Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Vendredi 2 mars 2007

J'ai fondamentalement horreur des bobards. Pourtant, au labo, mes chefs croient que j'ai déserté plus tôt ce mardi pour aller voir mon cousin. Ils ne se doutent pas que mon cousin est un groupe de rock, anglais de surcroît. L'implacable pression des horaires engendre parfois des réflexes pathétiques.

Pour l'occasion, j'ai balancé ma petite crasse sans frémir, sans rougir. Je ne me sentais pas encore vraiment à l'aise, mais dans quelques concerts, je vaudrai bien un Razzie Award.

Heureusement, une fois arrivée à la Laiterie, le scrupule ne me dévorait pas. Je m'en foutais même prodigieusement. J'ai rejoint ma place habituelle, contre le mur, là où la vue reste inexorablement optimale. Concerts après concerts, je comprends de moins en moins ce besoin désespérant qu'ont certaines groupies de se faire rouler comme des nems dans une foule tressautante, afin d'apercevoir leurs idoles chéries entre une tête pleine d'oreilles et une autre pleine de dreadlocks crasseuses. En proie à une vingtaine bien sonnée, l'audience attendait néanmoins ce concert plutôt calmement. Bizarre comme quelques petites années peuvent creuser un grand fossé. L'hystérie collective engendrée par les Kooks ou les Arctic Monkeys ne touche de toute évidence pas les fans de Kasabian.

"Shoot the runner" réveille par chance bien vite les premiers rangs. L'accent minier et le sourire goguenard, Tom Meighan investit la scène avec une aisance nonchalante. Sous ses airs d'Ewan Mc Gregor période "Trainspotting" (en un poil plus frais, quand même), le chanteur ne ménage pas ses efforts, exhorte la foule, bondit comme un marsupilami (mais ne fait pas "Hooba hooba", oui, je sais, je sors). A ses côtés, le beau Serge Pizzorno se contente amplement d'avoir l'air classe et ténébreux guitare en main. Après 3 premiers titres de rodage, légèrement en dedans, le groupe laisse se nimbe d'une brume psychédélique avec "Sun rise, light flies", avant de frapper très fort avec le percutant "By my side". Les guitares sont énormes, la batterie tribale et hypnotique. L'excellente surprise viendra immédiatement après, avec le superbe "Me plus one", paré en live d'une intro brillante, qui reflète pleinement les talents de composteur de Serge Pizzorno. Les morceaux du 2è album du groupe s'enchaînent superbement jusqu'à la chanson titre où un sous-vêtement de forte facture atterrit sur scène, suivi peu de temps après d'un cousin tout aussi pachydermique. Son tour de chant achevé, Tom Meighan lance un appel aux groupies déculottées puis leur dédie le titre suivant, "Processed beats", où malgré tout le charisme des 2 leaders, l'absence de synthés sur scène se ressent un peu durement. Galvanisé par cette pluie d'un genre particulier, le quintet entame ensuite "The doberman" à pleine confiance et le chanteur se paye le luxe de mimer drôlement les trompettes finales. La première partie s'achève ainsi brillamment. Tant de prestance n'impressionne cependant pas une arrière salle remplie de lombrics tous plus lymphatiques les uns que les autres.

Le rappel vaincra heureusement cette résistance molle. "Apnoea", pourtant très moyen sur galette, se révèle grandiose sur scène avec un son enveloppant et entraînant. Le prélude idéal à "Club foot", où le public ose enfin reprendre  un refrain en chœur. "Stuntman" et "L.S.F.", achevé dans une impro de toute beauté, finiront de conquérir l'audience et Serge Pizzorno se permet même de sauter brièvement dans la foule. Largement de quoi satisfaire plus d'une fan.

par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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