Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Vendredi 31 août 2007

En tant que listomaniaque, je suis également fana de quiz. Alors, je remplis avec joie celui de celebelda, qui en plus est très réussi !

 

.3 chansons qui ont changé ma vie (oui, oui, rien que ça)

J'ai encore la délicieuse naïveté de croire qu'une chanson peut changer ma vie… Alors, après avoir sondé mon existence, je retiens :

-          "Popular" de Nada Surf. Parce que cette chanson me rappelle étrangement mes années de lycée et la reine de mon bahut…

-          "Kelly, watch the stars !" d'AIR : euh… ma prochaine chronique contient une vraie diatribe sur ce titre. Je vais éviter les doublons.

-          "I'm not like everybody else" des Kinks : ENFIN une ode à la non normalité !

.3 chansons que j'ai honte d'aimer, mais que je connais par coeur quand même et que j'adore chanter quand je m'oublie.

            Hum, il va falloir que j'assume maintenant. Un beau cadeau empoisonné cette question !

-          "Supermassive black hole" de Muse : j'aime bien la chanter sous la douche, tout en gargarisant ! Effet garanti.

-          "When we were young" des Killers : pour les mêmes raisons. Mais celle-là, je n'ai même pas osé avouer dans ma critique de "Sam's town" qu'il m'arrivait de la fredonner…



Et le meilleur pour la fin…

-          "Dragostea din tei" d'O-Zone : il suffit qu'un de mes amis décroche son téléphone avec un "Allô ?" de base pour que je réponde "C'est Diego, un haïduc.". Comme c'est bon de parler roumain.

. 3 groupes ou artistes dont je ne pourrais jamais me lasser, même quand je serais un vieux crouton tout ridé.

-          The Velvet Underground. Pas besoin de me justifier.

-          The Kinks. Pareil.

-          The Who. Pour les mêmes raisons.


 


. Le groupe/chanteur/chanteuse qui me rend gaga, fan de, bref complétement ridicule et pas vraiment malgré moi.

Bon, il est de notoriété publique que j'ai un petit faible de Serge Pizzorno, le guitariste de Kasabian. Je ne m'étendrai pas sur le sujet.




. La chanson que j'aurais voulu avoir écrite, composée et éventuellement jouée devant un stade en délire.

"Pinball wizard" des Who. J'aurai fracassé ma guitare ensuite !


 


 


 

. Le groupe que je pourrais jamais cessé d'aimer, même si maintenant c'est de la daube, qu'il s'est vendu aux majors et qu'on lui a collé un styliste fou pour le relooker.

AIR. Parce que leur raté à eux (= "Pocket symphony") est 10000000 de fois meilleur que le raté de n'importe quel autre groupe. Et niveau style, j'aime bien les écharpes en alpaga, les capes de Zorro et les chemises à carreaux.


. Le groupe dont je fais partie, dans mes rêves les plus fous.

Celui que j'aurais créé si je n'avais pas été musicalement manchotte. La baronne & The red cars. (bon OK, c'est le premier nom qui m'est venu à l'esprit)


 



. Le groupe dont j'aurais voulu provoquer le split, et pas que dans mes rêves les plus fous.

U2. J'aurais aimé semer la zizanie entre eux en 1988. Ca nous aurait évité une belle pelletée d'albums dégueus et même pas drôles au 20è degré. Bono se serait lamentablement vautré en solo. Du coup, on aurait également échappé à tous ses sermons moralisateurs à la con.


 


. Le chanteur/ la chanteuse dont j'aurais voulu, si j'avais été un psychopathe, voler la vie, les amis et la carrière.

Personne, en fait. J'adore ma vie. Même si j'adore également m'en plaindre ! Bon, je n'aurai pas craché sur le talent de songwriter de Ray Davies. Mais sa vie, non.


. Le groupe/chanteur/chanteuse dont j'attends de pied ferme la nouvelle production.

Franz Ferdinand. Je n'en peux plus d'attendre d'ailleurs. Quand ma sœur m'a dit que leur prochaine ponte serait bientôt livrée, j'en ai iodlé de joie.


