Kaiser Chiefs, Seamus Craic, Artnik books (2006)

Publié le par Alex la Baronne

           "Ne vous approchez surtout pas de Parva". Leeds vient d'élire ses nouvelles brebis galeuses. Impitoyablement, la ville s'acharne sur ce groupe garage miteux, auquel une maison de disque a fait miroiter un contrat pour finalement se rétracter l'avant-veille de sa signature. Ils sont 5. 5 émules ratés des Strokes, 5 garçons cantonnés aux jobs de seconde zone. Las des moqueries concernant leur "putain de vie", le quintette entame une remise en question salutaire et enterre sans regret Parva, cygne noir tombé sous les coups de becs. Place aux Kaiser Chiefs, dont le nom rend hommage à une équipe de football sud-africaine. Leur dépréciation sera leur force. N'ayant rien à perdre, le groupe ressuscite Blur et sa britpop pétillante, non sans se départir d'un humour encore trop rare dans le rock. La success story démarre enfin.

 

Totalement sous le charme, Seamus Craic brosse un portrait attachant de ces purs produits de l'Angleterre minière, à la fois naïfs et retors. Car si les Kaiser Chiefs ne partent jamais en tournée sans leurs peluches, leur vision de l'industrie musicale laisse entrevoir le cynisme revanchard d'un groupe méprisé trop longtemps.  Mené par le funambule psychique Ricky Wilson, souvent à la limite de la rupture durant des concerts d'une explosivité sidérante, le quintette séduira le Royaume-Uni tout entier et se permettra même de sauver d'un échec complet le show américain du live 8. Une myriade de photos illustre le parcours de ces trublions atypiques, à 10 000 lieues de la sophistication ambiante. Le lecteur y découvre des jeunes gens modestes, amusants et terriblement humains, comme le prouvent les angoisses d'un leader invariablement malade de trouille avant des prestations pleines d'une confiance refoulée. "Employment", 1er album aux allures de conte quotidien hilarant, constitue le tremplin idéal à ces performances inoubliables avec ses textes candides loués par le producteur Stephen Street, connu pour ses collaborations passées avec Blur. Un passage de témoin maintes fois évoqué dans cet ouvrage où l'auteur décrypte admirativement les paroles des plus grands tubes des Chiefs, d' "I predict a riot" au fabuleux "Oh my God", que le NME envisagea d'élire deux semaines de suite "chanson de la semaine". Ce succès phénoménal – 1 000 000 d'albums vendus – engendre  évidemment bien des grincements de dents. Accusés d'avoir honteusement profité de leur passage au live 8 pour se faire connaître, le groupe devient également la cible de ses pairs. Arctic Monkeys, The Kooks et bien entendu Liam la vipère, tous auront un mot dur contre les Chiefs, une formation soi-disant "sans âme". Indifférents à ces critiques injustifiées, ces derniers ne cessent de louer les autres groupes du moment et apprécient sans arrière pensée leur bonheur tout neuf. Parfois trop emphatique pour être honnête, Seamus Craic défend ses protégés avec un acharnement proche de la mauvaise foi, démolissant par principe tous leur rivaux, Franz Ferdinand en tête.  Décrit comme de froids poseurs surfaits, les 4 écossais ont toutefois la chance de voir leur leader Alex Kapranos cité en quatrième de couverture pour avoir décrit les Kaiser Chiefs comme des "génies". Un compliment que les 5 garçons de Leeds ne manqueront pas d'apprécier à sa juste valeur.

Sincère, souvent amusante, cette biographie succincte retrace fidèlement le parcours d'un groupe encore trop méconnu en France. L'enthousiasme de Seamus Craic pourrait bien d'avérer contagieux.

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Alex la Baronne 19/09/2006 11:55

Oui, j'ai vraiment trouvé ces accusations déplacées, d'autant que par exemple, Pink Floyd en a tout autant "profité" ! Pour les Kaiser, leur popularité en Angleterre est assez démente, il suffit de voir qu'il y a déjà 3 bouquins les concernant alors qu'ils n'ont sorti qu'un seul album !

Chtif 19/09/2006 01:02

Pas de honte à profiter du Live 8... tracy Chapman doit tout à l'annulation d'une superstar qu'elle remplaça lors d'un concert évènementiel : "Talking 'bout the revolution" fit le reste...1000000 d'exemplaires vendus, ah ouais, quand même, je pensais pas