Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Jeudi 29 mars 2007

Note album : 8,5/10

 

C'est bien connu : le petit criticaillon de base est un gros frustré. Il jalouse ses artistes fétiches, vit par procuration au fil de ses écrits dithyrambiques ou vengeurs, et pire, subit à longueur de temps les brimades d'un public toujours prêt à déverser son fiel sur plus minable que lui. Car la critique est un art facile, surtout sans stylo en main…

Je détesterais sans doute les cinq furies brésiliennes de CSS si je les connaissais. Engoncée dans mon duffle-coat bleu ciel, j'observerais derrière mes binocles leurs bonnes fortunes masculines. Je les aurais également vues attraper des guitares, se munir d'un Bontempi et monter un groupe electro-pop avec une facilité déconcertante, flanquées de leur copain batteur, que je ne peux m'empêcher de désobligeamment taxer de camionneur.

Le soir pourtant, calée dans mon paddock une place, le drap du dessous bien coincé sous mes aisselles, je ne peux m'empêcher de rêver à une vie meilleure…

J'imagine cette paillote enchantée, au bord des flots turquoise. L'ambiance est délicieusement moite en cet été tropical. Sur une scène improvisée, mes ennemies jurées et leur copain moustachu entament leur set avec une nonchalance assurée. De sa voix de chipie insolente, l'excentrique chanteuse Lovefoxx se lance dans un véritable numéro arty-trash à résolument prendre au second degré. Au milieu des cocktails bigarrés résonne "Alcohol", son synthé cheap, ses paroles que l'on ne peut s'empêcher de mimer avec un coup dans le nez (Am I a mouse ? Am I an elephant ?). Toujours dans le même esprit synthétiquement sucré, les délirants "Let's make love and listen death from above" et "Meeting Paris Hilton", largement inspiré du navrant show héritier "The Simple Life", se mèlent admirablement aux applaudissements. La foule court vêtue danse sans retenue, tandis que le groupe se vautre dans la dance kitsch des 90's avec un mauvais goût aussi génialement burlesque qu'assumé ("Ah la la"). Plus tard encore, "Artbitch" – une parodie cynique des tendances musicales du moment – laisse éclater un phrasé plus agressif, tout comme "Music is my hot hot sex", pour lequel on deviendrait bien lusophone entre 2 riffs addictifs. Un rappel hystérique s'annonce. "Off the hook" et son refrain bubblegum imparable précède le disco "This month day 10". La tête encore pleine de choeurs woo-oo, revigorée par ces titres d'une énergie contagieuse, je continue de danser, sans m'embrouiller dans d'encombrantes tergiversations qualitatives, sans même me demander quoi raconter sur ce disque hédoniste, dont on profite pleinement presque malgré soi…

Et je me réveille, toujours dans ce même triste lit. Une fois habillée, je suis allée raconter à mes rares amis que j'avais fait un rêve totalement idiot, où de vraies allumeuses jouaient un concert plein d'une sensualité gratuitement provocante. J'ai terminé cette description par une épithète peu aimable et suis allée réserver un billet pour Sao Paulo en vidant mon livret A.

 

Classe : "Alcohol", "Off the hook", "Music is my hot hot sex"

Crasse : "Ah la la"

"Off the hook" en écoute sur la radio !

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par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Mardi 27 mars 2007

Suite à la demande expesse de Thom, voici quelques (hum…3) chansons sincères. Il faut croire que la vérité ne fait pas recette, ou que mon travail me fatigue trop !

 

Un grand merci à Eric pour sa liste de chansons sincères, que l'on retrouve dans les commentaires de Neon Bible

 

  1. The White Stripes – Truth doesn't make a noise (De Stijl, 2000)

 

Ma chanson préférée du duo de Détroit, tout simplement. Avec son piano et son chant à la fois triste et cynique, "Truth doesn't make a noise" exprime la pleine ampleur de la classe et du talent de Jack White. Le public s'en rendra compte 3 ans plus tard…

 

  1. The White Stripes – Well, it's true that we love one another (Elephant, 2003)

 

3 ans plus tard. Les White Stripes rencontrent un succès bien mérité et se payent le luxe d'enregistrer un pièce country à 3 avec la chanteur Holly Golightly. Le dialogue ambigu de "Well, it's true that we love one another" en aura amusé plus d'un.