 


. Mention spéciale à...

Aux Pixies. Parce que je viens de me rendre compte que j'avais oublié de parler d'eux, et j'ai honte.

 


Bien entendu, un quizz étant contagieux, je vous invite vigoureusement à le faire et à en proposer les résultats sur votre blog ou en commentaire si vous ne possédez pas de tamagochi-défouloir.

par Alex la Baronne publié dans : Bla Bla divers
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Mercredi 29 août 2007

J'en ai marre des intros à rallonge. Marre de déblatérer n'importe comment sur n'importe quoi pendant des lignes et des lignes. Mieux vaut foncer dans le tas, parfois.

 Chapiteau des Eurockéennes, me voici. A reculons. C'est un peu anticipé, voire même franchement présomptueux, mais j'ai déjà rédigé mentalement la chronique de ce concert. Même pas besoin

de les entendre couiner, les trois Klaxons. Je vais les décrire à coups d'anglicismes trendy, parler de la cool wave qui les entoure…

(Petit post-it collé sur le lobe frontal : ne pas oublier de caser dans ce bla-bla les termes "fluorescent", "bigarré", "daltonien" et bien évidemment, "new-rave")

Tout le monde le sait déjà. Les Klaxons sont les nouveaux chouchous de la scène pop anglaise. Ils foulent la scène du chapiteau presque un an jour pour jour après les Arctic Monkeys. Lesquels succédaient à Bloc Party. Qui venaient récolter les lauriers de Franz Ferdinand. Chaque année, les Eurockéennes se paient le nouveau groupe hype, avant qu'il ne périme ou devienne trop cher.

Ah oui. Je dois faire ma vieille conne, aussi. Avec un zeste d'aigreur bien placée. Je dois rappeler que les Klaxons et leurs tenues bigarrées comme seuls un daltonien ose en porter, ça ne casse pas trois pattes à un canard fluorescent, new-rave ou pas (bingo !). Et puis, ils chantent faux. Je les ai entendus massacrer à pleins poumons leur single "Atlantis to interzone" sur Canal +. Enfin, je dois asséner sans ambages l'argument phare, le jugement bien affûté qui tue. La new-rave, quelle connerie. Prodigy, c'était déjà pas bien terrible. Alors, imaginez un groupe inspiré de Prodigy…

Quant à leur public… ben… Il est jeune, très jeune, à peine sorti de l'enfance. Mâle et remuant, excepté le rang traditionnel de groupies massé contre les barrières. Celles-là ont déjà sorti leurs petits batons fluos, histoire de les agiter pendant "It's not over yet".

 Bref, j'ai toutes les clefs en main. Je sais déjà comment va se dérouler ce concert, je l'ai vécu en songe. C'était plutôt marrant,  ça bougeait bien, merci, au revoir, je vais manger un kebab maintenant.

Sauf que celle qui a écrasé les pieds de tous ses voisins et manqué éborgner une donzelle avec un petit baton fluo, c'est moi. Et ce dès les premières notes du bien nommé "The bouncer". Car contrairement à des Arctic Monkeys tristement stoïques devant une foule en furie, les Klaxons mettent un enthousiasme délirant dans chacun de leurs titres et conquièrent le public d'entrée avec le remuant "Atlantis to interzone". Bien que peu étoffé, leur répertoire contient suffisamment de hits ("Totem on the timeline, "As above, so below") pour ne jamais laisser retomber l'intensité. La recette est simple, le public suit dans une chorégraphie hédoniste et improvisée, où la hype semble plus que jamais une invention vipérine. Les Klaxons veulent faire danser, rien de plus. Ils y parviennent à merveille avec "Magick" et sa guitare vrombissante, tandis qu' "It's not over yet" et son refrain imparable déclenchent des chants enthousiastes. Au fond, tout chez le trio briton incite à la fête irréfléchie, à l'oubli d'un quotidien bassement banal en compagnie d'un groupe qui ne l'est pas, comme le prouvent ses tuniques zébrées et ses harmonies vocales bizarroïdes. Alors, une fois "Four horsemen of 2012" expédié dans l'allégresse la plus totale, j'atterris enfin. Je viens de passer 50 minutes en compagnie de gremlins délirants. Mon kébab m'appelle maintenant. Il me semble bien morne. Il va aussi falloir que je trouve quelques qualificatifs dithyrambiques, finalement.

