Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Mercredi 28 février 2007

Note album : 8,5/10

Ceux là, personne ou presque ne peut les blairer. Leur chanteur chante comme une scie sauteuse, leurs titres s'apparentent à du Talking Heads – Radiohead – Velvet Underground (toutes mentions utiles) bas de gamme, et en plus, ces sales snobinards ont été consacrés sur internet. Ne parlons même pas de leur nom - à - rallonge - à-la-noix-garant-d'une-touche-arty. Il n'empêche, malgré toutes leurs imperfections, les Clap Your Hands Say Yeah possèdent un sens indéniable de la mélodie. Mieux, ils possèdent le pouvoir magique d'insuffler une émotion vibrante à chacune de leurs chansons.

Soyons clairs : "Some loud thunder" ne fera sûrement pas changer d'avis les détracteurs les plus acharnés du quintet new-yorkais. J'ai bien failli rejoindre cette majorité d'ailleurs, tant la première écoute de ce très attendu 2è opus s'est avérée pénible. Ah, quelle bouse, ai-je même pensé, toute à ma déception. Le son saturé de la chanson titre me paraissait outrageusement et prétentieusement saccagé, la batterie militaire de "Goodbye mother and the cove" me semblait d'une grandiloquence grotesque, "Arm and hammer" et sa guitare volontairement laborieuse m'ennuyaient prodigieusement. J'avais le sentiment confus d'assister à un sabotage trendy au nom d'une liberté artistique autorisant toutes les formes d'expression, même les plus laides.

J'ai alors soigneusement rangé le CD dans son boîtier, et, comme le dit si bien Albin, j'ai pris la télécommande rangée sous la table du salon.

Quelques jours plus tard, les oreilles vides et le cœur un peu lourd, je me suis réattaquée à la chose, qui traînait sous la table du salon, bien en évidence à côté de la télécommande. Le son saturé de la chanson titre me paraissait toujours outrageusement et prétentieusement saturé, la batterie militaire de "Goodbye mother and the cove" me semblait encore d'une grandiloquence grotesque, seuls "Arm and hammer" et sa guitare volontairement laborieuse m'ennuyaient peut-être un peu moins, mais m'ennuyaient toujours.

J'ai toutefois appris au fil des écoutes à aimer ces titres, comme on apprend quotidiennement à aimer son petit frère de 15 ans plein d'acné et de revendications stupides. Car, sous un vernis ingrat et rédhibitoire, "Some loud thunder" fourmille d'idées erratiques, désordonnées, pourtant presque toujours brillamment assemblées. La rassurante consistance du premier opus éponyme semble ici bien loin, surtout pendant un titre comme "Emily Jean Stock", où une nappe de clavier digne d'Arcade Fire rencontre la batterie de Meg White.  "Love song no. 7" et son piano évoquant immanquablement John Lennon frappe par sa beauté solennelle, tout comme "Mama, won't you keep them castles in the air and burning ?" et ses violons tourbillonnants. Cette richesse instrumentale nouvelle n'empêche pas le groupe de toujours éprouver avec succès la recette électrique de ses débuts gagnants avec le poignant Yankee go home ou "Satan said dance", une version plus électronique de "The skin of my yellow country teeth". Seul le 11è et dernier titre, "Five Easy Pieces", ne convainc pas vraiment, avec ses bêlements hideux tout droits sortis d'une pub pour l'office de tourisme irlandais. Que voulez-vous, il fallait bien laisser une plage libératrice au leader Alec Ousworth. C'est peu en comparaison des 40 minutes restantes, qui réussissent à innover sans détruire.

J'ai encore écouté ce disque hier soir. La chanson titre m'a parue joyeusement floue, "Goodbye to mother and the cove" m'a charmée par son intensité allant crescendo et "Arm to hammer" semblait plus que jamais hanté d'une grâce paranoïaque.