 

  1. The Beach Boys – Be true to your school (Little deuce coupe, 1963)

 

Entre hululements canins et chansons d'amour gentillettes, la pop des Beach Boys m'a toujours évoqué un passé doré inconnu de mon jeune âge. D'un point de vue purement statistique, j'apprécie très exactement une chanson sur 2. Celle-ci en fait partie.

par Alex la Baronne publié dans : Chansons à thème
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Dimanche 25 mars 2007

Malgré ma nullité informatique avérée, j'ai réussi à installer une (magnifique) radio sur Classe ou Crasse. En voici les premiers titres :

 

Alice in Wonderland – HushPuppies (The Trap)

Alsatian – White Rose Movement (Kick)

Atlantis to Interzone – Klaxons (Myths of the near future)

Bittersweet Bundle of Misery – Graham Coxon (Happiness in magazines)

Fight! – Art Brut (Bang Bang Rock'n'roll)

Friendly Fire – Sean Lennon (Friendly Fire)

Fuck the people – The Kills (Keep on your mean side)

Heaven help the new girl – The Long Blondes (Someone to drive you home)

Intervention – The Arcade Fire (Neon Bible)

Mama, won't you keep them castles in air and burning ? – Clap Your Hands Say Yeah (Some Loud Thunder)

Me Plus One – Kasabian (Empire)

Sao Paulo – Guillemots (Through the windowpane)

Slow Hands – Interpol (Antics)

Waiting for your time to come – The Datsuns (Smoke & Mirrors)

Off the hook- CSS (Cansei de Ser Sexy)

Les liens renvoient à l'album chroniqué. La playlist sera mise à jour aussi régulièrement que ma légendaire distraction me le permettra ! A tous, je vous souhaite d'apprécier l'entrée de Classe ou Crasse dans l'ère interactive…

par Alex la Baronne publié dans : Playlist radio et index
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Vendredi 23 mars 2007

Note album : 9,5/10

 

Entre l'impatience et la crainte, mon coeur balance. "Neon Bible" est un disque que j'aimerais pouvoir chroniquer dans un an seulement, le temps d'apprécier pleinement toute sa complexité. Malheureusement, le temps presse, surtout pour un disque si attendu. Un disque que j'attendais également, mais avec une joie teintée d'angoisse. Un frisson dans la plume, j'imaginais déjà le pire. Et si je n'aimais pas "Neon Bible" ? Déjà mythiques après leur premier album, l'éblouissant "Funeral", The Arcade Fire appartient d'ores et déjà à la guilde enviée des artistes intouchables, celle dont le talent aussi rare qu'unique interdit toute critique

Oh, bien sûr, avant cette 2è production, quelques voix pessimistes s'étaient élevées, isolées dans un marasme fébrile et enthousiaste. "Neon Bible" ne serait jamais aussi surprenant que  "Funeral". Le petit orchestre montréalais allait perdre sa naïveté et son innocence au profit d'un sérieux né d'une kyrielle d'éloges trop kilométrique pour ne pas coller la grosse tête.

Etrangement, sans que cela entache le moins du monde l'extrême qualité de ce deuxième album, ces reproches sont plutôt justifiés.

D'une façon ridiculement évidente, "Neon Bible" ne peut pas bénéficier de l'exquis effet de surprise qui profita à "Funeral". Chronologie oblige. The Arcade Fire se trouve à présent face au défi malaisé de la confirmation. Bien que soutenus par une presse acquise à leur cause brillamment unique, les 7 montréalais ne sont pas encore tout à fait à l'abri d'un retour de bâton cinglant venu d'une opinion publique extrêmement versatile.

"Neon Bible" ne contient aucun titre d'une fraîcheur enjouée comparable à celle de "Rebellion (lies)". D'ailleurs, tout est dit dans le titre de ce disque. On imagine très bien les membres d'Arcade Fire totalement reclus dans leur église reconvertie en studio, en proie au silence quasi religieux précédant toutes les grandes œuvres. On imagine ensuite la genèse mystique des premiers morceaux, mue par une réflexion finalement bien peu rock'n'roll, dans le sens le plus basique du terme. On imagine l'émerveillement enfantin du groupe devant l'acoustique exceptionnelle des vieilles pierres saintes, son désir forcené de singularité, ses réflexions torturées.