A voir également sur ce blog : la chronique de Myths of the near future, le premier album des Klaxons

par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Lundi 27 août 2007

NDLR : Non, je n'ai pas vu que des concerts pas top aux Eurocks, j'ai juste gardé le meilleur pour la fin...


En ces temps-là, les loisirs n'existaient pas. D'ailleurs, c'est simple, au XVIIè siècle, on ne déconnait pas avec grand chose.  La chasse servait à se nourrir, et non à estourbir la plus grosse bécasse du bosquet. Pareil pour le boulot : les 35 heures représentaient 2 journées de travail, aussi bien dans les fermes reculées que dans les tanneries nauséabondes de la capitale.

Au XVIIè siècle, pourtant, les riches existaient déjà. Mais entre les mariages arrangés et les convenances aux allures de camisole, l'aristocratie française ne ressemblait en rien à l'ancêtre lointain de la jet-set. Oh, bien sûr, il y avait bien parfois quelques menus concerts. De la musique de chambre, que ça s'appelait. Des mecs impeccables, perruques poudrées et redingotes noires, débarquaient chez un richard du coin et jouaient des menuets. Parfois, c'était la famille elle-même qui s'y collait, avec force violons, contrebasses et flûtes traversières.

Aujourd'hui, la musique de chambre n'existe plus. Certes, Pete Doherty et Carl Barât ont bien tenté de rétablir cette délicieuse coutume avec leur guerilla gigs, des shows organisés dans leur propre appartement, mais la drogue a réduit leurs efforts à néant. Ce n'est pas au XVIIè siècle qu'on serait parti d'un concert avec une seringue plantée dans le pied.

Démographie galopante oblige, les festivals, joués en plein air devant des milliers de personnes, prennent le pas sur des salles plus intimes. On ne joue plus de la musique de chambre, on écoute de la musique dans sa chambre, avec sa chaîne hi-fi et ses grosses enceintes bass boost. Alors, à quoi bon se rendre à un festivals, si c'est pour voir le chanteur de loin en tout petit et se bouffer 115 décibels tout grésillants en pleine tronche ? Peut-être pour l'ambiance unique, la basse vibrante, l'artiste de légende. Pour ressentir la musique, tout simplement.

Sur la grande scène des Eurockéennes, en ce Dimanche après-midi, des artistes de légende étaient à l'honneur. Il y avait un ex-chanteur à minettes reconverti en caméléon de la pop, un bassiste dieu de la fracasse, un guitariste rêvant de violons et un batteur coolos. Un orchestre de cordes les accompagnait élégamment. Maître d'une musique céleste et feutrée, The Good, The Bad & The Queen épargna les boules quies à son public. Pas d'amplis sur le point de crever d'une belle mort, il fallait au contraire tendre l'oreille pour saisir des airs délicats plus à leur place dans une petite salle qu'en tête d'affiche d'un festival.

Et là, au sommet de la butte, pour la première fois pendant un concert, j'ai pensé à ma chaîne hi-fi et à ses enceintes. Bien sûr, j'avais de mon perchoir une vue plongeante sur un Damon Albarn sapé comme Oscar Wilde, tandis qu'à ses côtés, un Paul Simonon résolument plus moderne se croyait dans le Chicago des années 30 avec son chapeau vissé sur le crâne. Mais je ne pouvais chasser cette impression d'irréalité. S'agissait-il d'un évènement live ou étais-je chez moi, en train de lire un polar tiré par les cheveux avec The Good, The Bad & The Queen en fond sonore ?

