Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Lundi 31 juillet 2006

Note album : 9/10

 

Musicien unanimement reconnu outre-Manche, Graham Coxon jouit toujours en France du statut peu enviable de "guitariste binoclard  de Blur", et ce malgré 6 albums solo. Le dernier né, "Love travels at illegal speeds", ne devrait malheureusement pas l'aider à se débarrasser de cette réputation d'équipier dévoué, tant l'aura créative de Damon Albarn, leader charismatique, encombre encore les mémoires gauloises 5 années après la dissolution provisoire du groupe légendaire. Ce dernier l'admet pourtant publiquement : sans la maîtrise technique de son prétendu sous-fifre, la formation n'est rien. Insensible à cette objective flatterie, Coxon, fort d’un succès individuel récent en Angleterre, a plusieurs fois refusé de réintégrer le quatuor novateur. Nostalgiques des années "great escape", les trois membres restants préparent néanmoins dans leur coin un nouvel album, déjà qualifié de "mauvais" par son principal compositeur. Cette brouille persistante entre le guitariste et le chanteur, source d'amers regrets pour ce dernier, les a menés depuis leur séparation sur des chemins radicalement divergents. Loin des marioles de Gorillaz animés par Damon, Graham a brillamment perpétué l'âme même de Blur avec sa britpop entraînante et ses guitares impeccables, tout en prenant des risques bienvenus au fil de quelques incursions punks. Un bonheur pour les fans des années 90, un peu laissés pour compte dans l’opposition actuelle entre le rock garage et la pop morose.

 

Nonobstant une voix quelconque et un début aussi poussif qu’une vieille Fuego, "Love travels at illegal speeds" embraye très vite sur des airs accrocheurs et dynamiques avec l’adultérin "Don’t let your man know". Ce déchaînement se poursuit sur les plus punks "I don’t wanna go out" et "Gimme some love", qui dénonce une solitude insupportable. Toujours fidèle à ses vieilles amours,  Graham Coxon nous offre également "You & I", pur chef d’oeuvre britpop servi par un chant désinvolte et amusé. Cependant, la force de cet opus réside dans ses magnifiques et mélancoliques ballades, proches du parfait "This is a low" de Blur. Le poétique "Just a state of mind" révèle une sérénité retrouvée après quelques années difficiles, alors que le final "See a better day", romantique à souhait, narre gracieusement une passion dévorante. Visiblement mis en confiance par de telles réussites, l’homme aux lunettes se permet même une incursion dans les 60’s durant "What’s he got ? ", plainte pétillante d’un homme délaissé pour plus beau que lui.

 

Moins dépressif que ses grands frères, cet album ne se contente pas d’une jolie jaquette dessinée par son compositeur : il renoue avec un éclectisme et une maturité trop souvent absents du rock actuel. A découvrir absolument.

 

Classe : "See a better day"

Crasse : "I can't look at your skin"

 

 

Super cadeau :

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Lundi 31 juillet 2006

Note album : 6,5/10

La décadence talonne parfois la grandeur. "Parachutes", première et seule réussite de Coldplay jusqu'ici, sonne déjà le glas de leur bref essor musical. A l'aube des années 2000, la vague pop suicidaire aura en effet fortement avantagé ce groupe, assez chanceux pour se trouver au bon endroit au bon moment, même si le destin manqua leur jouer un tour bien pendable…

1996. Chris Martin hante les couloirs d'une faculté londonienne. Conscient du potentiel physique qui lui permettra plus tard de séduire la belle Gwyneth Paltrow, il souhaite former Pectoralz, un boys band pareil à *NSYNC. Un fou rire vous surprend ? Rien de plus normal, car imaginer la future icône politiquement correcte moulée dans une chemise en soie rose a quelque chose d'irrésistiblement loufoque. Heureusement, une fois les quatre larrons finaux réunis, Justin Timberlake et ses ridicules frisottis ont disparu belle lurette, emportés par la déferlante underground d' "OK Computer". La formation décide alors de s'engouffrer dans la brèche ouverte par Radiohead et fonde Starfish. Tim Rice-Oxley, qui 3 trois ans plus tard pondra une resucée édulcorée de Coldplay avec son groupe Keane, trouve le nom trop triste (!) et leur suggère "jeu froid". Après plusieurs EP confidentiels et une dispute mémorable – vous avez bien failli ne jamais entendre parler d'eux -, "Parachutes" sort en Novembre 1999. Leur maison de disques pense évacuer 40 000 copies. Il s'en vendra 1 600 000 au Royaume-Uni.

