Kaiser Chiefs - Yours truly, angry mob (2007)

Publié le par Alex la Baronne

Note album : 8/10

 

Il fait mal vivre dans cette cité lugubre. Les maisons de briques noircies se succèdent inexorablement, les cheminées d'usines agonisantes crachent une fumée malsaine. Dans une rue en pente, sous le crachin, 5 types avancent presque à reculons. Il y a un blondinet poupin, un beau gosse un peu pale, un taiseux caché sous un bonnet, un bouclé rigolard et un mec bizarre coiffé d'un drôle de chapeau. Ce sont les plus grands losers de Leeds. A eux tous, ils cumulent les journées de chômage et les jobs miteux à une vitesse effarante. Pour meubler leurs morne temps libre, ils ont monté un combo garage, Parva. Et tout le monde se marre. Car Parva n'est ni plus ni moins que le plus mauvais groupe de la ville. Un mauvais groupe qui s'est fait virer comme un malpropre par un petit label l'avant-veille d'une convoitée signature, en prime.

Le temps passe et rien ne change. Enfin, par une belle journée où le soleil perce péniblement entre deux averses, notre fine équipe se réunit dans un pub. Leurs illusions enterrées sous des kilos de trahisons et de moqueries, ils se lancent dans une opération un peu folle, dite de la dernière chance. Ils ne monteront pas un spectacle de strip-tease, d'autres l'ont fait en film avant eux. Par une dérision désespérée plus ou moins volontaire, ils décident de rendre hommage à celui qui est tout ce qu'ils sont et tout ce qu'ils ne sont pas. Le Damon Albarn des 90's est issu des classes moyennes, et juge cyniquement la décadente société britannique. Mais il a toutes les filles à ses pieds et vend des disques par pelletées. Une bière en main, nos 5 larrons jurent allégeance à la britpop de Blur. Ils remisent Parva au placard, adoptent le nom footballistique de Kaiser Chiefs, se lancent dans des prestations scéniques déchaînées. Le nostalgique producteur de Blur, Stephen Street, leur propose alors d'enregistrer un premier album. Le potache Employment se vendra à plus d'un million d'exemplaires à travers le Royaume-Uni.

Après un tel hold-up, la perplexité était de mise au sein de la presse et du public. Qu'attendre vraiment des Kaiser Chiefs pour ce 2è album ? Pour ma part, un peu comme le fan lambda d'AC/DC, je voulais que rien ne change. Je voulais un faux jumeau d' Employment, un truc aussi génial que crétin, parsemé de "nanananana" et autres gimmicks délicieusement stupides, un truc qui me fasse hululer à tue-tête et oublier mon quotidien cartésien au son d'un synthé tout droit sorti de Super Mario Bros. Avec une telle formation aux manettes, je me tapais prodigieusement de la novation, de la sophistication instrumentale et d'autres machins compliqués réservés à des groupes plus doués sur ces terrains glissants.

C'est dire si j'ai reçu un choc (comme on dit par chez moi) à la première écoute de "Yours truly, angry mob", pourtant lui aussi produit par Stephen Street. Seul "Ruby", le premier single, se situe dans la veine espérée, avec son refrain proche de celui d'"Oh my God". Autrement, bien peu de "Gnia gnia gnia" et "Wa-waouh" à me caler au fond de la glotte. De toute évidence, les Kaiser Chiefs ont décidé de durcir le ton. Sans doute en ont-ils marre de passer pour les cancres de service, calés au fond, près du radiateur. Ces cancres qui amusent tout le monde avec leurs bonnes vannes, mais qui demeurent méprisés de tous pour leur soi-disant absence de sérieux. Aujourd'hui, le groupe veut s'affirmer, boxer dans la cour des grands et même, oh my God, "remplir des stades à la façon de U2".

Le résultat de cette maturité nouvelle aurait heureusement pu être bien pire. Certes, les chœurs ludiques ont disparu, mais les arrangements plus fouillés les remplaçant n'ont pas entaché l'enthousiasme et la fraîcheur du groupe ("Heat dies down","Thank you very much"). Si quelques ratés, notamment durant le très justement intitulé "Everything is average nowadays" et son refrain lycéen idiot, viennent un peu ternir l'ensemble du disque, les Kaiser Chiefs redressent toujours brillamment la barre grâce à quelques perles britpop, comme la ballade sucrée "Love is not a competition (but I'm winning)". Malgré sa prise de sérieux, le quintet nous gratifie également de quelques plaisantes facéties avec "Try your best", qui réconcilie les fans de Blur et Oasis pour 3'30, ou encore le plus garage "Retirement". Mais les Kaiser Chiefs assoient essentiellement leur crédibilité sur des textes brillants, tels  un "I can do it without you" et sa fin de relation ambiguë ou encore "The angry mob", au final grégaire représentant une masse intoxiquée par les médias bas de gamme. Car sous ses dehors turbulents, Ricky Wilson peut se targuer d'écrire juste et bien. Pas mal pour un leader supposé sans âme et sans talent.

 

Classe : "Retirement", "Try your best"

Crasse : "Everything is average nowadays"

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Alex la Baronne 12/04/2007 14:35

Tu excuseras ma tendresse coupable pour Ricky Wilson et sa bande...

Vince 12/04/2007 14:28

Oh non pas 8/10 pour cet album, pitié ! ;)

Alex la Baronne 16/03/2007 15:27

Oui, mais eux en tenaient une couche ! Et puis, hein, faut bien romancer un peu :-) !

Thom 16/03/2007 14:08

Les plus grands losers de Leeds ???Mais attends, y a en combien des plus grands de losers de Leeds, à Leeds ? :)

Alex la Baronne 16/03/2007 12:59

Ou une étude comparative :-) !