   C'est à ce moment, lecteurs, que vous êtes censés vous inquiéter pour moi. Si je ne sais plus où je me trouve, je dois certainement avoir de gros problèmes. A moi, le T-Shirt qui ferme dans le dos et la chambre délicieusement molletonnée.

Attendez au moins que je vous explique la raison de mon trouble. Je me suis procuré la setlist du show. Non, pas en me bagarrant avec une groupie dans les premiers rangs afin de m'emparer d'un papier tout chiffonné. Tout simplement en retournant mon disque de The Good, The Bad & The Queen. Car cette formation légendaire, ce supergroupe, s'est contenté de jouer dans l'ordre les morceaux de son premier album éponyme. Le tout, sans y apporter le moindre changement, excepté un bref rap final en compagnie d'un invité surprise déguisé en ayatollah. En gros, ce concert, c'est comme si j'avais invité 15000 potes dans mon salon, l'espace en plus et l'ambiance de folie en moins. Je n'ai rien à en dire de plus. Le reste se trouve déjà dans ma chronique du disque.

par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Samedi 25 août 2007

J'ai toujours été distraite. Jamais chiche en bons mots, ma mère m'a surnommée "La chèvre"  et il m'arrive encore (rarement) de me balader le T-Shirt à l'envers. Un accoutrement parfaitement involontaire, mais bien plus rock'n'roll  (ridicule) que les Converse et le jean slim standards. Même Pete Doherty n'a jamais osé sortir avec les lauriers de son polo Fred Perry scotchés dans le dos. Moi si. Mais je n'ai pas fait exprès (et il ne s'agissait heureusement pas d'un polo).

Lourde de cette particularité agaçante, j'ai très vite entrepris de pallier mes défaillances cérébrales à l'aide d'un carnet, lequel s'est très vite retrouvé jonché de bouts de phrase parfois abscons ((?)… traîne comme une 2CV verte dans l'arrière cour ?). Ainsi, la plupart des chroniques de Classe ou Crasse doivent leur pérennité à ce petit cahier. Il m'escorte partout, surtout au boulot. Il n'empêche, j'ai passé une bonne demi-heure hier après-midi à me demander quelle idée géniale avait éclairé ma douche matinale. Une idée censée révolutionner ma thèse. Peine perdue, j'ai recommencé de tâcheronner, en proie à un PhD blues en stade avancé.

Et puis il y a les listes. D'ordinaires listes de courses, dont les fragments humides jalonnent le fond de ma machine à laver. J'oublie toujours de les retirer mes poches. Des listes d' "occupations" aussi, histoire de remplir mes béchers et garder bonne réputation auprès de mes chefs.

Mais les listes royales, les superlistes, je les fais toutes les quinzaines. Quand je me transforme en Paris Hilton, le chihuahua en moins…

(Non, mais qu'est ce que vous croyez ??? Que je nettoie des 4x4 de racaille en bikini noir et en bavant du hamburger ricain trop cuit ???)

… Et que je pars faire du shopping. Globalement, cette fameuse liste contient deux axes majeurs : chaussures et CDs.

De quoi étais-je censée vous parler dans cette chronique ? Ah oui, de TV on The Radio. Ca va, j'ai bien meublé. Je n'ai en fait pas grand-chose à dire sur ce concert. Vous venez de vous taper une demi-page de banalités et vous êtes ravis de l'apprendre.

Alors, pourquoi en parler ? Parce qu'après avoir lu la chronique dithyrambique de Systool au sujet de Return to Cookie Mountain, le 2è jet des américains déjantés, j'ai ressenti le besoin quasi viscéral de me procurer cet album. Placé en tête de ma liste, en tête de la gondole de mon disquaire préféré, je ne pouvais pas le manquer.

Bien entendu, je suis rentré sans lui. Il est resté planté dans la Knack, comme le dernier grain de maïs de la boîte Bonduelle, celui qui chiale parce que tous ses copains sont partis se faire manger en salade. Qui çà ? Mais mon disque de TV on the Radio, pardi. Entre temps, les cockneys d'Art Brut m'avaient fait du gringue avec leur Bang Bang Rock'n'roll et Joey Ramone m'avait hélée de sa batte histoire que je me procure son anthologie. Charmée par de telles sirènes -si tant est que l'on puisse qualifier Eddie Argos et Joey Ramone de sirènes-, j'avais oublié les promesses futuristes et novatrices de ce Return to cookie mountain.

