The Arcade Fire - Funeral (2004)

Publié le par Alex la Baronne

Note album : 9,5/10

 

Naturellement  attaché à son patrimoine, le Québec oscille souvent entre modernité et archaïsme. Un cheeseburger en bouche, ses habitants vantent la pureté originelle de leur français teinté d'expressions savoureuses et désuètes. Point de tie-break au pays des caribous, le "bris d'égalité" est roi. Dans ce contexte, rien d'étonnant à voir l'ultra moderne Montréal engendrer un renouveau musical saisissant, œuvre de jeunes gens portant d'élégants gilets en laine un peu démodés. Bercé par cette double tradition, The Arcade Fire, petit orchestre de 7 musiciens*, cultive inconsciemment le paradoxe. Ainsi, leurs compositions matures et délicates prennent une puissance inattendue grâce à une interprétation juvénile d'une fougue étonnante. Mais surtout, "Funeral", 1er album si novateur, si frais, pose ses jalons sur des instruments un peu "chelous", pour ne pas dire franchement ringards, tels l'accordéon ou le cor. Comme quoi le talent se situe bien au-delà d'une hype despotique.

 

Amère conséquence d'une genèse assombrie par plusieurs décès dans l'entourage proche du groupe, ces 10 titres dévoilent une tristesse ambiante transcendée, une volonté de magnifier chaque instant, même les plus difficiles ("Une année sans lumière"). Le céleste "Neighborhood 1 (Tunnels)" ouvre ce disque avec une limpidité confondante, porté par l'engagement total et le timbre vibrant du leader texan Win Butler. Aussitôt le piano aérien de ce premier titre envolé, "Neighborhood 2 (Laïka)" prend ardemment le relais avec un chant plus rock à la Pixies doublé d'un air d'accordéon accrocheur(NDLR : je ne pensais pas un jour écrire cela). Cette intensité poignante ne retombera jamais ensuite, tant l'évidente cohésion de la formation fait merveille durant ces 45 minutes parfois baroques, parfois folk, souvent rock et presque toujours brillantes. Capables à eux tous de maîtriser une bonne douzaine d'instruments, ces créateurs accomplis expriment leur polyvalence sur des airs généralement mélancoliques, en particulier durant le fabuleux "Crown of love", troublante tragédie amoureuse achevée dans une piquante accélération de violons discos. Malgré le longuet "Wake up", cet opus ajoute sur sa fin l'originalité à la sensibilité exacerbée, grâce au superbe chant de Régine Chassagne,  rappelant immanquablement Björk sur le cristallin "In the backseat". "Haiti" lui permet également d'évoquer ses origines chéries pour 4 chaleureuses minutes au cœur des Caraïbes. Une pause légère complétée par le point d'orgue du disque, "Rebellion (Lies)", un air pop qui permet au groupe de révéler une facette plus enjouée avec des chœurs enfantins et  un piano dynamique. Souhaitons à leurs prochains titres, enregistrés dans une église de Montréal, le même enthousiasme et la même gaieté reconquise. Ces canadiens centrés sur le duo fusionnel Regine Chassagne – Win Butler, mari et femme à la ville, devraient encore ravir leurs nombreux admirateurs, l'inspiré David Bowie le premier. 

 

* Un 8è larron, Howard Bilerman, qui jouait de la batterie sur "Funeral", a depuis quitté le groupe.

 

Classe : "Rebellion (Lies) " (et également "Tunnels")

Crasse : "Wake up"

 

Super cadeau : "Rebellion (Lies)" en live dans le mythique show anglais Later with Jools Holland.

Publié dans Pop rock classe

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Alex la Baronne 27/08/2006 11:40

Coucou Alf,
Merci pour ton passage, je file tout de suite voir ta chronique !

alf 26/08/2006 23:23

Chère baronne,
bien le bonjour. j'ai lu les explics de Chtif pr le tracback mais faut croire que j'ai trop rien compris because j'ai pas réussi à faire un lie avec mon blog... Réessaierai une autre fois...
Sinon, c'est là :
http://chroniknroll.over-blog.com/article-1720980.html
à bientôt

Alex la baronne 24/08/2006 09:36

Ah mais mnt grâce à Chtif je vais devenir la reine du trackback :-) Vraiment impressionnantes leurs prestations live, je les attends avec impatience en France !

Chtif 23/08/2006 22:10

... oui, tu te rappelles Sys !Pour Bowie, tu as raison de le signaler, bien sûr. Le Duke est d'ailleurs lui-même très fan des Arcade.A signaler une superbe vidéo d'Arcade en concert à Canal Pelu, avec 6 morceaux, je crois... Qualité nickel, interprétation inouïe. ça doit pouvoir se trouver sans mal sur le mulet.

Systool 23/08/2006 21:43

Tout simplement l'un des meilleurs albums de l'année 2005...On sent quand même l'influence de Bowie, notamment au niveau du chant... :-DSysTooLNB : Ah Chtif! Les joies du trackback ;-)