29

Ah, j'ai fini par rabattre le caquet à mon intellect blasé en lui rappelant qu'un album bourré de bonnes chansons, c'était déjà très bien !

G.T. 22/09/2007 18:35

Alex, je suis en grande partie d'accord avec toi. C'est vrai qu'ils sont très bons... même s'il est difficile, comme tu le dis aussi, de faire abstraction de cette pensée qui vient forcément quand on écoute leur album "pourquoi refaire ce qui a été fait déjà 40 ans plus tôt !"On est forcément partagé entre le plaisir pris à l'écoute de l'album, et l'intellect qui vient parasiter quelque peu ce plaisir en nous rappellant qu'un bon groupe de rock se doit d'être original et de créer une musique à la personnalité forte... 

Eric 12/09/2007 15:13

Pour les parigots que ça intéresse, ils donnent un concert gratuit le 18 septembre au Virgin de Barbes (à 5 min de chez moi!)...