Entrecoupé de passages aussi ennuyeux qu'un brainstorming en suédois, tel le soporifique enchaînement "Sparks"-"Spies", ce 1er opus reste le plus sincère du groupe, le seul à parfois refléter une certaine émotion, sans toutefois se risquer à des variations inattendues. Un piano propre accompagne une voix lisse pour un couplet formaté, avant le refrain prévisible calé sur une batterie métronomique soutenue par des guitares branchées au minimum volumique syndical. Malgré ce cadre strict, le tourbillonnant "Shiver" transporte dans un univers mélancolique proche de "Creep" avec l'évocation d'un amour brûlant non partagé. Cette tristesse, véritable "Coldplay touch", se retrouve également sur les jolis singles "Yellow" et "Trouble", symboles d'une jeune génération rêveusement engagée pour un monde meilleur. D'ailleurs, tout n'est pas perdu : après le larmoyant "We never change", "Everything's not lost" et son intense final closent élégamment ce disque sur une note d'espoir bienvenue. De quoi hurler à la publicité mensongère au vu des albums suivants.

Classe : "Everything’s not lost"

Crasse : "Spies"

Autre chronique concernant Coldplay sur ce blog :

Super cadeau :

par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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Vendredi 28 juillet 2006

Note album : 7/10

 

Terre de variétés mièvres, la France offre étrangement un asile bienveillant aux artistes maudits malmenés par leur mère patrie. Starsailor, dont le nom honore un titre du torturé Tim Buckley, ne déroge pas à la règle.  Alors que l'omniprésence d' "In the crossifre" sur les ondes hexagonales donne envie de détruire sa radio au bazooka, les britanniques boudent le 3è opus du groupe, jugé fade et peu novateur. Décidément, l'ennemi héréditaire surprendra toujours, tant cette exclusion revient à sacrifier un mouton sous prétexte d'une trop grande ressemblance avec ses ancêtres. Une démarche plutôt discutable, surtout  dans une ère où la musique croule sous les hommages, les tributs, les témoignages de respect et les dédicaces.  Bien sûr, Starsailor allie une voix vibrante et des mélodies pop désenchantées, comme beaucoup. Bien sûr, "Way back home" s'inspire principalement d' "I don't know", la piste qui le précède sur l'album. Bien sûr, même Félicien le boute en train s'est parfois endormi à cause de ce disque, notamment lors du lent et plaintif "Get out while you can". Mais l'opprobre anglaise n'en demeure pas moins injuste.

Sans doute moins abruti de références pop rock, le public français a accordé une oreille relativement neuve au quatuor, avec d'agréables surprises à la clef.  Le très beau "In the crossfire", sensible plaidoyer pacifiste, tranche avec les récriminations hargneuses de nombreux autres artistes. Ensuite, une tristesse indicible semble envahir le leader James Walsh, auteur de nombreux airs élégiaques. Inquiétudes face à l'avenir ("Counterfeit love"), dégoût du monde moderne ("Faith hope love"), un programme fertile en interrogations sur le bien-fondé de la survie humaine attend l'auditeur. Toutefois, après un moment de spleen légitime, cette sombre ambiance apaise, d'autant qu' "On the outside" finit avec 3 titres sobres et délicats, du doux piano de "This time" à l'acoustique"Jeremiah", dernier morceau très émouvant.

Malgré quelques pistes destinées à combler un manque de créativité parfois criant, "On the outside" puise sa force dans l'enchaînement de ses mélodies mélancoliques, aboutissant à un ensemble harmonieux et cohérent. Ce disque doit par conséquent s'écouter d'un seul tenant pour ne pas perdre  une bonne partie de son charme.

Classe : "In the crossfire"

Crasse : "Get out while you can"

Super cadeau :

  • Une fois n'est pas coutume, il s'agit d'une reprise. Voici donc "Jealous guy" de John Lennon, revu et corrigé par Starsailor à Taratata
par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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Jeudi 27 juillet 2006

Mon blog ne serait pas un vrai blog sans une petite touche de narcissisme. Plutôt que de vous conter d'infernales histoires de mecs (de quoi ?), j’ai préféré me pencher sur la moëlle substantielle de mon existence : la lose.

