The Smashing Pumpkins – Festival de la Foire aux Vins de Colmar (19/08/07)

Publié le par Alex la Baronne

NDLR : Guic', merci de m'avoir fait comprendre dans quel état d'esprit se trouvait un bon fan des Smashing !

Des Smashing Pumpkins, il ne reste que le cerveau et l'ossature. Seuls rescapés du line-up initial, le glacial Billy Corgan et son fidèle batteur Jimmy Chamberlin ont repris le chemin des scènes après 7 ans d'un long silence. Trop long peut-être : une telle absence, doublée de rumeurs peu flatteuses sur la tournée du groupe, laissait mijoter les fans entre scepticisme et espoir. Simple demi-citrouille ou citrouille creuse ?

            Nous nous sommes séparés parce que plus personne n'en avait plus rien à foutre de ce que nous faisions. Toujours lucide et aimable, Bily Corgan évoque sans ambages une des raisons principales de l'éclatement physique de la bête d'Halloween. Mais voila, depuis l'an 2000, de l'eau a coulé sous les ponts, le rock est redevenu fashion. Les Pixies ont renfloué leurs comptes en banque poussiéreux grâce à une tournée fleuve en 2004. Tout cela sans même jouer la moindre nouvelle chanson, juste en se reposant sur les acquis éblouissants d'un Surfer Rosa ou d'un Doolittle. Un soulagement pour de nombreux fans d'ailleurs, inquiets à l'idée de voir le groupe maculer d'un essai baveux une discographie jusque lors impeccable. D'autres n'auront pas cette chance. Car si contrairement au volumineux Frank Black, Iggy Pop conserve dans l'âge ses attributs rock'n'roll primaires, le 4è album des Stooges, paru en 2007, fait bien pâle figure à côté de ses trois trentenaires de prédécesseurs. Et que dire des Who ? Merde, les Who. 28 ans après que Keith Moon a envoyé valser sa dernière cymbale, les revoilà. Sans même John Entwistle, parti ouvrir une boulangerie colombienne chez Belzébuth. Pendant ce temps, Pete Townshend et Roger Daltrey trompent leur ennui avec un nouveau disque, Endless wire, qui spécule plus sur un nom mythique qu'il ne séduit.

Seulement, les Smashing Pumpkins ne sont pas de cette trempe. Les Who formaient un carré, une de ces figures égalitaires s'effondrant logiquement à l'amputation d'un ses côtés. Billy Corgan, lui, incarne tout seul le méchant légume. Il règne en maître absolu sur son groupe, le domine de ses créations et de sa voix nasale. Alors, quand Billy décide de revenir, les autres n'ont qu'à s'écraser ou se casser. Les défaillances seront palliées par d'autres musiciens, voila tout. Il s'en fout. Il n'a besoin de personne en particulier. Zeitgeist, l'album de la résurrection sorti en Juillet dernier, le prouve comme un vivace pied de nez à la barbe de ses détracteurs.

En prime, Billy n'a pas changé. Il est toujours, soit infect pour les gens ordinaires, soit délicieusement infect pour ses fans. En proie à une exquise mégalomanie. Dévoré par une merveilleuse paranoïa. Il traîne derrière lui un service de sécurité hargneux, torture à coup d'imposantes restrictions les honnêtes photographes venus gagner leur croûte, exige des bouteilles d'eau comme ci et pas comme ça. Pourtant, personne ne traite Billy de connard. Son talent le préserve brillamment d'une telle infamie. 

