Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Mardi 30 octobre 2007

 

The-BISHOPS1.jpg
19h57

  "Ben tu vois ? Je me serais pas trompée de route, on serait arrivés en avance et on se serait emmerdés comme des rats morts en attendant que les portes s'ouvrent !".
Il n'y pas que mes chroniques qui suintent la mauvaise foi.


20h00

Ouverture des portes. 60 personnes se dirigent lentement vers l'annexe de la Laiterie, qui contient à tout casser 150 pelés les jours d'affluence. La grande salle devait normalement accueillir le hip-hop franchouillard de la Fouine, mais le show a été reporté au dernier moment. L'information a sans doute mal circulé puisque quelques jeunes gens en jogging hantent les rues avoisinant.

 

20h02

Je bénis Guic' pour ses conseils vestimentaires et agite mes orteils de contentement au fond de mes Converse. Une maigre brochette de groupies s'installe au premier rang, manifestement désireuses d'étrenner la tenue qu'elles porteront au concert des Klaxons, prévu dans un mois. Ah, ils ont une riche idée ceux-là, en associant vert et  violet. Un peu plus en arrière, une maman aux allures de rombière tient par la main son fils, 11 ans à tout casser. Comme quoi il ne faut pas se fier aux apparences.

 

20h30

Les frenchies pop de One Two aux abonnés absents, le trio strasbourgeois 1984 assure la première partie. Bizarre comme nom, cette année synonyme d'une vacuité rock sidérale, d'autant que le groupe carbure à Led Zep et autres Nirvana. Un bassiste plutôt agité tente de chauffer la salle, avec malheureusement moins de résultat que DJ Jean-Pierre François au camping des Flots Bleus. Qu'importe, les régionaux assurent plutôt bien, même si la faiblesse du chant dessert la puissance de leurs mélodies simples et carrées. Le groupe finit en réinterprétant le premier morceau de son set. Il doit s'agir de leur tube, plutôt efficace d'ailleurs avec un riff très accrocheur et une batterie cognée à pleines baguettes.

 

 21h10

Mike Bishop surgit sur scène et commence à installer sa guitare. Son jumeau Pete le rejoint et fait de même avec sa basse. Assez incroyable de voir un groupe auteur d'un des meilleurs albums de cette année s'affairer dans l'indifférence générale. Les groupies du premier rang snobent outrageusement le duo monozygote et tournent le dos à la scène.  Il faudra quand même expliquer aux londoniens que le succès s'accompagne d'évidentes concessions. A savoir remplacer leurs classieux costards mods par des baggys, détruire leur coupe de Beatles au profit d'un crâne rasé à la M Pokora et surtout, écrire des chansons de merde à la place de leurs hymnes pop harmonieux. Sinon, à être aussi doués, sincères et charmants, ils n'attireront jamais plus de 60 personnes à leurs concerts. Tant pis pour eux.

 

21h30

The-Bishops---The-Bishops.jpgDébut du show. Impeccablement serrés dans leurs costumes noirs, les Bishops évoquent les Beatles dans leur prime jeunesse. J'avais écrit dans ma chronique sur le premier album homonyme du groupe qu' "ils semblaient tout droits sortis d'une cave hambourgeoise". C'est faux. Les Bishops traînent toujours dans cette cave et y puisent la spontanéité nécessaire à l'écriture de leurs titres sucrés et entraînants. Higher Now ouvre le bal et démontre l'extraordinaire complicité des jumeaux, parfaitement soutenus par leur discret et excellent batteur, qui n'a rien trouvé de mieux à faire que de rater sa décoloration capillaire pour attester de sa présence.

 

21h45

Les morceaux aux allures d'évidences pop se succèdent élégamment, avec en point d'orgue les excellents I can't stand it et Menace about town. Sur scène encore plus qu'en studio, la parfaite complémentarité vocale des jumeaux étonne. Les Bishops chantent bien, tout simplement. Et en prime, ils ne composent que des tubes, interprétés avec un enthousiasme touchant, surtout après plus de 200 dates pour cette seule année. Plus expressif, le leader Mike joue au guitar hero et harangue énergiquement le public, tandis que, plus introverti, son frère se contente de le regarder et d'esquisser quelques pas de danse de temps à autre.

 

22h15

Le groupe n'a pas traîné puisqu'il a enchaîné une bonne quinzaine de titres en trois quarts d'heure, avec quelques faces B de haute volée, comme House of desert ou cet agréable She said bye bye qui clôt la première partie du set.

