Concert de Franz Ferdinand, Foire aux vins de Colmar, 15 Août 2006

Publié le par Alex la Baronne

(NB : un grand GRAND merci à Julien pour les photos ! Et un grand GRAND merci à Jeen et Julien pour avoir supporté mes élans groupiesques !)

 

D'un geste mal assuré, je balaye la framboise en gelée qui vient d'atterrir sur le chat mongoloïde ornant mon pyjama. Aucunement rebuté par le silence pesant, mon père entame la conversation. Je hais le matin. Pire, je hais les conversations du matin.

- Alors, c'est le grand jour ? Tu vas enfin voir tes bellâtres ?

Après quelques instants de perplexité, la mémoire me revient. Le plaisir s'éprouve dans l'attente. Depuis 2 mois, ce concert de Franz Ferdinand, sans doute attiré par le Gewurztraminer cher à ma ville natale, hante les méandres cachés de mon esprit enthousiaste. Toutefois, à l'aube du grand jour, je me fous éperdument de ces "bellâtres". "The dark of the matinée". Un intitulé pertinent dont j'éprouve  chaque jour la signification profonde.

Dans l'après-midi, Jeen, Jul et moi savourons un repos bien légitime après une improbable expédition shopping. Les ferventes exhortations de mes amis n'y changent rien. L'émoi me fuit. Conjuguer cet évènement au passé me déplait souverainement. Sitôt vu, sitôt fini. Restent juste quelques souvenirs figés. Quelle tristesse.

Une fois installée dans la fosse derrière une meute de minettes rayées, j'arrête de me prendre pour Thom Yorke, d'autant que la première partie, assurée par Superdog, se révèle un amuse gueule de choix. Entraînant, amusant, le quatuor alsacien livre une pop anglophone bourrée de chœurs chers aux  Beatles. "I wanna hold your hand" semble parfois renaître de ses cendres avec ces airs légers. En osmose avec le chanteur, je complète ses vannes ("J'dis ça… j'dis rien") et gagne une réputation de mage solaire auprès de Jeen. Réputation confirmée à l'arrivée tardive de Franz Ferdinand. Nul besoin d'utiliser ma plus belle voix de poissonnière pour réclamer mes chansons favorites, Alex Kapranos et sa bande gratifieront des tribunes à moitié vides (4500 places vendues sur 10 000)d'une setlist magistrale. 19 morceaux, pas moins, pendant une heure et demie d'un show parfaitement huilé et préservé de la lassitude par l'énergie époustouflante du groupe, pourtant en tournée continue depuis 3 ans.

 

 Monsieur K, leader charismatique (photo : Julien Kauffmann)

Fidèle à son dandyisme raffiné, le quatuor débarque rasé de près, les fringues rutilantes, à l'extase de jeunes filles dont le menu quotidien se résume souvent à des lycéens poilus et insalubres*. Dès les premières notes de "This boy", un splendide beauf en jogging, le cheveu gras et l'œil marécageux, se glisse frauduleusement devant moi. Adieu les jeunes gens élégants et les guitares pailletées, place à une vue panoramique sur une profusion de pellicules. Cette intrusion frustrante me transforme en véritable gorgone et je pousse violemment ce malotru, définitivement expulsé par Jeen lors d'un pogo déchaîné. Toutes à notre joie, nous piétinons les pieds de nos malheureux voisins au cours de chorégraphies inspirées des mouvements raides d'un cousin proche des Playmobils, le leader Alex Kapranos. Parfois critiqué pour quelques couacs vocaux, ce dernier maîtrise parfaitement les aigus de "Come on home", servi par un son impeccable. Un véritable soulagement pour les organisateurs, navrés de la calamiteuse saturation qui plomba la prestation de Jamiroquaï la veille. Quelques chansons oubliées depuis belle lurette resurgissent plaisamment, à l'image du pétillant "Tell her tonight", interprété par le beau guitariste Nick Mc Carthy. Outre ces tubes extraits du premier album, la formation dégaine un véritable bazooka festif : le binaire et entraînant "Do you want to ?", diaboliquement efficace sur scène. Car le groupe transcende même ses chansons les plus faibles, comme l'insupportable "Linsey Wells",  co face A du single "The Fallen", fort agréable en live malgré sa niaiserie patentée. Une fosse bondissante à souhait accueille ensuite les imparables "I'm your villain" et "The dark of the matinée", aux riffs acérés parfaitement maîtrisés. Ecrasées contre les barrières par une densité de population excédant celle d'un bus pékinois à l'heure de pointe, les groupies retrouvent un second souffle avec l'acoustique "Eleanor put your boots on", directement suivi de "Walk away", superbe ballade cynique où le batteur Paul Thomson s'empare d'une guitare et laisse sa place derrière les fûts au poupin Andy Knowles, claviériste attitré du groupe. Enfin survient l'apothéose grâce au mythique "Take me out", qui précède idéalement mon morceau préféré, "Darts of pleasure", au finish teuton vertigineux.  Superfantastisch...