La même histoire se répéta plusieurs fois. Je ramenai des disques prodigieux, de bons disques, quelques trucs franchement chiants. Je ramenai aussi plusieurs paires de chaussures, même des qui râpent l'arrière du talon.  Return to cookie mountain tomba définitivement en désuétude, malgré l'acclamation quasi unanime de la critique.

C'est pourquoi, une fois arrivée aux Eurocks, je me suis précipitée sous le chapiteau, et j'ai juré que je n'en bougerai plus qu'une fois le show passé. Je n'allais pas en prime oublier d'assister à ce concert. Quand même.

Heureusement, je me souvenais encore bien de leurs têtes. Des débraillés barbus comme les mecs de TV on the Radio, je n'en croise pas souvent. Et Dieu sait que je croise des gens bizarres dans mon labo. Bref, se trouvaient sur scène 4 grands noirs dynamiques et une petite crevette blanche en guise de guitariste, qui formait un contraste curieux avec ses comparses.

Pour autant que je me rappelle, le show démarra sur les chapeaux de roue, soutenu par des guitares floues, un groove dément et un chanteur très en voix. Pourtant, une file ténue mais vivace se dirigeait vers la sortie. Je maudis ces jeunes festivaliers venus plus pour la picole et le camping que pour la musique, ces fans de Tryo pleins de dreadlocks. Je maudis également ces autres gourdasses, celles qui déboursent 40€ pour grimper sur les épaules de leur mec, histoire de passer à Europe 2 TV.

Cet accès de philanthropie passé, je me réalisai honteusement que moi aussi, j'avais envie de me barrer. La belle euphorie des débuts s'était muée en une bouille sonore, dont certains remous évoquaient grandement… Bloc Party, en mieux composé quand même. Il y avait également ce chanteur larmoyant, ces chœurs écoeurants à la Boys II Men. J'aurais vraiment dû écouter ce fichu disque avant, pour l'apprécier au fil des écoutes ou au contraire le clouer au pilori. Je regardais ma compagne d'infortune. Elle m'indiqua d'un air implorant la sortie.

Il y a des oublis. Il y a aussi des actes manqués.

par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Jeudi 23 août 2007
NDLR : Guic', merci de m'avoir fait comprendre dans quel état d'esprit se trouvait un bon fan des Smashing !

Des Smashing Pumpkins, il ne reste que le cerveau et l'ossature. Seuls rescapés du line-up initial, le glacial Billy Corgan et son fidèle batteur Jimmy Chamberlin ont repris le chemin des scènes après 7 ans d'un long silence. Trop long peut-être : une telle absence, doublée de rumeurs peu flatteuses sur la tournée du groupe, laissait mijoter les fans entre scepticisme et espoir. Simple demi-citrouille ou citrouille creuse ?

            Nous nous sommes séparés parce que plus personne n'en avait plus rien à foutre de ce que nous faisions. Toujours lucide et aimable, Bily Corgan évoque sans ambages une des raisons principales de l'éclatement physique de la bête d'Halloween. Mais voila, depuis l'an 2000, de l'eau a coulé sous les ponts, le rock est redevenu fashion. Les Pixies ont renfloué leurs comptes en banque poussiéreux grâce à une tournée fleuve en 2004. Tout cela sans même jouer la moindre nouvelle chanson, juste en se reposant sur les acquis éblouissants d'un Surfer Rosa ou d'un Doolittle. Un soulagement pour de nombreux fans d'ailleurs, inquiets à l'idée de voir le groupe maculer d'un essai baveux une discographie jusque lors impeccable. D'autres n'auront pas cette chance. Car si contrairement au volumineux Frank Black, Iggy Pop conserve dans l'âge ses attributs rock'n'roll primaires, le 4è album des Stooges, paru en 2007, fait bien pâle figure à côté de ses trois trentenaires de prédécesseurs. Et que dire des Who ? Merde, les Who. 28 ans après que Keith Moon a envoyé valser sa dernière cymbale, les revoilà. Sans même John Entwistle, parti ouvrir une boulangerie colombienne chez Belzébuth. Pendant ce temps, Pete Townshend et Roger Daltrey trompent leur ennui avec un nouveau disque, Endless wire, qui spécule plus sur un nom mythique qu'il ne séduit.

