Note album : 8,5/10
C'est bien connu : le petit criticaillon de base est un gros frustré. Il jalouse ses artistes fétiches, vit par procuration au
fil de ses écrits dithyrambiques ou vengeurs, et pire, subit à longueur de temps les brimades d'un public toujours prêt à déverser son fiel sur plus minable que lui. Car la critique est un art
facile, surtout sans stylo en main…
Je détesterais sans doute les cinq furies brésiliennes de CSS si je les connaissais. Engoncée dans mon duffle-coat bleu ciel, j'observerais derrière mes binocles leurs bonnes fortunes masculines. Je les aurais également vues attraper des guitares, se munir d'un Bontempi et monter un groupe electro-pop avec une facilité déconcertante, flanquées de leur copain batteur, que je ne peux m'empêcher de désobligeamment taxer de camionneur.
Le soir pourtant, calée dans mon paddock une place, le drap du dessous bien coincé sous mes aisselles, je ne peux m'empêcher de rêver à une vie meilleure…
J'imagine cette paillote enchantée, au bord des flots turquoise. L'ambiance est délicieusement moite en cet été tropical. Sur une scène improvisée, mes ennemies jurées et leur copain moustachu entament leur set avec une nonchalance assurée. De sa voix de chipie insolente, l'excentrique chanteuse Lovefoxx se lance dans un véritable numéro arty-trash à résolument prendre au second degré. Au milieu des cocktails bigarrés résonne "Alcohol", son synthé cheap, ses paroles que l'on ne peut s'empêcher de mimer avec un coup dans le nez (Am I a mouse ? Am I an elephant ?). Toujours dans le même esprit synthétiquement sucré, les délirants "Let's make love and listen death from above" et "Meeting Paris Hilton", largement inspiré du navrant show héritier "The Simple Life", se mèlent admirablement aux applaudissements. La foule court vêtue danse sans retenue, tandis que le groupe se vautre dans la dance kitsch des 90's avec un mauvais goût aussi génialement burlesque qu'assumé ("Ah la la"). Plus tard encore, "Artbitch" – une parodie cynique des tendances musicales du moment – laisse éclater un phrasé plus agressif, tout comme "Music is my hot hot sex", pour lequel on deviendrait bien lusophone entre 2 riffs addictifs. Un rappel hystérique s'annonce. "Off the hook" et son refrain bubblegum imparable précède le disco "This month day 10". La tête encore pleine de choeurs woo-oo, revigorée par ces titres d'une énergie contagieuse, je continue de danser, sans m'embrouiller dans d'encombrantes tergiversations qualitatives, sans même me demander quoi raconter sur ce disque hédoniste, dont on profite pleinement presque malgré soi…
Et je me réveille, toujours dans ce même triste lit. Une fois habillée, je suis allée raconter à mes rares amis que j'avais fait un rêve totalement idiot, où de vraies allumeuses jouaient un concert plein d'une sensualité gratuitement provocante. J'ai terminé cette description par une épithète peu aimable et suis allée réserver un billet pour Sao Paulo en vidant mon livret A.
Classe : "Alcohol", "Off the hook", "Music is my hot hot sex"
Crasse : "Ah la la"
"Off the hook" en écoute sur la radio !
Retrouvez cette chronique sur Pop-Rock
ajouter un commentaire commentaires (11) créer un trackback recommander
Après des mois d'une hibernation décalée, Alex la Baronne revient ! Orchestré par une savante pluie
d'articles plus corrosifs les uns que les autres, son retour s'annonce décapant !
Ma chanson préférée du duo de Détroit, tout simplement. Avec son piano et son chant à la fois triste et cynique, "Truth doesn't make a noise" exprime la pleine ampleur de la classe et du talent de Jack White. Le public s'en rendra compte 3 ans plus tard…
3 ans plus tard. Les White Stripes rencontrent un succès bien mérité et se payent le luxe d'enregistrer un pièce country à 3 avec la chanteur Holly Golightly. Le dialogue ambigu de "Well, it's true that we love one another" en aura amusé plus d'un.
Entre hululements canins et chansons d'amour gentillettes, la pop des Beach Boys m'a toujours évoqué un passé doré inconnu de mon jeune âge. D'un point de vue purement statistique, j'apprécie très exactement une chanson sur 2. Celle-ci en fait partie.
Entre l'impatience et la crainte, mon coeur balance. "Neon Bible" est un disque que j'aimerais pouvoir chroniquer dans un an seulement, le temps d'apprécier pleinement toute sa complexité. Malheureusement, le temps presse, surtout pour un disque si attendu. Un disque que j'attendais également, mais avec une joie teintée d'angoisse. Un frisson dans la plume, j'imaginais déjà le pire. Et si je n'aimais pas "Neon Bible" ? Déjà mythiques après leur premier album, l'éblouissant "Funeral", The Arcade Fire appartient d'ores et déjà à la guilde enviée des artistes intouchables, celle dont le talent aussi rare qu'unique interdit toute critique
Qu'importe le fond, pourvu qu'il y ait la forme. Impeccablement calés dans les standards du rock actuel, bien des groupes pudiquement qualifiés de "moyens" remportent l'adhésion populaire grâce à leurs mèches frontales et quelques riffs bien tronçonnés. Ce n'est malheureusement pas le cas des Datsuns, dont le look académique cache pourtant une créativité et une fougue remarquables. A se demander à quoi pense parfois ce salaud de succès.

Votre avis...