 

Classe : "Yankee go home"

Crasse : "Five easy pieces"

 

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par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Lundi 26 février 2007

Note album : 8/10

Personne ne peut y échapper. Le pote moralisateur. Il traîne dans votre entourage sans que vous osiez lui signifier votre façon de penser. Lui par contre ne se gêne pas. Il s'offusque quand vous buvez un verre de trop, vous reprend doctement au moindre de vos jurons.

Mais surtout, il possède un stock exceptionnel de phrases toutes faites, manifestement conçues pour provoquer un coup de sang à toute personne dotée d'un minimum d'ouverture d'esprit.

"Il ne faut pas avoir de préjugés" est assurément une de ses maximes préférées.

Pour ma part, je suis bourrée de préjugés. J'étais persuadée que j'allais détester les Kaiser Chiefs à cause de leur nom bizarre, je pensais vomir Kasabian et leurs fanfaronnades.

Et pourtant, je vais aujourd'hui me ruer à la FNAC pour me procurer le 2è album des Kaiser, "Yours truly, angry mob". Serge Pizzorno et sa bande ont été élus "mes héros du mois" pour le 3è mois consécutif, au moins.

Alors, quand Tania - la demoiselle du Grand Journal qui ressemble un peu à un lévrier afghan – a décrit les Klaxons comme "ze band à connaître ab-so-lu-ment', j'ai immédiatement et instinctivement détesté les Klaxons. Je voyais en eux des sous Arctic Monkeys bigarrés, dont les accoutrements criards me faisaient regretter la bonne vieille époque de la TV en noir et blanc. Sans grande imagination, je me figurais leur musique à la hauteur de leurs costumes.

En prime, il y avait également cette bonne blague du NME. La new rave generation. Comme si Jamie Reynolds, le bassiste des Klaxons, n'avait pas pu avaler une gorgée de vodka - pomme au lieu de balancer cette plaisanterie. Très sérieusement, le tabloïd s'en était emparé et clamait à qui voulait le lire que les Klaxons inventaient quelque chose.

Pour une fois, ils avaient raison, les cons. Certes, les Klaxons ne chantent pas vraiment bien. La plupart de leurs titres ne semblent même pas entièrement finis. Mais ils ont inventé ce que The Rapture cherchait désespérément à inventer. Cette fusion délirante entre la techno hurlante de The Prodigy et la pop insouciante si chère aux Britons. Le single "Atlantis to interzone" et son alter ego inversé, "Magick", illustrent parfaitement ce métissage réussi avec leurs sirènes hurlantes, leurs chants robotiques et leurs rythmes oscillant entre franche galopade et ralentissements inattendus. Tout aussi bancal et attirant, "Totem on the timeline" fait montre d'une urgence imparable, maladive même, tout comme le très technoïde "Two recievers". En plus de ces airs furieux, le trio pond également avec brio des airs pop imparables, tels "Golden skans" et ses chœurs pimpants ou le léger "As above so below". Malheureusement, une fois le tribal "Isle of her" achevé, les mélodies se font moins immédiates, plus empesées, excepté "It's not over yet", relevé d'un piment soul plaisant. Débutée sous des cieux novateurs, la cavalcade des Klaxons s'achève un peu lourdement avec "Four horsemen of 2012", perdu entre "Smack my bitch up" et "Knights of Cydonia" de Muse. Toutefois, on peut s'estimer heureux. Pour une fois, la hype ne nous spolie pas.


Classe : "Atlantis to interzone"

Crasse : "Gravity's rainbow"

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Samedi 24 février 2007

Une fois n'est pas coutume, j'ai décidé d'interrompre le cours lisse et sérieux de ce blog. Aujourd'hui, point de chronique grave ou de digression polémique, place à un jeu. La grande fan de calembours pourris que je suis vous laisse, vous mon public bien aimé, exprimer votre potentiel insoupçonné. Le principe du jeu est simple : trouver un maximum de noms dérivant de la fusion improbable d'un artiste (ou groupe) étranger avec un autre artiste, de préférence bien franchouillard.