Seulement, les Smashing Pumpkins ne sont pas de cette trempe. Les Who formaient un carré, une de ces figures égalitaires s'effondrant logiquement à l'amputation d'un ses côtés. Billy Corgan, lui, incarne tout seul le méchant légume. Il règne en maître absolu sur son groupe, le domine de ses créations et de sa voix nasale. Alors, quand Billy décide de revenir, les autres n'ont qu'à s'écraser ou se casser. Les défaillances seront palliées par d'autres musiciens, voila tout. Il s'en fout. Il n'a besoin de personne en particulier. Zeitgeist, l'album de la résurrection sorti en Juillet dernier, le prouve comme un vivace pied de nez à la barbe de ses détracteurs.

En prime, Billy n'a pas changé. Il est toujours, soit infect pour les gens ordinaires, soit délicieusement infect pour ses fans. En proie à une exquise mégalomanie. Dévoré par une merveilleuse paranoïa. Il traîne derrière lui un service de sécurité hargneux, torture à coup d'imposantes restrictions les honnêtes photographes venus gagner leur croûte, exige des bouteilles d'eau comme ci et pas comme ça. Pourtant, personne ne traite Billy de connard. Son talent le préserve brillamment d'une telle infamie. 

Le voici maintenant en clôture du Festival de la Foire aux Vins de Colmar, à la fin de cette fameuse tournée de reformation. Le public a répondu présent en nombre correct, 7000 personnes. Naturellement, aucune interview n'a été accordée, les vigiles ont dû jouer les pitbulls pour l'occasion. Tous ces caprices n'empêcheront pas "Tonight, tonight" de résonner exceptionnellement, portée par un son d'une qualité extrême. Toujours aussi chauve et mal embouché, les chaussettes rayées dans des grolles en cuir assorties au pantacourt, Corgan alterne les bons morceaux du présent (Doomsday Clock, Tarentula) et les monceaux de bravoure du passé (1979, Bullet with butterfly wings) avec une froideur sadique. A ses côtés, un guitariste discret, une bassiste élégante et douée, une jolie pianiste vêtue à l'extrême orientale. Tout ce petit monde mené à la baguette s'active efficacement à la tâche, tandis que Corgan se lâche, improvise même un Star-sprangled banner électrique et dissonant sous les huées. Ces quelques sifflets n'empêchent pas l'audience d'apprécier à sa juste valeur la production sonore, allant même jusqu'à s'attirer les bonnes grâce d'un chanteur au regard vague, sans doute perdu dans d'angoissantes pensées. Visiblement surpris par la bonne qualité de l'accueil, ce dernier se déride très légèrement et va jusqu'à remercier plusieurs fois la foule, avant un Disarm qui n'a rien perdu de sa grâce sous les spots vivaces d'un décor sophistiqué, fait de rampes lumineuses déchaînées. Enfin, après 1 heure et demie, le groupe tire sa révérence sous les vivas, avant un bref rappel où Billy Corgan engueule sa pianiste pour un petit raté, avant de lâcher des flots de décibels rageurs. Vient ensuite une étonnante minute où, sourire aux lèvres, le chanteur salue et remercie la foule, qui le regarde médusée. Personne ne sait si Billy Corgan va virer vieux cool, mais une chose est sûre : contrairement à son collègue de promo Liam Gallagher, il n'a rien perdu de sa voix.

Retrouvez cette chronique sur Dark Side of the Rock

par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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