La rubrique "Bla bla divers" renferme par conséquent quelques contes burlesques mais néanmoins réels, des scénarios directement inspirés de la biographie de François Pignon, bref, des histoires à faire pâlir d'envie n'importe quel scénariste en mal d'inspiration. 

Let's go !

Laissez moi vous conter comment en l'espace d'une matinée je me suis transformée en un hybride femelle de Pierre Richard période "Grand blond" et de Louis de Funès…

Un beau Mercredi soir, je décidai d'abandonner l'espace d'une nuit ma douillette demeure et de rendre visite à ma meilleure amie et à son copain. Le lendemain matin, mes hôtes, obligés de vaquer à leurs occupations professionnelles, me laissèrent la clef de leur domaine. Je pouvais ainsi me préparer sereinement et me rendre au rdv que ma mère m'avait fixé en fin de matinée.

Péniblement éveillée aux cris de petits collégiens braillards, j'empoignai mes effets personnels et me rendis à la salle de bains. Une maudite marche se jeta alors sur mon pied droit. Je poussai un petit couinement de douleur et, délicieusement bougonne, fermai la porte d'un double mawashi très réussi.

Au contact de l'eau tiède, le labrador qui sommeillait en moi s'anima. Je m'ébrouai joyeusement et chantai de ma voix profonde la première chanson venue à mon esprit embrumé ( Someboy told me, you have a boyfriend, who looks like a girlfriend...). Mon estomac affamé grognait en coeur.

Le drame se produisit à la sortie de la douche.

La porte ne comportait pas de poignée. Juste une petite tige métallique. Impossible d’actionner le pêne.  

Ma prison atteignait difficilement 4m², avec une jolie douche, une machine à laver, un carrelage rouge et blanc très stylé. Aucune fenêtre. Un être humain peut tenir dans les 15 jours sans manger s'il a à boire, me semble-t-il…

Des images de mon enfance me revinrent soudain. Ma vie défila devant mes yeux. V., le troisième berger allemand familial, en pleine course, transformait ma mère en derviche tourneur. Celle-ci n'avait pas eu le temps de s'écarter de sa fulgurante trajectoire. La vieille télé dans le salon diffusait des épisodes de Mc Gyver devant mes parents endormis... Mc Gyver. Il me fallait à présent imiter mon idole peroxydée. Je me souvins de l'épisode où il transformait génialement un pot d’échappement en lance roquettes et un sourire niais apparut sur mon visage.

Les trois quarts d'heure suivants furent l’occasion de faire étalage de toute ma créativité. Je tentai de sortir la porte de ses gonds, glissai en vain un peigne pour actionner le pêne et, enfin, fabriquai une poignée avec tout d'abord un tuba (?) puis avec une brosse à dents fixée avec du sparadrap. Rien à faire.

Paul Mc Cartney m'apparut et me déclara solenellement : "Let it be." Je m'assis, désespérée. A ce moment précis, mon téléphone couina sur la table du séjour. Ma mère m'attendait. Jamais sonnerie ne me sembla plus cruelle. Elle me narguait. Sale garce.

Les deux heures suivantes furent consacrées à somnoler et surtout à écouter les geignements de mon portable qui donnait de la voix de plus en plus fréquemment, soulignant l'angoisse croissante de ma génitrice. J’entrepris de lire des notices de produits détachants afin de calmer mon angoisse.

Soudain, on sonna au bas de l’immeuble. Un "Alex" tonitruant reconnaissable entre tous retentit. L'appel éploré d'une mère à son petit. Malgré mes hurlements en retour, cette dernière ne m’entendit pas.

Finalement, elle eut l'idée de génie de monter les escaliers et de sonner à la porte. Je poussai alors un vagissement hystérique. L'appel désespéré d'un petit à sa mère.

     - Appelez une ambulance !

    - Mais non, braillai-je à l'auteur de mes jours, je suis enfermée dans la salle de bains.

   - Ne t'en fais pas, me répondit-elle à travers les 2 portes qui nous séparaient. Ju. et Je. arrivent.

Enfin, j'entendis les cliquetis béni des clefs dans la serrure de la porte d'entrée. En cinq dixièmes de secondes, cette maudite porte sur laquelle je m'acharnai depuis trois heures s'ouvrit.

    - Ben alors, t'es prête ? me demanda Ju.. Faut pas squatter la salle de bains comme ça !

par Alex la Baronne publié dans : Bla Bla divers
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Jeudi 27 juillet 2006

Note album : 6,5/10

Vu sur Yahoo.fr :  

Bono d’adresse à vous ! Que pouvons nous faire pour que la pauvreté disparaisse dans le monde ? Répondez sur Y. Q. Réponse !

