Concert de Placebo, Foire aux Vins de Colmar, 15 Août 2006

Publié le par Alex la Baronne

             J'ai beau être bon public, j'ai mal. Réunissez 10 000 personnes. Fournissez leur un uniforme rock. Faites les mariner 1 heure dans une impatience fébrile. Promettez leur un concert époustouflant, basé sur une réputation usurpée. Vous obtiendrez des résultats surprenants. Car malgré une basse sismique et une attitude pédante au possible,  Placebo a mis le feu à un public totalement fanatisé. Il n'y avait pourtant pas de quoi se damner. Au contraire…

 

Indéniablement, le trio laissera un souvenir coriace aux professionnels contraints de le côtoyer. Emus par tant d'humble simplicité, les photographes locaux devront ainsi signer un contrat en anglais – donc invalide sur le sol français – impliquant la cession bénévole de leurs droits d'auteur. Pire, ceux qui n'officient pas pour un quotidien ne pourront pas publier leurs instantanés sans l'aval du groupe.  A son arrivée sur scène, on comprend mieux pourquoi celui-ci se montre si exigeant. Un batteur accro à la Kro , un bassiste-guitariste figurant dans "Cargo de nuit" et un chanteur aux allures de garde forestier : Photo Shop va tourner à plein régime ce soir. Visiblement contraints d'assurer ce concert, le petit Brian et ses copains donnent immédiatement le La d'une soirée ratée. Vous n'avez pas aimé "Meds", leur dernier opus ? Voici le moment rêvé pour sortir le dernier numéro de Télé 7 Jeux et entamer la résolution d'une grille de mots croisés force 4. Vous aurez largement le temps d'y parvenir. Pendant ce temps, nos 3 divas montrent ostensiblement leur dos au public et enchaînent sans mot dire leurs nouveaux titres, intégralement couverts par une vibration venue droit de l'enfer. A 35€ la place – la rançon d'un groupe maintenant roi des ondes – un relent puant d'arnaque flotte. Des sentiments mitigés m'envahissent. Dois-je bénir ou maudire la personne qui me céda sa place ?

Brian, Stefan, leur cameraman : tout le monde s'éclate ce soir

¾ d'heure plus tard, l'intro d'"Every you every me", tube glam des grandes années du groupe, résonne enfin. Là encore, la déception l'emporte. Nonobstant sa voix si vibrante, notre leader charismatique n'insuffle aucune vie à ses chansons, même les meilleures. "The bitter end" et "Special K" finiront elles aussi massacrées par une interprétation insipide, tandis que sa suffisance Molko, assis au pied de la batterie, observe nonchalamment son pote Stefan Olsdal, figé comme un stalactite devant lui. Quant aux 2 membres additionnels, respectivement bassiste et claviériste, leur présence se fait des plus discrètes, sans doute pour ne pas froisser l'égo démesuré de leurs employeurs.

 

Toutefois, le clou rouillé du spectacle est à venir. Durant une bonne demi-heure, j'ai cherché une formulation diplomate résumant ma pensée, sans succès. Brian prend ses fans pour des cons, les conchie jusqu'au trognon, se fait éhontément du blé sur leur dos. Après tout, pourquoi se priver puisque ces derniers en redemandent ? Soudain tout sucre tout miel, le chanteur apostrophe la foule dans son français parfait et distingué, dont il pourrait user un peu plus souvent. "Nous tournons un clip pendant ce show", explique-t-il. "Mais la première prise a été ratée. Par conséquent, nous allons rejouer la chanson". Et d'ajouter, magnanime : "SI vous bougez bien, il se POURRAIT que vous soyez dans la vidéo.". Notre chenille mal embouchée se mue alors en un papillon scénique pour 3 minutes d'hypocrisie délétère, en pseudo osmose avec son public bien aimé. Un rappel plus tard, le groupe détruit le splendide "20 years". Quelle importance ? L'audience aurait accueilli "Alice ça glisse" ou "Cuitasse les bananasses" avec la même ferveur.  Décidément, l'amour rend aveugle, sourd et masochiste.

 

Publié dans Journal d'une groupie

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Alex la Baronne 12/11/2006 14:56

Merci Ska, ça me fait très plaisir (je suis toute rouge derrière mon ordi !) !
Concernant Placebo, ils sont en effet un plutôt bon groupe de studio , mais sur scène, ils n'assurent pas vraiment... Brian Molko a même eu l'honnêteté de le reconnaître !

Ska 12/11/2006 14:34

Juste un mot pour dire à quel point je trouve ce blog drôle et stimulant. Même si je n'ai pas encore eu le temps de lire beaucoup de choses.
Il y a du style dans ces compte-rendus de concerts ou de disques. Et ce n'est pas si souvent le cas.
Quant à Placebo, je continue d'écouter leur disques (il y a toujours quelques titres vraiment biens) mais je ne vais plus les voir depuis un concert à l'Olympia pour leur 3e album, où ils m'avaient déjà laissé sur ce genre d'impressions... 

Alex la Baronne 01/09/2006 18:00

Chtif : dans ce cas, je n'ose même pas imaginer son éminence Brian de mauvais poil !
Tireboulette : ah oui mademoiselle K... Je ne sais pas trop, le son était si miteux que je n'ai rien entendu :-) ! Ce que j'aime avec ce genre de soirée, c'est qu'il y a beaucoup à raconter après (soyons positifs !)...

Tireboulette 01/09/2006 15:50

Merci Alex, ton texte explique très bien la soirée. Je rajouterai que je trouve les pubs pour les céréales "Special K" plus attractives que l'interprétation de la chanson du même nom. Je remercie le vigile qui m'a laissée sortir pour apaiser mes oreilles (il avait l'air de m'envier d'ailleurs) et, non seulement je pisse à la raie de Brian Molko, mais je crache sur "Mademoiselle K." première partie officielle et non négociable de Placebo qui a privé un bon groupe local de se faire plus largement connaitre.

Chtif 01/09/2006 13:50

non, non, c'est les dates normales, quand il est comme ça.