Note album : 9/10
Musicien unanimement reconnu outre-Manche, Graham Coxon jouit toujours en France du statut peu enviable de "guitariste binoclard de Blur", et ce malgré 6 albums solo. Le dernier né, "Love travels at illegal speeds", ne devrait malheureusement pas l'aider à se débarrasser de cette réputation d'équipier dévoué, tant l'aura créative de Damon Albarn, leader charismatique, encombre encore les mémoires gauloises 5 années après la dissolution provisoire du groupe légendaire. Ce dernier l'admet pourtant publiquement : sans la maîtrise technique de son prétendu sous-fifre, la formation n'est rien. Insensible à cette objective flatterie, Coxon, fort d’un succès individuel récent en Angleterre, a plusieurs fois refusé de réintégrer le quatuor novateur. Nostalgiques des années "great escape", les trois membres restants préparent néanmoins dans leur coin un nouvel album, déjà qualifié de "mauvais" par son principal compositeur. Cette brouille persistante entre le guitariste et le chanteur, source d'amers regrets pour ce dernier, les a menés depuis leur séparation sur des chemins radicalement divergents. Loin des marioles de Gorillaz animés par Damon, Graham a brillamment perpétué l'âme même de Blur avec sa britpop entraînante et ses guitares impeccables, tout en prenant des risques bienvenus au fil de quelques incursions punks. Un bonheur pour les fans des années 90, un peu laissés pour compte dans l’opposition actuelle entre le rock garage et la pop morose.
Nonobstant une voix quelconque et un début aussi poussif qu’une vieille Fuego, "Love travels at illegal speeds" embraye très vite sur des airs accrocheurs et dynamiques avec l’adultérin "Don’t let your man know". Ce déchaînement se poursuit sur les plus punks "I don’t wanna go out" et "Gimme some love", qui dénonce une solitude insupportable. Toujours fidèle à ses vieilles amours, Graham Coxon nous offre également "You & I", pur chef d’oeuvre britpop servi par un chant désinvolte et amusé. Cependant, la force de cet opus réside dans ses magnifiques et mélancoliques ballades, proches du parfait "This is a low" de Blur. Le poétique "Just a state of mind" révèle une sérénité retrouvée après quelques années difficiles, alors que le final "See a better day", romantique à souhait, narre gracieusement une passion dévorante. Visiblement mis en confiance par de telles réussites, l’homme aux lunettes se permet même une incursion dans les 60’s durant "What’s he got ? ", plainte pétillante d’un homme délaissé pour plus beau que lui.
Moins dépressif que ses grands frères, cet album ne se contente pas d’une jolie jaquette dessinée par son compositeur : il renoue avec un éclectisme et une maturité trop souvent absents du rock actuel. A découvrir absolument.
Classe : "See a better day"
Crasse : "I can't look at your skin"
Super cadeau :
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"See a better day" en live au Trabendo à Paris
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La décadence talonne parfois la grandeur. "Parachutes", première et seule réussite de Coldplay jusqu'ici, sonne déjà le glas de leur bref essor musical. A l'aube des années 2000, la vague pop suicidaire aura en effet fortement avantagé ce groupe, assez chanceux pour se trouver au bon endroit au bon moment, même si le destin manqua leur jouer un tour bien pendable… 



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