 

Exemples :

 

-          Delpech Mode, déjà existant et hilarant.

-          Franz Fernandel (un grand merci à Tireboulette)

-          Iron Mylène

 

Voila, la place est libre dans les commentaires pour vos suggestions. Le gagnant gagnera… euh, on verra.

 

Premières suggestions :

 

-          Black Sabatier (Tireboulette, encore elle)

-          France Gallagher (contribution spéciale du Farteur)

-          Placebo Derek, Placebobispo (votre servante et Tireboulette)

 

Bon, à vous !

par Alex la Baronne publié dans : Bla Bla divers
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Jeudi 22 février 2007

Krachage chorégraphié

 

Certains ne sont pas taillés pour la gloire. En proie à la pieuvre succès, ils étouffent, se débattent, implosent avec flamboyance. Bien souvent, leur trajectoire ascendante se rompt net, et on retrouve des années plus tard leur trace sur Nanarland ou Bide & Musique.


C'était pas vraiment la folie l'autre soir...

Mardi 13 Février, calée dans un moelleux fauteuil rouge, j'ai donc assisté à un véritable suicide commercial. Un suicide prémédité et annoncé, qui plus est. Car la description officielle de ce spectacle, "une version dansée de Robots après tout, le dernier album de Philippe Katerine", avait de quoi autant rebuter que fasciner. Certes, je ne cache pas un penchant pour l'olibrius, ses slips verts, sa coiffure de vieux clébard et ses textes désopilants. Le soir, seule au volant, je susurre souvent "je suis dans la merde et je vous emmerde" au conducteur du 4x4 dont le pare buffle menace de compacter ma Clio en Smart. Mais le fait est là ; notre vendéen loufoque a galéré incognito pendant 15 ans, et il tient visiblement à faire un pied de nez au succès, ce salaud. Oh, on peut le comprendre. Katerine bénéficie à présent d'une certaine reconnaissance et peut donner libre cours à ses excentricités sans trop risquer. La farce est énorme et les dindons ne bronchent pas.

Mathilde Monnier est chorégraphe. Pas comme Kamel Ouali, je vous arrête tout de suite. Mathilde Monnier est chorégraphe contemporaine. Un qualificatif passe-partout, qui autorise ses heureux propriétaires (usurpateurs) à faire n'importe quoi, surtout du laid, sous un prétexte artistique. Ne vous avisez pas de ne pas aimer. C'est de l'art et si vous ne pigez rien à l'art, vous êtes un grossier personnage. Mais moi, j'ai envie de rire. Car si Mathilde Monnier, la chorégraphe de cette représentation, est une artiste, moi, je suis Dostoïevski. En plus, Mathilde Monnier n'a sûrement pas de vrai métier. Elle n'est pas chimiste, maçon ou secrétaire. Non, Mathilde Monnier invente des chorégraphies où ses danseurs partent en calebute (et en silence) à l'assaut d'une scène muée en Knacki gonflable géante. Un sacré final, n'est ce pas ?

Mais commençons peut-être par le début, même si l'ordre chronologique ne revêt qu'une importance mineure dans ce récit. Au début, donc, tout allait encore bien. Katerine, tout de noir vêtu, chantait "Louxor, j'adore". 6 danseurs discrets l'accompagnaient, esquissant en parfaite synchronisation quelques pas amusants et décalés derrière leurs micros. Conscient du potentiel majeur de son tube, le chanteur se lança alors dans une version gargarisée du mythique "j'adoooooore". Les sages danseurs se muèrent en cavaliers du chaos sur une scène devenue le théâtre d'étranges errances. 10 minutes plus tard, la chanson, d'une durée totale équivalant au quart du spectacle, s'acheva enfin dans une fausse bagarre entre la vedette et un des acolytes. Commencèrent alors des gesticulations sans fin, privées de tout sens esthétique et ludique, même prises au 6è degré. Les danseurs allaient, venaient, se déshabillaient, tenaient des discours surprenants ("Je suis allé au Monoprix hier"), chantaient même parfois les chansons de la star, quand celui-ci ne les chantait pas dos au public ou en playback, accompagné pour l'occasion d'un sample d'une qualité sonore… limitée. A mes côtés, mon collègue sommeillait. Je n'osai pas le réveiller. Les applaudissements finaux s'en chargèrent pour moi. Il s'étira et maugréea : "On dira aux collègues que c'était bien. Après tout, ça n'a duré qu'une heure, on peut bien prendre sur nous et mentir."