Enfin, le résultat de cette démarche complexe se retrouve sur les platines du monde entier. "Black mirror" et ses violons explosent avec une profondeur vibrante, dans un final aux chœurs faussement naïfs. Puis "Keep the car running" prend le relais pour une mélopée parfaitement intemporelle, évocatrice de paysages automnaux grandioses, éclairés par une lumière dorée chatoyante. Plus minimaliste, la chanson titre apporte une pause bien méritée avant l'éblouissant "Intervention". Mu par un orgue à la limite de la grandiloquence, ce titre d'une intensité poignante s'offre même un xylophone pour 4 minutes aux paroles sombres ("Looking for a church when your family dies, you take what they give you and keep it inside") contrastant avec une atmosphère au romantisme flamboyant, digne du final d'"Autant en emporte le vent". L'intensité est à son comble quand débute "Black wave – bad vibrations", où l'on entend enfin la voix magnifique de Régine Chassagne, peut-être un peu délaissée vocalement dans cet album au profit de son Win Butler de mari. Ce dernier parachève ensuite un chef d'œuvre d'intensité durant "Ocean of noise", dont le piano aérien précède admirablement la chaleur des cuivres ultimes. Le disque prend ensuite une orientation plus new-wave avec "The well and the lighthouse" et "No cars go", déjà présent sur le premier EP du groupe et orchestralement magnifié ici. Accordéons, xylophones, les instruments les plus inhabituels se succèdent sans le moins faux pas, jusqu'à l'immense et soul "My body is a cage". L'orgue se tait. Et l'on reste béat d'admiration, un frisson résiduel sur l'échine. Car il n'est pas d'exercice plus périlleux que le lyrisme. Les inclassables de The Arcade Fire peuvent se targuer d'être de sacrés funambules.

 

Classe : "Black mirror", "Intervention", "My body is a cage", "No cars go"

Crasse : "Antichrist television blues"


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par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Mercredi 21 mars 2007

Note album : 8/10

 

Qu'importe le fond, pourvu qu'il y ait la forme. Impeccablement calés dans les standards du rock actuel, bien des groupes pudiquement qualifiés de "moyens" remportent l'adhésion populaire grâce à leurs mèches frontales et quelques riffs bien tronçonnés. Ce n'est malheureusement pas le cas des Datsuns, dont le look académique cache pourtant une créativité et une fougue remarquables. A se demander à quoi pense parfois ce salaud de succès.

 

Certes, The Datsuns ne sont qu'un groupe en "The" de plus. Ils ne marqueront sans doute pas l'histoire du rock du sceau indélébile de leurs 6 cordes. Pas facile non plus de leur attribuer une bourde tonitruante à la Pete Doherty , une déclaration débile et fracassante à la Liam Gallagher , une provocation scénique à la Howlin' Pelle Almqvist. Leurs singles n'accompagnent pas les nouvelles pubs EDF ou Renault. Bref, rien de bien croustillant à se caler sous la plume, si ce n'est leur nationalité passablement exotique. On connaît mieux la Nouvelle-Zélande pour ses moutons et ses aborigènes. Mais digresser là-dessus n'a franchement rien de passionnant. Les Datsuns déboulent d'une belle île antipodique et paumée, où il ne se passe pas grand-chose question rock. Ils doivent se sentir un peu seuls. Point barre.

 

Alors, quand le contexte extérieur ne se prête pas au racolage rédactionnel – un des grands plaisirs du chroniqueur lambda – il reste toujours la musique. Tout bêtement. "Smoke & Mirrors", le troisième opus du quartet austral, se révèle à la fois fugace et entraînant. Amorcé par d'excellents brûlots garage ("Why are you stamping your foot for?", "System overload") relevés d'un orgue flamboyant, cet album prend ensuite une tournure plutôt inattendue avec la ballade "Waiting for your time to come". Guitare planante, mélodie aérienne, chœurs vibrants, ce morceau constitue un de ces trop rares moments de grâce absolue, que l'on ne peut qu'apprécier dans sa brièveté. Par miracle, l'enchantement se poursuit sur le plus country "Stuck here for days", à la fois rageur et harmonieux. Le reste de l'album, toujours efficace mais moins captivant, mêle habilement le bon vieux hard rock à la Led Zeppelin à de surprenants chœurs gospel ("Maximum heartbreak", "All aboard") ou se lance dans des chevauchées d'une grandiloquence enthousiaste, notamment avec "Too little fire", qui conclut sur une ultime note positive, à peine ternie par des titres plus fades, comme les banals "Blood red" et "Emperor's new clothes".

 

Avec leur premier album sorti en 2002, les Datsuns ont été parmi les premiers à s'engouffrer dans la brèche garage ouverte par les Strokes. Si ces derniers ont mûri au fil d'airs plus sombres et apaisés, les 4 néo-zélandais ne se sont pas départis de leur état déchaîné initial, tout en apportant à leur style quelques touches novatrices bienvenues. Un tour de force bien trop mésestimé.

 

Classe : "Waiting for your time to come", "Stuck here for days"

 

Crasse : "Emperor's new clothes"

 

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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