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Chroniques rock'n'roll d'une Baronne
Note album : 10/10
L'album blanc ou comment le ver entra dans le fruit. En Mai 1968, John Lennon passe la porte d'Abbey Road, les cheveux longs et la chemise fleurie au vent. Il n'est pas seul. L'artiste américano-nipponne Yoko Ono, sa nouvelle compagne, le suit de près. Cette présence envahissante pèse naturellement sur les nerfs des autres membres du groupe, habitués à travailler dans l'isolement total. Très vite, la belle amitié des Fab Four vole en éclats. Crêpages de chignon entre Lennon et Mc Cartney, importance grandissante d'un George Harrison trop longtemps mésestimé, c'en est trop pour l'humble Ringo Starr : épuisé par cette émulation malsaine, le batteur s'exile 2 semaines dans son Octopus Garden. Plus triste encore, les séances d'enregistrement sont réparties dans plusieurs studios différents afin d'éviter un clash irrémédiable. La communication n'en demeure pas moins malaisée et aucun n'a son mot à dire concernant les productions de ses ex amis.
Toujours est-il que cette ambiance, pareille aux meilleurs moments d'amitié entre Kennedy et Khroutchev, galvanise la créativité des 4 garçons dans le vent. La belle cohésion des débuts disparue, chacun va donner libre cours à son inspiration pour finalement forger un véritable mythe. Forts de leurs 30 titres composés en Inde pendant une quête transcendantale, les Beatles parviennent encore une fois à surprendre avec ce double album, qui allie plaisamment qualité et quantité. En effet, cet opus visionnaire excelle dans tous les genres, de l'amusant reggae "Ob-La-Di Ob-La-Da" à "Back in the USSR", où des chœurs "Beach Boysesques" rencontrent le rock n'roll cher à Chuck Berry pour une parodie de son titre "Back in the USA". Mieux, les 2 leaders inversent par moments leurs rôles habituels et bousculent ainsi un public féru de repères. Le troubadour Paul Mc Cartney nous gratifie d'une incursion heavy rock avec "Helter skelter" tandis que John Lennon, d'ordinaire plus agité, signe plusieurs ballades très réussies telles "Dear Prudence" et "Julia", vibrant hommage à la mère du chanteur. Bien entendu, on retrouve tout au long de cette heure et demie l'engagement pacifiste ("Revolution 1") et les jeux de mots délicats propres à l'œuvre des Beatles, notamment avec les nombreuses autoréférences de "Glass onion".
Critiqué par beaucoup pour sa longueur, l'album blanc permet à tous de s'exprimer. Jusque là étouffé sous les imposantes personnalités de ses petits camarades, le discret George Harrison invite son ami Eric Clapton sur le superbe "While my guitar gently weeps" pour des solos de guitare grandioses. Une véritable révélation pour le grand public. Quant à Ringo Starr, il propose sa première composition avec le basique "Don't pass me by".
Véritable vivier de la musique moderne, "The Beatles" peut se targuer d'avoir inspiré plusieurs livres contant sa genèse mouvementée. "Un disque de trop" clama la presse en 1968. Presque 40 ans plus tard, on se demande toujours lequel.
Classe : "While my guitar gently weeps "
Crasse : "Revolution 9"
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