                            Nick Mc Carthy et Alex Kapranos (Photo : Julien Kauffmann)

Sous les vivas, les 4 garçons de Glasgow quittent la scène après l'ambigu "Michael". Aussi prévisible qu'une bûche de Noël un 24 Décembre, le rappel s'annonce flamboyant. Il le sera, notamment durant "Outsiders", où Alex Kapranos séduira définitivement le public avec une présentation francophone de ses comparses, rejoints pour l'occasion par 2 percussionnistes supplémentaires. "This Fire", morceau final habituel, laisse un public ébloui et déjà nostalgique. Certes, quelques blasés dénonceront un show trop répétitif, des blagues maintes fois déblatérées et surtout une interprétation manquant d'originalité. Si la majorité ne brille pas toujours par son discernement, les mines épanouies de bien des spectateurs masqueront ces voix dissonantes. Franz Ferdinand possède en effet une caractéristique propre aux plus grands groupes : la capacité de toucher personnellement chaque âme fondue dans la masse d'une audience suante et sautillante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore une réussite pour les Franz (photo : Julien Kauffmann)

 

 

* Je SAIS bien que cet adjectif ne s'utilise pas pour qualifier les êtres humains. Toutefois, son emploi accidentel durant une de mes tirades contre le tennisman Marcelo Rios provoqua l'hilarité de mes parents. Papa, Maman, si vous retrouvez l'adresse du blog de petite chérie, cette phrase vous attend.

Super cadeau : 

  • "Outsiders" à T in the Park... Quelques invités surprise s'en mêlent... 

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Publié dans Journal d'une groupie

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Alex la Baronne 31/08/2006 23:38

Et oui, comme quoi Brian Molko fait des heureux (et aussi des moins heureux)...

Tireboulette 31/08/2006 22:45

Oui, on pourra estimer qu'une salle à moitié pleine (restons positifs) est normal pour Colmar. Franz Ferdinand n'ayant pas l'habitude de participer au NRJ Music Awards et au Bigdil... on les connait moins bien par ici. Et puis, beaucoup de gens ont du faire un choix d'achat, même si les billets les plus chers se montent à (seulement) 33 euros... Par contre, salle comble pour Placebo et Indochine, of course...

Alex la Baronne 31/08/2006 13:27

C vrai que j'ai trouvé cela un peu bizarre... En même temps, il s'agissait de Colmar, où peu de gens bondissent de joie à l'arrivée d'un groupe de rock ! Mais tout de même... Tant pis pour ceux qui ont loupé ce super concert !

Chtif 31/08/2006 13:15

Moitié vide la salle ? Aïe, le vent tourne un peu...

Alex la Baronne 30/08/2006 14:31

Oh... C'est une chanson mignonne assurément... mais elle m'agace !!! Sans doute celle que j'aime le moins du groupe, toutes les faces B comprises.