 

22h20

Le groupe revient avec Say Hello, puis conclut son set avec maestria. Beau joueur, le rare public applaudit généreusement. Les Bishops n'auront pas convaincu les masses, mais 60 personnes sont sorties ravies de leur concert. Vive les concerts pourcentage.

par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (6)    créer un trackback recommander
Samedi 27 octobre 2007

Note album : 7/10


BlondeRedhead23.jpgIl y a ceux dont on parle et les autres. Ces anonymes qui se succèdent. Ils rappellent cette chanson des Innocents, Un homme extraordinaire. Tout en eux évoque la normalité, le quotidien dans sa banalité la plus lisse, l'ennui d'une vie trop bien réglée. Pas évident de parler de ces gens, aussi extraordinaires soient-ils.

Et quand vient un disque à l'image de ces gens, on préfère tout simplement le passer sous silence, le balafrer d'une neutralité incompatible avec la norme rock'n'roll. Car finalement, cette indifférence est bien pire qu'une chronique estampillée "nullité crasse", qui a au moins le mérite de susciter un sourire amusé ou de véhémentes protestations.

Alors, c'est sûr, 23 de Blonde Redhead ne provoquera aucune émeute. Le trio italo-nippon, formé à New York et nimbé d'une brume underground du meilleur goût, s'avère bien trop raffiné pour déchaîner les passions. Les commentaires enflammés n'afflueront pas par dizaines au bas de ce texte, aucun djeun ne viendra bavocher une prose indignée en gloubiboulga SMS. Les exégètes pop garderont leurs références absconses pour d'autres causes plus nobles. Quant aux fashion victims de base, ils jetteront une oreille distraite à ce disque, avant de volontairement  salir et de trouer leur paire de Converse, histoire de faire croire qu'ils ont assisté à tous les festivals branchés.

Je ne me souviens même pourquoi j'ai acheté ce disque. Peut-être grâce à cette jolie chronique poétique parue sur Pop-Rock. D'un point de vue purement esthétique, j'aime bien la Suzanne Lenglen quadrupède de la pochette, posée sur ce joli fond bleu ciel un peu passé, qui me rappelle ces glaciales journées scandinaves, où le soleil brillait sans rien réchauffer. Malheureusement, l'intérieur jaune pastel jure outrageusement avec cette douce teinte céleste…

Que dire de plus ?

Si ce 7è album de Blonde Redhead était une femme, ce serait assurément une femme extraordinaire. Une de ces femmes parfaites, qui mènent leur vie comme un travail de tous les instants, sans jamais déprimer ou rechigner. Les femmes extraordinaires soignent leur apparence au millimètre près, ne laissent aucun cheveu dépasser de leur casque capillaire. Elles n'écaillent jamais leur vernis à ongle, préparent les goûters de leurs enfants avec un amour maternel tout à fait sincère et touchant, repassent le linge de leur mari par abnégation familiale. Elles s'accomplissent professionnellement dans le dévouement hiérarchique et ont invariablement des amies calibrées pour leur ressembler comme des œufs dans une boite de 12. Bref, les femmes parfaites ont beau être dotées de toutes les qualités du monde, elles n'en restent pas moins désespérément trop lisses pour véritablement retenir l'attention. En fait, 23 évoque l'album de Charlotte Gainsbourg en plus réussi. Les mélodies sont souvent enchanteresses (23, Silently) et l'exquise voix nippone de Kazu Makino, aussi exotique que lointaine, insuffle un calme mystérieux à chaque titre, dont aucun ne sort vraiment du lot à part le très beau Top Ranking.  Le reste se situe dans une douce veine pop, calme et élégante, que l'on écoute souvent sans trop entendre, même si Dr Strangeluv ou The Dress retiennent l'attention grâce à leur perfection désincarnée.  Mais cela ne suffit malheureusement pas à propulser ce disque très souvent sur la platine, à part pour un dîner entre gens extraordinaires.

 

Classe : "23", "Top Ranking", "Dr Strangeluv"

Crasse : "Publisher"

 

En bonus, "23" en live

 


par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (11)    créer un trackback recommander
Mardi 23 octobre 2007

Ou comment passer du meilleur au pire moment de la journée en chansons…

 

1.      Radiohead – Go to sleep (Hail to the thief, 2003)

radiohead_httt.gifQu'on soit couche tôt de première ou nyctalope invétéré, Go to sleep maintient paradoxalement dans un rêve éveillé. Il faudrait quand même être un sacré ursidé pour piquer du nez pendant un des meilleurs moments de la carrière du quintette d'Oxford.