Le voici maintenant en clôture du Festival de la Foire aux Vins de Colmar, à la fin de cette fameuse tournée de reformation. Le public a répondu présent en nombre correct, 7000 personnes. Naturellement, aucune interview n'a été accordée, les vigiles ont dû jouer les pitbulls pour l'occasion. Tous ces caprices n'empêcheront pas "Tonight, tonight" de résonner exceptionnellement, portée par un son d'une qualité extrême. Toujours aussi chauve et mal embouché, les chaussettes rayées dans des grolles en cuir assorties au pantacourt, Corgan alterne les bons morceaux du présent (Doomsday Clock, Tarentula) et les monceaux de bravoure du passé (1979, Bullet with butterfly wings) avec une froideur sadique. A ses côtés, un guitariste discret, une bassiste élégante et douée, une jolie pianiste vêtue à l'extrême orientale. Tout ce petit monde mené à la baguette s'active efficacement à la tâche, tandis que Corgan se lâche, improvise même un Star-sprangled banner électrique et dissonant sous les huées. Ces quelques sifflets n'empêchent pas l'audience d'apprécier à sa juste valeur la production sonore, allant même jusqu'à s'attirer les bonnes grâce d'un chanteur au regard vague, sans doute perdu dans d'angoissantes pensées. Visiblement surpris par la bonne qualité de l'accueil, ce dernier se déride très légèrement et va jusqu'à remercier plusieurs fois la foule, avant un Disarm qui n'a rien perdu de sa grâce sous les spots vivaces d'un décor sophistiqué, fait de rampes lumineuses déchaînées. Enfin, après 1 heure et demie, le groupe tire sa révérence sous les vivas, avant un bref rappel où Billy Corgan engueule sa pianiste pour un petit raté, avant de lâcher des flots de décibels rageurs. Vient ensuite une étonnante minute où, sourire aux lèvres, le chanteur salue et remercie la foule, qui le regarde médusée. Personne ne sait si Billy Corgan va virer vieux cool, mais une chose est sûre : contrairement à son collègue de promo Liam Gallagher, il n'a rien perdu de sa voix.

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Publié dans Journal d'une groupie

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Alex la Baronne 10/09/2007 16:45

Non, non, Thom, ce n'est pas de l'ironie ! En fait, c'est même à totalement prendre au sens propre  du terme : la voix de Billy n'a pas bougé d'un iota. Après, on l'aime ou on ne l'aime pas, mais on ne risque pas de changer d'avis.Sinon, pour la reformation des Smashing, en tant qu'auditrice plutôt neutre du groupe (j'aime bien sans plus), j'ai vraiment été agréablement surprise par la qualité des chansons et, même si ce qu'il fait n'est peut-être pas hyper novateur, c'est plutôt bon quand même !

Thom 10/09/2007 15:39

Alex, je suis perplexe...parce que tu termines en disant qu'il n'a rien perdu de sa voix, mais comme je me souviens avoir lu au moins cinq ou six posts où tu disais que tu n'avais qu'une affection modérée pour ladite voix...enfin, était-ce ironique ???Bref : je suis sans doute tout aussi groupie que Guic' (peut-être même plus : j'adore l'album solo - oh là ma crédibilité est en train de s'effriter à vitesse grand V), et moi justement la fausse reformation me chiffone. Entre nous à quoi bon, justement, parler de reformation quand on ne reforme rien ? James Iha n'a écrit qu'une poignée de titres, c'est juste (deux ou trois sur Mellon Collie, quelques faces charmantes comme "Blew away"...), mais son jeu, moi, j'y étais attaché (si ! je vous jure !). L'album est franchement bon, mais cette idée de se reformer, je persiste à être sceptique, surtout qu'il s'agit de se reformer pour faire une musique que Corgan jouait il y a plus de douze ans (Zeit est plus proche de Siamese Dream que de Mellon Collie)...bizarre, tout de même. Surtout que bon...ok, Zeit est un très bon disque. Mais de là à dire qu'il rivalise avec les classiques d'antan, il y a quand même une marge...je suis même un peu surpris par la qualité des articles de presse sur le sujet (les Pumpkins n'en avaient pas d'aussi bon des les 90's !!!). Parce que tout de même, ce n'est pas la reformation de Roxy Music à la fin des années 70 ou celle d'Echo & The Bunnymen à la fin des années 90...c'est à dire que justement, c'est une reformation. Là où les deux reformations suscitées étaient beaucoup plus : des résurrections.

Alex la Baronne 25/08/2007 23:03

Didi : ah, mon blog a encore rameuté un fan des Smashing ! Bienvenue en tout cas.

Alex la Baronne 25/08/2007 23:03

Guic' : tiens, ton commentaire me rappelle du vécu... Ma mère est venue me demander de lui graver un CD du Velvet que j'avais oublié à la maison et qu'elle trouvait "trop bien" ! Après, j'ai aussi essayé de la convaincre d'écouter Franz Ferdinand, mais elle préfère... Kasabian. Encore et toujours l'attrait des mauvais garçons !
En tout cas, j'attends avec impatience ton article de fan sur les Smashing et... bienvenue au club des groupies ! 

Didi 25/08/2007 16:42

Jy etais ça a duré 2 heures ! Cétait magique