Graham Coxon - Happiness in magazines (2004)

Publié le par Alex la Baronne

Note album : 9/10

Graham Coxon est pour l'éclectisme. En grande partie derrière la  salutaire métamorphose de Blur ? qui vit la formation abandonner sa britpop sucrée pour un son garage américanisant ?, le guitariste prodige manie les genres musicaux avec la maestria d'un joaillier rompu aux multiples facettes de son art. Ce talent plutôt exceptionnel lui vaut aujourd'hui la reconnaissance de ses pairs, les frères O'Brien de Radiohead en tête. Un hommage plus que flatteur. Et pourtant, tel un jeune acteur écumant les castings foireux, Graham connut son lot de doutes et de déprimes durant une carrière solo commencée dans l'indifférence générale, alors que le tank Blur roulait encore à plein régime.

Ainsi, après 8 longues années d'efforts solos vilipendés par une presse plutôt sceptique, "Happiness in magazines", 5è album d'une série souvent méconnue, remporta enfin l'adhésion générale en 2004. Une résurrection quasi miraculeuse, tant Coxon peina à se remettre de la dissolution de Blur, achevée dans un climat glacial. Sans doute le retour pour ce disque de Stephen Street, ancien producteur du groupe mythique, aura-t-elle aidé son ancien guitariste à retrouver la judicieuse inspiration de l'époque glorieuse où "Coffee & TV" tutoyait les sommets des charts. Libéré par cet entourage rassurant, Coxon laisse parler certaines influences jusque là refoulées pour 12 titres variés, unis sur le fil du rasoir par une voix fragile et déroutante. "Spectacular", brûlot punk parfaitement assumé, ouvre cet opus de manière étonnante, tandis que le nonchalant "Freakin'out" et surtout "People of the earth", une violente accusation portée contre l'inertie du troupeau humain, assoient brillamment cette nouvelle tendance sur un lit de bons gros solos déchaînés. Plus surprenant encore, le décomplexé "Girl done gone" évoque un blues crasseux que l'on croyait réservé à Jack White. Ces incursions inattendues n'empêchent pas le guitariste aux lorgnons d'aller justement lorgner du côté d'un passé toujours vivace avec le pop "Bittersweet bundle of misery", plein d'un charme aussi ironique qu'irrésistible. Les superbes ballades "All over me" et "Are you ready ?", sublimées par des violons romantiques dépourvus de mièvrerie, viennent boucler la boucle : malgré une fin de disque parfois longuette ("Bottom bunk", "Don't be a stranger"), Coxon a réussi en un seul album plus que beaucoup achèveront jamais durant toute leur carrière. Chapeau bas.  

Classe : "Are you ready ?"

Crasse : "Don't be a stranger"


Chroniques apparentées sur ce blog :

·         Graham Coxon - Love travels at illegal speeds (2006)

·         Blur - Best of (2001)

·         Gorillaz - Demon days

Publié dans Pop rock classe

Commenter cet article

Alex la Baronne 19/10/2006 14:06

C'est une très bonne idée Fab ! Dans le même genre il y a aussi "Staring at the sun" (même si j'ai déjà fait un listing avec des chansons ensoleillées)...

Fab de l An Mil 19/10/2006 12:41

Encore un morcaeu intitulé Are You Ready !!
Je crois que tu pourrais faire un article-séléction-compilation dont tu as le secret  avec des chansons d'artistes divers et variés qui s'intitulent Are You Ready....

Alex la Baronne 19/10/2006 08:51

Oui, c'est vrai... Touefois, son génie commence un peu à être reconnu outre-manche grâce à "Love travels at illegal speeds", mais rien de comparable avec le succès que connait Gorillaz.

Thom 18/10/2006 20:03

Le problème, c'est que personne ne le sait...pourtant, son génie explosait déjà chez blur (surtout sur "13" qui est presque un album solo de Coxon sur lequel joue les autres...m'étonne pas qu'il se soit fait saquer juste après).

Alex la Baronne 18/10/2006 17:53

Ah, merci de faire vivre ces articles (et d'ailleurs, merci à tous mes commentateurs attitrés !)Pour Coxon, je suis bien d'accord avec toi.