Au lieu de vous perdre en conjectures utopistes, lisez plutôt la suite de l’annonce :

 Retrouvez U2 sur Y ! Music

 

Même si le groupe n’y est sans doute pour rien, une publicité malsaine s’insère honteusement dans ce beau bla bla consensuel. De toute évidence, écouter Y ! Music et acheter un bon gros CD de U2 va remédier aux abyssales inégalités planétaires. Mon cynisme m’attirera sûrement bien des foudres, mais une chose est sûre : Bono risque plus de mourir étouffé sous les euros que de faim. Je ne dénigre ni ses bonnes intentions,  ni son abnégation lorsqu’il converse avec George Bush. Seulement, le paradoxe obscène entre la fortune colossale et les envolées moralisatrices du leader de U2 me choque. Bien sûr, ce dernier se donne plutôt efficacement bonne conscience, grâce à un compte en banque garant de crédibilité auprès des plus puissants, lesquels se sentent sans doute moins coupables de la famine au Soudan que le fan lambda des 4 irlandais auteurs d’une carrière déjà proche du mythe populaire.

 

Cette merveilleuse saga humaniste et mercantile débute à Dublin il y a tout juste 30 ans de cela. Larry Mullen, un jeune batteur, recrute 7 musiciens de son collège au moyen d’une petite annonce. Parmi eux se trouvent Paul Hewson, futur Bono, le guitariste Dave "The Edge" Evans et le bassiste Adam Clayton. Après avoir formé un premier quintette, the Hype, la formation perd un membre et adopte le nom de U2. Le label Island Records les repère et "Boy", le premier opus, sort en 1980. Seul îlot rock au milieu d’un océan eighties de synthés Midi Files,  le disque rencontre un franc succès et se vend à 3 millions d’exemplaires, "I will follow", dans lequel Bono rend un courageux hommage à sa mère décédée, reste le titre le plus marquant. 1 an plus tard, "October" confirme ce brillant début, avant les explosions commerciales de "War" et "The Unforgettable fire" en 1983 et 1984. Le quatuor devient ainsi le symbole du pacifisme nouveau, comme l’illustre le fameux et poignant "Pride", qui honore le combat contre le racisme mené par Martin Luther King. Mais un autre tube allait encore plus marquer les esprits par sa rage et son infinie tristesse : "Sunday bloody Sunday", supplique émouvante pour un cessez le feu en Irlande, honteusement condamnée à animer les karaokés et mariages campagnards 20 ans plus tard. Dans le même temps, la formation signe le brillant "Bad", une ballade saisissante où la voix puissante du chanteur fait merveille. Devenus les idoles d’une jeunesse naïve en perfectos et caleçons à pois, les 4 complices écoulent 25 millions de leur "Joshua tree", sans même proposer la moindre innovation musicale. Toujours le même rock  basique, la même instrumentation discrète, destinée à servir les performances vocales du grand, unique et merveilleux Bono. L’Afrique devient alors son terrain de chasse caritative avec "Where the streets have no name", tandis que l’interminable et lent "I still haven’t found what I’m looking for" offre un cours de spiritualité pour débutants. Enfin,  le torturé "With or without" se révèle une agence matrimoniale bien plus efficace que "Tournez manège". Il faudra attendre 1988 et le 6è album "Rattle and hum" pour déceler un quelconque changement sonore, malheureusement peu abouti. Nonobstant un duo de toute beauté avec B.B. King sur "When love comes to town", les sonorités blues des singles "Desire" et "Angel of Harlem" semblent surfaites. Là s’arrête ce best of, sorti en 1998 et dont les tubes universels relancèrent un groupe commercialement mal en point après l’échec de "Pop". Un disque de faces B ainsi que l’inédit "The sweetest thing"* complètent ce premier bilan, où les réussites alternent avec quelques longueurs.

Au-delà d’un contenu parfois trop fade pour véritablement interpeller, cette anthologie retrace les années les plus spontanées et fécondes de U2, qui reste au rock ce que l’ordi mini est au PC : un moyen efficace de se familiariser avec le milieu dès son plus jeune âge, avant de passer à autre chose. 

Classe : "Bad"

Crasse : "Desire"

Super cadeau :

par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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