 




2.      The Dandy Warhols – Sleep (13 tales from urban bohemia, 2000)

the_dandy_warhols_-_13_tales_from_urban_bohemia.gifEt le rêve devient sommeil au son d'une douce brume pianotée. Bizarre qu'un album de contes urbains évoque l'Amérique dans tout ce qu'elle a de plus grandiose, des grandes plaines du Midwest aux montagnes rocheuses.

 (pas de vidéo sur la vidéo : le seul clip que j'ai trouvé était vraiment trop moche)

 




3.      The Arcade Fire – Wake up (Funeral, 2004)

the_arcade_fire_funeral-1.gifL'horreur complète. Une sonnerie stridente dès l'aube. Un œil s'ouvre puis se referme. Et ce tortionnaire de réveil y va à nouveau de son couplet, à intervalles fixes. Heureusement, un peu de grandiloquence bien placée aide à surmonter ce moment pénible. Entre les violons et les chœurs enjoués, pas moyen de se sentir triste (ci dessous Arcade Fire et David Bowie).

 

 




  1. Wham – Wake me up before you go

Ne poussons pas mémé dans les orties. Avoir l'air sautillant comme dans une pub Ricoré dès potron-minet, OK. Mais regarder l'autre dormir comme un bienheureux, non. Un ignoble Wham palliera cette injustice. Et encore, après avoir vu cette vidéo, ignoble est un bien faible mot.

 



par Alex la Baronne publié dans : Chansons à thème communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (22)    créer un trackback recommander
Dimanche 21 octobre 2007

Control.jpg

Certaines villes sont comme nées en noir et blanc. Leurs immeubles arborent des teintes uniformément noircies à la fumée d'usines moribondes. Leurs rares arbres ne connaissent jamais l'automne, ses reflets dorés, son doux embrasement. En prime, le soleil n'y brille jamais. A quoi servirait-il ? Il n'y a rien à éblouir dans ces villes.

Ceux qui restent n'ont jamais connu autre chose. Sinon, pourquoi resteraient-ils dans cette grisaille minée de désespoir ? Ils aiment leur coin par habitude, et aussi à cause d'une espèce de fierté vaine, celle qui empêche la dépréciation de sa terre natale, aussi ingrate soit-elle. 

Macclesfield, près de Manchester. Une petite ville triste, en lente décomposition économique, peuplée d'âmes résignées et routinières. Dans sa chambre d'adolescent, Ian Curtis se forge une identité au son de ses idoles. Ils sont partout, sur le mur, au creux de sillons vinylés. Lou, Iggy et David l'inspirent pour ses premiers textes où affleurent un mal-être romantique. Des textes et un romantisme qui lui offriront la main de Debbie lors d'un mariage adolescent un peu précipité. Vient ensuite la rencontre avec les membres de Warsaw, devenu Joy Divison à l'aube de ses premiers enregistrements en studio. La légende implacable se met alors en marche, avec son lot de tragédies. Le succès naissant signera lentement et cruellement l'arrêt de mort de Ian Curtis. Incapable de choisir entre sa femme et sa maîtresse, une jeune journaliste amatrice rencontrée en tournée, le chanteur à la voix caverneuse se laisse ronger par la culpabilité et la tension d'une vie pour laquelle il n'est somme toute pas fait. Il la quittera à seulement 23 ans, en laissant derrière lui des proches anéantis et une œuvre aussi brève que riche et novatrice.

Filmé dans un noir et blanc de rigueur, Control évite à merveille les écueils du biopic mielleux et plein de bons sentiments. Au fil de plans lents savamment enchaînés, Anton Corbijn rend compte avec un réalisme implacable de la descente aux enfers de Ian Curtis, dont le talent signera la perte. Un Joy Division plus vrai que nature assure d'étonnantes prestations scéniques, où Sam Riley campe à merveille le leader dans ses moindres attitudes, toujours à la limite de la rupture, notamment durant un très grand Transmission. Mais outre ces shows d'une perfection étonnante, Control analyse finement le caractère complexe de son héros, que l'on découvre introverti à l'extrême, incapable de s'exprimer autrement que par la chanson. Car le plus grand problème de Ian Curtis réside en lui-même.  Torturé par une vie sentimentale des plus inextricables, il fera de lui-même le bouc émissaire de ses hésitations, sans même jamais entrevoir un bonheur pourtant largement à sa portée. Le paradoxe de Control réside dans sa narration d'une froideur et d'une fidélité glaçantes, qui contraste avec l'âme suppliciée d'un héros profondément attachant et désespéré, qui ne sort ni déifié ni même grandi de ce biopic. Et c'est sans doute pour ce réalisme que Control est un film bouleversant et poignant jusqu'au malaise. Ian Curtis n'était pas un surhomme, mais sa légende perdure de la plus émouvante des manières.   

