The White Stripes - The White Stripes (1999)

Publié le par Alex la Baronne

Note album : 8/10

“Les concerts de rock s’opposent au culte chrétien“ Benoît XVI.

John Gillis, dont les parents travaillent pour l’archidiocèse de Detroit, désavouera sûrement le pontife suprême. Benjamin d’une fratrie de 10, le futur chanteur des White Stripes se destinait durant son adolescence à entrer au séminaire, quand un coup d’œil sur son nouvel ampli le fit réfléchir : bien que dotées d’une acoustique enviable, les églises ne se prêtaient aucunement à ses solos démoniaques. Le jeune homme renonça alors aux ordres et devint apprenti chez un tapissier. Quelques années plus tard, Meg White, une jeune barmaid, croisa son chemin. Après une cour en règle, John l’épousa en 1996, adopta peu conventionnellement son patronyme, se fit appeler Jack pour la forme et installa sa femme néophyte derrière une batterie. Ainsi naquirent les White Stripes, du nom des bonbons à la menthe préférés de Meg.

En bon mythe rock, le couple connut un début de carrière obscur et laborieux porteurs d’influences déterminantes. Limité aux scènes de saloons glauques, Jack White conçut rapidement une colère instinctive contre sa situation peu valorisante. Ce 1er album, vieux de 7 ans, libère cette énergie animale au point que son compositeur le considère comme “le disque le plus puissant des White Stripes, un opus brut plein de rage“. Souvent cloués au pilori en raison d’une certaine vacuité instrumentale, les duos retrouvent leur honneur avec cette paire américaine capable d’évoluer pleinement sans basse, sans piano et sans guitare rythmique. Doté d’un dynamisme digne du lapin Duracell, le sieur White comble admirablement ces absences avec une seule gratte sonnant comme 5, notamment pendant le survolté “Jimmy the exploder“, ode à un singe fâché contre toutes les couleurs excepté le rouge. Le mystérieux "Astro" et "The big three killed my baby", pamphlet contre les 3 géants de l'industrie automobile américaine, expriment la même hargne  grâce à un chant intense doublé d'une rythmique efficace et martelée.  Ce son lo-fi s'accomode remarquablement de tonalités blues avec "Suzy Lee", personnage énigmatique présent sur toute la discographie du duo,  ou encore durant une nouvelle version du tube populaire "St James Infirmary blues". Malheureusement, "The White Stripes" pêche un peu par sa densité éprouvante ("Little people", Broken bricks", "Screwdriver") qui rappellera aux moins chanceux l'hyperactivité de Brian et Léa, ces affreux petits cousins aussi hardis qu'épuisants. En effet, le seul moment vraiment calme provient d'une reprise de Bob Dylan, le très beau "One more cup of coffee", œil  d'un cyclone électrique surpuissant.

Véritable diamant brut, ce disque éponyme constitue une version primitive d'"Elephant", avec son rock parfois trop dosé, son blues louisianais et ses pulsations binaires imparables. Un premier album précurseur dont le duo peut légitimement rougir… de fierté.

Classe : "Jimmy the exploder"

Crasse : "Screwdriver"

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