The Arcade Fire – Eurockéennes de Belfort (01/07/07)

Publié le par Alex la Baronne

Un bon groupe émergent est comme un trésor. On le localise parfois par le plus grand des hasards, en cliquant sur l'ami d'un combo ami lors d'un après-midi MySpace. Dans d'autres cas, des rabatteurs professionnels, souvent employés par de pointus webzines, se chargent de dénicher l'oiseau rare. Celui-ci peut également se trouver dans un bouge, son génie enfoui sous la fumée d'une assemblée indifférente et clairsemée.

Bref, débusquer l'huître perlée, la gallinette cendrée, le tigre blanc, le… (Stop), s'apparente à un jeu de pistes passionnant, où la chance rivalise avec le flair. Bien sûr, l'enthousiasme et l'espoir engendrent parfois de grossières erreurs. Mais quel plaisir de voir en compagnie de cinquante autres privilégiés le futur groupe influent, encore naïf et inconscient de sa portée véritable.

Et puis vient ce jour maudit, ce jour où il faut partager. Car un peu sottement, on avait espéré les garder égoïstement pour soi, ces merveilleux musiciens touchants de grâce. Maintenant, tout plein de gens les aiment. Même des cons les aiment, c'est dire. D'autres disent les aimer, mais les aiment-ils vraiment comme ON les aime ? Pas sûr. Mais voilà, notre groupe est maintenant à la mode. Il mérite son succès mais la spontanéité des débuts a cédé la place à des us plus professionnels.

En prime, il y a encore pire. Des détracteurs apparaissent. Ils accusent notre groupe de plagier une daube obscure, trouvent à la chanteuse une connivence avec un mérou pas frais. Ils haïssent notre groupe, remettent en question notre découverte. Difficile de jouer encore au valeureux pionnier après des critiques si violentes. Mais bon, on relève la tête, prêt à lutter pour sauver la réputation de nos chouchous. On ne les laissera pas tomber, au prix de joutes verbales parfois enrichissantes, mais très souvent lassantes.

L'autre jour, alors que je regardais Harry Roselmack, charmée par son costar blanc tout droit sorti de la Croisière s'amuse, j'ai aperçu The Arcade Fire. Calés entre la bizarroïde Emilie Simon et je ne sais plus qui, Win Butler et Régine Chasagne expliquaient leur amour de la scène, en fin du 20 heures de TF1. Win et Régine, les leaders d'Arcade Fire, sont devenus le couple le plus classieux de la scène indie. Bowie les adore, et même "ce cher (cher est bien le mot)" Bono a utilisé Wake up pour l'introduction de ses concerts. La sinusite de Win, responsable de l'annulation de quelques shows ce printemps, a déclenché une vague d'inquiétude fanatique dans le monde entier. Comme pour se rattraper, The Arcade Fire s'est lancé dans une tournée quasi exhaustive des principaux  festivals européens, histoire de promener un peu partout leur 2è album, le très beau Neon Bible. Un peu comme un barathon, mais en remplaçant les bars par des scènes.

Cette course à étapes a très vite pris des allures de plébiscite. Conforté par son excellente réputation, l'orchestre québécois s'est vu confier l'honneur de clore dignement des Eurockéennes 2007 privées d'une tête d'affiche majeure. Tant pis pour les fans de titanesque, il faudra se contenter de ces 7 canadiens. Après tout, 7, c'est comme si on avait deux groupes pour le prix d'un. D'autant que la scène se pare de néons rouge flamboyants, d'une bible lumineuse et adopte même un orgue christique pour l'occasion. Tant d'attributs mystiques déclenchent alors une pluie divine plutôt révélatrice pour les païens restés en nombre devant la grande scène. Bien plus que les trombes d'eau, cette prise de conscience provient des cascades de hits qui se succèdent avec ferveur. Après un Keep the car running et un No cars go aux allures de tour de chauffe, l'intensité commence à monter grâce à la charismatique Régine Chassagne. Vétue d'une robe rouge japonisante, la chanteuse se lance dans un Haïti à l'élégante chorégraphie décalée, puis achève de conquérir le public avec l'émouvant  In the backseat. Win Butler reprend alors les commandes pour Intervention et son orgue solennel, tandis que le reste de la troupe s'active dans l'enthousiasme, change régulièrement d'instrument, scande des chœurs dans des mégaphones. Car au fond, tout le charme d'Arcade Fire réside dans leur goût du contraste. Enfantin et professionnel, enthousiaste et grave, le groupe fanatise la foule trempée avec Neighborhood #1 (Tunnels ) et Rebellion (Lies), les incontournables hits de Funeral, leur premier album. Ils se confondent ensuite en remerciements canadiens et sortent de scène.

Dix minutes et un rappel plus tard, le flamboyant Wake up clôt la leçon de catéchisme pop. Au fond, Arcade Fire vaut bien sa réputation mystique, tant il existe différents degrés dans l'appréhension de leurs titres aussi complexes que solaires. Une qualité bien rare, qui permet à tout le monde d'y croire.

Publié dans Journal d'une groupie

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Alex la Baronne 14/10/2007 13:31

Espérons que d'ici le 2 Novembre, le groupe ait retrouvé toute sa fougue !

Beamish 14/10/2007 02:12

Etant fan inconditionnel depuis les tous débuts de nos 7 canadiens, je les suis dans beaucoup de concerts et leur derniere prestation (Pukkelpop) a laquelle j'ai assisté avait perdu de leur magie et de leur folie par rapport a ce que je pouvais observer les années passées...La sinusite récurrente du granbd Win n'ayant pas aider non plus :(Enfin ca m'empeche de retourner les voir le 2 novembre en belgique :)

Alex la Baronne 07/09/2007 13:20

Ah oui, si en plus le groupe se met à faire de la daube au bout d'un moment, on risque de devenir également un féroce détracteur... après avoir tant enduré pour les soutenir, ils n'ont pas le droit de nous lacher !

G.T. 06/09/2007 19:39

Bien vue, ta description du "parcours" qu'on peut avoir quand on découvre un groupe, et qu'il faut après supporter de s'en sentir "dépossédé" lorsque tout le monde les encense, puis qu'il faille sans cesse se justifier une fois que les détracteurs débarquent... C'est un vrai chemin de croix !
Heureusement qu'il reste la musique et les albums de ces groupes qu'on défend becs et ongles, musique dans laquelle on se plonge toujours avec délice malgré ce parours épineux, sinon, ce serait du masochisme pur et dur ;-)

Alex la Baronne 06/09/2007 09:18

Oh, Alf, c'est très finement dit !