Classe ou Crasse ?

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

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Certaines villes sont comme nées en noir et blanc. Leurs immeubles arborent des teintes uniformément noircies à la fumée d'usines moribondes. Leurs rares arbres ne connaissent jamais l'automne, ses reflets dorés, son doux embrasement. En prime, le soleil n'y brille jamais. A quoi servirait-il ? Il n'y a rien à éblouir dans ces villes.

Ceux qui restent n'ont jamais connu autre chose. Sinon, pourquoi resteraient-ils dans cette grisaille minée de désespoir ? Ils aiment leur coin par habitude, et aussi à cause d'une espèce de fierté vaine, celle qui empêche la dépréciation de sa terre natale, aussi ingrate soit-elle. 

Macclesfield, près de Manchester. Une petite ville triste, en lente décomposition économique, peuplée d'âmes résignées et routinières. Dans sa chambre d'adolescent, Ian Curtis se forge une identité au son de ses idoles. Ils sont partout, sur le mur, au creux de sillons vinylés. Lou, Iggy et David l'inspirent pour ses premiers textes où affleurent un mal-être romantique. Des textes et un romantisme qui lui offriront la main de Debbie lors d'un mariage adolescent un peu précipité. Vient ensuite la rencontre avec les membres de Warsaw, devenu Joy Divison à l'aube de ses premiers enregistrements en studio. La légende implacable se met alors en marche, avec son lot de tragédies. Le succès naissant signera lentement et cruellement l'arrêt de mort de Ian Curtis. Incapable de choisir entre sa femme et sa maîtresse, une jeune journaliste amatrice rencontrée en tournée, le chanteur à la voix caverneuse se laisse ronger par la culpabilité et la tension d'une vie pour laquelle il n'est somme toute pas fait. Il la quittera à seulement 23 ans, en laissant derrière lui des proches anéantis et une œuvre aussi brève que riche et novatrice.

Filmé dans un noir et blanc de rigueur, Control évite à merveille les écueils du biopic mielleux et plein de bons sentiments. Au fil de plans lents savamment enchaînés, Anton Corbijn rend compte avec un réalisme implacable de la descente aux enfers de Ian Curtis, dont le talent signera la perte. Un Joy Division plus vrai que nature assure d'étonnantes prestations scéniques, où Sam Riley campe à merveille le leader dans ses moindres attitudes, toujours à la limite de la rupture, notamment durant un très grand Transmission. Mais outre ces shows d'une perfection étonnante, Control analyse finement le caractère complexe de son héros, que l'on découvre introverti à l'extrême, incapable de s'exprimer autrement que par la chanson. Car le plus grand problème de Ian Curtis réside en lui-même.  Torturé par une vie sentimentale des plus inextricables, il fera de lui-même le bouc émissaire de ses hésitations, sans même jamais entrevoir un bonheur pourtant largement à sa portée. Le paradoxe de Control réside dans sa narration d'une froideur et d'une fidélité glaçantes, qui contraste avec l'âme suppliciée d'un héros profondément attachant et désespéré, qui ne sort ni déifié ni même grandi de ce biopic. Et c'est sans doute pour ce réalisme que Control est un film bouleversant et poignant jusqu'au malaise. Ian Curtis n'était pas un surhomme, mais sa légende perdure de la plus émouvante des manières.   

par Alex la Baronne publié dans : Couch potatoe communauté : Le Monde du Rock
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Note album : 8/10


arctic-monkeys-favorite-worst-nightmarejpg.jpgJ'ai préféré attendre pour celui-là. Parce que j'ai bien failli saquer à tort le premier. Il faut dire qu'avec le buzz qui entourait le légèrement surestimé Whatever you say I am, that's what I'm not, le contradicteur lambda a pris un plaisir manifeste à ruer dans les brancards de la hype, au point de négliger quelques excellents morceaux comme A certain romance. Pourtant, il faut bien reconnaître aux Arctic Monkeys un certain charme, celui du paradoxe. Car le groupe anglais le plus en vue du moment n'a franchement rien de bien excitant. Ses quatre membres semblent incapable de grommeler un bon mot, dispensent des prestations scéniques le plus souvent fades et pire, conchient ouvertement les attributs rock'n'roll de tout bon musicien décadent. Bref, l'attrait des singes nordiques réside justement là, dans leur normalité de gamins anglais, capables de rendre compte de la vie quotidienne à Sheffield avec 2 guitares bordéliques et des textes intelligents nasillés sans scrupules.

Malheureusement, les Arctic Monkeys ont aussi leurs défauts. A commencer par ces guitares parfois trop bordéliques et cette voix affreusement nasillarde. Telles des grosses bêtes pleines de griffes, les chansons simiesques demandent souvent de longues semaines de lent apprivoisement avant révélation. Et après 6 mois à tenter de dompter ce fichu Favorite Worst Nightmare, j'ai bien failli renoncer. 

Pourtant, on m'avait annoncé une acclimatation plus facile, d'autant que ce 2è album, sorti à peine un an après le premier, s'annonçait dans sa lignée, en mieux. Les Arctic Monkeys ont en effet musclé leur jeu sur ces 12 nouveaux titres. Le batteur cogne plus fort les fûts, les guitares vrombissent plus que jamais, le nasillement northern d'Alex Turner est atténué par une légère distorsion. Mais tout cela reste quand même du bon gros Arctic Monkeys avec des mélodies post-rock saccadées, un désordre évoquant une chambre adolescente aux allures de zone minée, et une ballade atrocement ratée posée au beau milieu du disque (Only ones who knows).

Tout ça pour dire que j'avais bien envie de le saquer, ce Favorite Worst Nightmare. En fait, non, même pas. Je m'en fichais prodigieusement, ne savais pas quoi en penser. Alors, j'avais prévu d'en dire un peu de bien, un peu de mal, avec une neutralité polie et quelques jolies tournures de phrase.  

Et puis, voilà  que l'écoute dite "de la dernière chance" a bouleversé mon planplan bien établi. Les Arctic Monkeys ont réussi à indéniablement progresser, tant cette suite fortement attendue brille par sa cohérence et sa densité sonore. J'ai par conséquent revu ma chronique mentale à la hausse, en trouvant finalement plein de qualités à ce disque. Certes, quelques chanson sont là uniquement pour atteindre une durée standard (This house is a circus, The Bad Thing) mais l'ensemble du disque s'avère de bonne facture, avec quelques excellentes pépites, comme le diablement efficace Brianstorm et ses guitares tonitruantes ou le plus apaisé et poignant Do me a favour. Dans un filon purement juvénile, Fluorescent adolescent affiche une mélodie irrésistiblement optimiste, à l'inverse d'un 505 noyé dans un écho mélancolique, notamment pour un triste solo de guitare final. Plus proche des irrésistibles singles du premier album, Balaclava et Teddy Picker charment par leur urgence et leur chant bavard surmonté d'enthousiastes chœurs de pub. Car s'ils ne possèdent de toute évidence le charisme étincelant de la rock star de base, les Arctic Monkeys ont su rester proche de leur public. Et celui-ci le leur rend bien.

 

Classe : "Brianstorm", "Teddy Picker", "Do me a favour", "505"
Crasse :
"Only one who knows"

En bonus, "505" à Later with Jools Holland

 

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe communauté : Le Monde du Rock
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