Note album : 8/10
J'ai déjà tout installé dans mon pub. Enfin, dans mon pub imaginaire, The
Gold Lion. J'ai choisi ce nom en hommage à cette chanson des Yeah Yeah Yeahs que j'aime beaucoup, et aussi parce qu'un pub comme il faut se doit d'honorer un animal à la robe
exceptionnelle. J'avais bien pensé au Black Swan ou au Red Beaver, mais ça sonne quand même drôlement moins bien.
Bref. Le Gold Lion se situe dans une ville sympa, grande mais pas trop, et remplie d'habitants chaleureux. J'ai commencé à prospecter dans les alentours. Déjà, Colmar est éliminée d'office : les bars n'ont même pas la permission de minuit. Et oui, que voulez-vous, les villes musées sont de vieilles filles. Elles se couchent tôt pour ne pas tirer la tronche le lendemain. Bâle pourrait convenir, à condition de décoincer un peu les alémaniques. Mais pour l'instant, la grande gagnante du casting est Freiburg im Breisgau. C'est d'ailleurs là-bas que j'ai rencontré Hans, mon futur barman. Il vient de Bavière et connaît toutes les bières du monde. Enfin, presque. On ne va pas chipoter pour une australienne du bush ou une danoise fadasse. Derrière le long comptoir en bois, Hans servira des chopes géantes comme seuls les allemands savent en servir. Outre les traditionnels tabourets de bar, on trouvera aussi au Gold Lion de vieux fauteuils en cuir un peu usés mais délicieusement mous. Bien sûr, il y aura aussi des jeux. De cartes, de dés. Une cible kamikaze encaissera son lot de fléchettes pour des parties de 501 enflammées. Et tous les Vendredi, des quizz seront organisés.
Il manque toujours quelque chose au Gold Lion. Cette étincelle indéfinissable qui transforme un lever de coude machinal en un bonheur simple, une conversation quelconque en un moment convivial. Comme dans n'importe quel pub, il faudra élever la voix chez moi pour se faire entendre. Vous n'imaginiez quand même pas déguster votre pinte dans un silence de morgue, non ? Bref, en taulière dégourdie, je dénicherai toujours quelques vieilleries sympas pour la sono du Gold Lion. Des trucs dignes de T-Rex, à la fois un peu surannés et terriblement entraînants. D'ailleurs, dans le même genre en plus juvénile, il y a ce groupe écossais, les Fratellis, dont le leader ressemble terriblement à Mark Bolan. J'entends bien leur premier album, Costello Music, passer un Jeudi soir entre un bon vieux Kinks et Fashion Nuggets de Cake. Parce qu'à l'écoute de Chelsea Dagger, un des innombrables singles des trois faux frangins Fratelli, j'ai juste envie de lâcher ma vodka pomme et d'empoigner mes voisins pas le coude histoire de brailler à pleine voix les "Lalala" irrésistibles de l'intro. Pareil pour Henrietta et son boogie sautillant. Déjà entendu mille fois outre-manche, grogneront pourtant à juste titre quelques clients grincheux et immobiles. Ce disque contient en effet une pop accrocheuse et immédiate, qu'il convient d'écouter sans autres attentes que de se distraire. D'ailleurs, fort honnêtement, Costello Music ne prétend pas être autre chose qu'un sympathique album de pub. Rien ici ne respire le sérieux ou la préméditation, domine juste une envie de s'amuser là ou d'autres veulent à tout prix la gloire. Flathead, ses chœurs légers et son refrain à base d'onomatopées conviennent parfaitement à un rallye bière, tandis que d'autres titres plus anecdotiques (Cuntry Boys & City Girls, Creeping Up the backstairs) tiennent parfaitement la route pour une conversation animée. Tard dans la soirée, la candide ballade Whistle for the Choir fera naître quelques romances alcoolisées et si ce n'est pas elle, Ole Black 'n' Blue Eyes s'en chargera avec une fraîcheur désarmante. Et puis, il y a aussi ce Vince the loveable stoner, qui remonte aux fondements du rock'n'roll et…
(Excusez-moi. Le téléphone.)
Je vais devoir vous laisser. Il est déjà deux heures du matin et la Polizei vient de m'appeler pendant ma seule nuit de repos. Une bande de jeunes teutons trouble l'ordre public en hurlant à tue-tête le refrain de Baby Fratelli devant la porte du Gold Lion.
Classe : "Henrietta", "Flathead", "Chelsea Dagger", "Vince the loveable stoner", "Baby Fratelli"
Crasse : "Creeping up the backstairs"
En bonus, le clip de "Flathead", ou comment animer la pochette du disque…
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circonspection.
Cela fait bien 20 minutes que je regarde ce maudit curseur clignoter et je n'aime pas cela. Souvent, avant de m'atteler à la rédaction d'une chronique, mon opinion se fixe, puis s'étoffe presque malgré moi au fil des paragraphes. Pourtant, "The Good, The Bad & The Queen" me laisse irrémédiablement perplexe. Ce disque me séduit, mais de loin. Un peu comme si je m'abandonnais à la contemplation d'un garçon très beau, mais dénué de l'étincelle de vie capable de me charmer.
C'est bien connu : le petit criticaillon de base est un gros frustré. Il jalouse ses artistes fétiches, vit par procuration au
fil de ses écrits dithyrambiques ou vengeurs, et pire, subit à longueur de temps les brimades d'un public toujours prêt à déverser son fiel sur plus minable que lui. Car la critique est un art
facile, surtout sans stylo en main…
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