Promis, la prochaine fois, j'irai voir Katerine pour un vrai concert. Il parait que c'est mieux, que c'est même super. Je le crois sans peine.

par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Mardi 20 février 2007

Note album : 9/10

 

Petite recette de cuisine :

 

  1. Prenez "Capture/Release", le premier album des Rakes. Faites le bouillir à feu vif afin d'en extraire la mœlle post-punk.  
  2. Emincez un album de Depeche Mode en fines lamelles. Attention : veillez à choisir un BON disque de Depeche Mode, de préférence l'un des premiers.  
  3. Faites mariner les 2 premiers ingrédients dans un bouillon new wave de type Joy Division.  
  4. Rajoutez-y à plusieurs louches de l'énergie des B 52's. Ne lésinez surtout pas sur la quantité.  
  5. Laissez mijoter dans un club enfumé des bas-fonds de Londres et revenez chercher votre mixture aux environs de 4 heures du matin.

     

Ca y est, votre "Kick" est prêt ! Bien sûr, les White Rose Movement, auteurs de cette recette détonante, ne sont pas des parangons de novation. Par malheur pour eux, ils n'ont sorti leur premier album qu'en 2006, à l'heure où les Rakes et Bloc Party exerçaient déjà solidement leur assise sur la scène post-punk. C'est dire s'ils ne vous feront même pas changer de chaussures ou décrocher vos posters du mur de votre chambre. Ce léger retard, doublé d'une stratégie marketing désastreuse au point d'omettre l'affichage complet du nom du groupe sur la jaquette de "Kick", n'a sûrement pas aidé à propulser les 5 londoniens sur le devant de la scène. Un sacré gâchis, car ce disque est une tuerie, un anachronisme 80's plein d'une vigueur juvénile qu'il convient d'apprécier pleinement, sans se poser la moindre question.

 

Dès les premières notes de la chanson titre, le ton est donné. Un synthé glauque et une batterie robotique transportent dans un univers sombre, dans lequel la voix ténébreuse du leader Finn Vine rencontre le souffle cristallin de Taxxi, la platinée claviériste de la formation. Le reste de l'album persiste dans cette voie ombrageuse, sans aucune baisse d'énergie. A la limite de l'incohérence totale, les textes claquent brièvement ("Girls in the back", "Pig heil jam"), explosent en fragments désordonnés, dans un contraste souvent flagrant entre des couplets oppressants et des refrains aériens ("Love is a number"). "Deborah Carne" et "London's mine" jouent quant à eux dans une cour plus pop, parsemée d'une nappe de gimmicks rappelant irrésistiblement des Depeche Mode sous Red Bull. Mais le groupe n'est jamais meilleur que quand il évolue à pleine puissance, avec un son électro-rock résolument plus actuel et rageur, comme pendant le monstrueux single "Alsatian" ou le final "Cruella", qui clôt le disque avec une intensité quasi-sismique, même écouté à faible volume.

 

Ah tiens, au fait, j'oubliais. Les références historiques sont très à la mode aujourd'hui. Après Franz Ferdinand assassiné à Sarajevo et Linda Kasabian la complice de Charles Manson, les White Rose Movement ont emprunté leur nom à la résistance germanique anti-nazi. Avec leur son robotique et leur musique dopée aux substances euphorisantes, le groupe devait bien un hommage au pays de Kraftwerk.

 

Classe : "Alsatian", "Cruella"

Crasse : "Testcard girl"

 

 

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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