par Alex la Baronne publié dans : Couch potatoe communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (14)    créer un trackback recommander
Jeudi 18 octobre 2007

Note album : 8/10


arctic-monkeys-favorite-worst-nightmarejpg.jpgJ'ai préféré attendre pour celui-là. Parce que j'ai bien failli saquer à tort le premier. Il faut dire qu'avec le buzz qui entourait le légèrement surestimé Whatever you say I am, that's what I'm not, le contradicteur lambda a pris un plaisir manifeste à ruer dans les brancards de la hype, au point de négliger quelques excellents morceaux comme A certain romance. Pourtant, il faut bien reconnaître aux Arctic Monkeys un certain charme, celui du paradoxe. Car le groupe anglais le plus en vue du moment n'a franchement rien de bien excitant. Ses quatre membres semblent incapable de grommeler un bon mot, dispensent des prestations scéniques le plus souvent fades et pire, conchient ouvertement les attributs rock'n'roll de tout bon musicien décadent. Bref, l'attrait des singes nordiques réside justement là, dans leur normalité de gamins anglais, capables de rendre compte de la vie quotidienne à Sheffield avec 2 guitares bordéliques et des textes intelligents nasillés sans scrupules.

Malheureusement, les Arctic Monkeys ont aussi leurs défauts. A commencer par ces guitares parfois trop bordéliques et cette voix affreusement nasillarde. Telles des grosses bêtes pleines de griffes, les chansons simiesques demandent souvent de longues semaines de lent apprivoisement avant révélation. Et après 6 mois à tenter de dompter ce fichu Favorite Worst Nightmare, j'ai bien failli renoncer. 

Pourtant, on m'avait annoncé une acclimatation plus facile, d'autant que ce 2è album, sorti à peine un an après le premier, s'annonçait dans sa lignée, en mieux. Les Arctic Monkeys ont en effet musclé leur jeu sur ces 12 nouveaux titres. Le batteur cogne plus fort les fûts, les guitares vrombissent plus que jamais, le nasillement northern d'Alex Turner est atténué par une légère distorsion. Mais tout cela reste quand même du bon gros Arctic Monkeys avec des mélodies post-rock saccadées, un désordre évoquant une chambre adolescente aux allures de zone minée, et une ballade atrocement ratée posée au beau milieu du disque (Only ones who knows).

Tout ça pour dire que j'avais bien envie de le saquer, ce Favorite Worst Nightmare. En fait, non, même pas. Je m'en fichais prodigieusement, ne savais pas quoi en penser. Alors, j'avais prévu d'en dire un peu de bien, un peu de mal, avec une neutralité polie et quelques jolies tournures de phrase.  

Et puis, voilà  que l'écoute dite "de la dernière chance" a bouleversé mon planplan bien établi. Les Arctic Monkeys ont réussi à indéniablement progresser, tant cette suite fortement attendue brille par sa cohérence et sa densité sonore. J'ai par conséquent revu ma chronique mentale à la hausse, en trouvant finalement plein de qualités à ce disque. Certes, quelques chanson sont là uniquement pour atteindre une durée standard (This house is a circus, The Bad Thing) mais l'ensemble du disque s'avère de bonne facture, avec quelques excellentes pépites, comme le diablement efficace Brianstorm et ses guitares tonitruantes ou le plus apaisé et poignant Do me a favour. Dans un filon purement juvénile, Fluorescent adolescent affiche une mélodie irrésistiblement optimiste, à l'inverse d'un 505 noyé dans un écho mélancolique, notamment pour un triste solo de guitare final. Plus proche des irrésistibles singles du premier album, Balaclava et Teddy Picker charment par leur urgence et leur chant bavard surmonté d'enthousiastes chœurs de pub. Car s'ils ne possèdent de toute évidence le charisme étincelant de la rock star de base, les Arctic Monkeys ont su rester proche de leur public. Et celui-ci le leur rend bien.

 

Classe : "Brianstorm", "Teddy Picker", "Do me a favour", "505"
Crasse :
"Only one who knows"

En bonus, "505" à Later with Jools Holland

 

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe communauté : Le Monde du Rock
ajouter un commentaire commentaires (9)    créer un trackback recommander

Recommander

Cliquez ici pour recommander ce blog
Blog : Autre sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus