Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Samedi 25 août 2007

J'ai toujours été distraite. Jamais chiche en bons mots, ma mère m'a surnommée "La chèvre"  et il m'arrive encore (rarement) de me balader le T-Shirt à l'envers. Un accoutrement parfaitement involontaire, mais bien plus rock'n'roll  (ridicule) que les Converse et le jean slim standards. Même Pete Doherty n'a jamais osé sortir avec les lauriers de son polo Fred Perry scotchés dans le dos. Moi si. Mais je n'ai pas fait exprès (et il ne s'agissait heureusement pas d'un polo).

Lourde de cette particularité agaçante, j'ai très vite entrepris de pallier mes défaillances cérébrales à l'aide d'un carnet, lequel s'est très vite retrouvé jonché de bouts de phrase parfois abscons ((?)… traîne comme une 2CV verte dans l'arrière cour ?). Ainsi, la plupart des chroniques de Classe ou Crasse doivent leur pérennité à ce petit cahier. Il m'escorte partout, surtout au boulot. Il n'empêche, j'ai passé une bonne demi-heure hier après-midi à me demander quelle idée géniale avait éclairé ma douche matinale. Une idée censée révolutionner ma thèse. Peine perdue, j'ai recommencé de tâcheronner, en proie à un PhD blues en stade avancé.

Et puis il y a les listes. D'ordinaires listes de courses, dont les fragments humides jalonnent le fond de ma machine à laver. J'oublie toujours de les retirer mes poches. Des listes d' "occupations" aussi, histoire de remplir mes béchers et garder bonne réputation auprès de mes chefs.

Mais les listes royales, les superlistes, je les fais toutes les quinzaines. Quand je me transforme en Paris Hilton, le chihuahua en moins…

(Non, mais qu'est ce que vous croyez ??? Que je nettoie des 4x4 de racaille en bikini noir et en bavant du hamburger ricain trop cuit ???)

… Et que je pars faire du shopping. Globalement, cette fameuse liste contient deux axes majeurs : chaussures et CDs.

De quoi étais-je censée vous parler dans cette chronique ? Ah oui, de TV on The Radio. Ca va, j'ai bien meublé. Je n'ai en fait pas grand-chose à dire sur ce concert. Vous venez de vous taper une demi-page de banalités et vous êtes ravis de l'apprendre.

Alors, pourquoi en parler ? Parce qu'après avoir lu la chronique dithyrambique de Systool au sujet de Return to Cookie Mountain, le 2è jet des américains déjantés, j'ai ressenti le besoin quasi viscéral de me procurer cet album. Placé en tête de ma liste, en tête de la gondole de mon disquaire préféré, je ne pouvais pas le manquer.

Bien entendu, je suis rentré sans lui. Il est resté planté dans la Knack, comme le dernier grain de maïs de la boîte Bonduelle, celui qui chiale parce que tous ses copains sont partis se faire manger en salade. Qui çà ? Mais mon disque de TV on the Radio, pardi. Entre temps, les cockneys d'Art Brut m'avaient fait du gringue avec leur Bang Bang Rock'n'roll et Joey Ramone m'avait hélée de sa batte histoire que je me procure son anthologie. Charmée par de telles sirènes -si tant est que l'on puisse qualifier Eddie Argos et Joey Ramone de sirènes-, j'avais oublié les promesses futuristes et novatrices de ce Return to cookie mountain.

La même histoire se répéta plusieurs fois. Je ramenai des disques prodigieux, de bons disques, quelques trucs franchement chiants. Je ramenai aussi plusieurs paires de chaussures, même des qui râpent l'arrière du talon.  Return to cookie mountain tomba définitivement en désuétude, malgré l'acclamation quasi unanime de la critique.

C'est pourquoi, une fois arrivée aux Eurocks, je me suis précipitée sous le chapiteau, et j'ai juré que je n'en bougerai plus qu'une fois le show passé. Je n'allais pas en prime oublier d'assister à ce concert. Quand même.

Heureusement, je me souvenais encore bien de leurs têtes. Des débraillés barbus comme les mecs de TV on the Radio, je n'en croise pas souvent. Et Dieu sait que je croise des gens bizarres dans mon labo. Bref, se trouvaient sur scène 4 grands noirs dynamiques et une petite crevette blanche en guise de guitariste, qui formait un contraste curieux avec ses comparses.

Pour autant que je me rappelle, le show démarra sur les chapeaux de roue, soutenu par des guitares floues, un groove dément et un chanteur très en voix. Pourtant, une file ténue mais vivace se dirigeait vers la sortie. Je maudis ces jeunes festivaliers venus plus pour la picole et le camping que pour la musique, ces fans de Tryo pleins de dreadlocks. Je maudis également ces autres gourdasses, celles qui déboursent 40€ pour grimper sur les épaules de leur mec, histoire de passer à Europe 2 TV.

Cet accès de philanthropie passé, je me réalisai honteusement que moi aussi, j'avais envie de me barrer. La belle euphorie des débuts s'était muée en une bouille sonore, dont certains remous évoquaient grandement… Bloc Party, en mieux composé quand même. Il y avait également ce chanteur larmoyant, ces chœurs écoeurants à la Boys II Men. J'aurais vraiment dû écouter ce fichu disque avant, pour l'apprécier au fil des écoutes ou au contraire le clouer au pilori. Je regardais ma compagne d'infortune. Elle m'indiqua d'un air implorant la sortie.

Il y a des oublis. Il y a aussi des actes manqués.

par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Jeudi 23 août 2007
NDLR : Guic', merci de m'avoir fait comprendre dans quel état d'esprit se trouvait un bon fan des Smashing !

Des Smashing Pumpkins, il ne reste que le cerveau et l'ossature. Seuls rescapés du line-up initial, le glacial Billy Corgan et son fidèle batteur Jimmy Chamberlin ont repris le chemin des scènes après 7 ans d'un long silence. Trop long peut-être : une telle absence, doublée de rumeurs peu flatteuses sur la tournée du groupe, laissait mijoter les fans entre scepticisme et espoir. Simple demi-citrouille ou citrouille creuse ?

            Nous nous sommes séparés parce que plus personne n'en avait plus rien à foutre de ce que nous faisions. Toujours lucide et aimable, Bily Corgan évoque sans ambages une des raisons principales de l'éclatement physique de la bête d'Halloween. Mais voila, depuis l'an 2000, de l'eau a coulé sous les ponts, le rock est redevenu fashion. Les Pixies ont renfloué leurs comptes en banque poussiéreux grâce à une tournée fleuve en 2004. Tout cela sans même jouer la moindre nouvelle chanson, juste en se reposant sur les acquis éblouissants d'un Surfer Rosa ou d'un Doolittle. Un soulagement pour de nombreux fans d'ailleurs, inquiets à l'idée de voir le groupe maculer d'un essai baveux une discographie jusque lors impeccable. D'autres n'auront pas cette chance. Car si contrairement au volumineux Frank Black, Iggy Pop conserve dans l'âge ses attributs rock'n'roll primaires, le 4è album des Stooges, paru en 2007, fait bien pâle figure à côté de ses trois trentenaires de prédécesseurs. Et que dire des Who ? Merde, les Who. 28 ans après que Keith Moon a envoyé valser sa dernière cymbale, les revoilà. Sans même John Entwistle, parti ouvrir une boulangerie colombienne chez Belzébuth. Pendant ce temps, Pete Townshend et Roger Daltrey trompent leur ennui avec un nouveau disque, Endless wire, qui spécule plus sur un nom mythique qu'il ne séduit.

Seulement, les Smashing Pumpkins ne sont pas de cette trempe. Les Who formaient un carré, une de ces figures égalitaires s'effondrant logiquement à l'amputation d'un ses côtés. Billy Corgan, lui, incarne tout seul le méchant légume. Il règne en maître absolu sur son groupe, le domine de ses créations et de sa voix nasale. Alors, quand Billy décide de revenir, les autres n'ont qu'à s'écraser ou se casser. Les défaillances seront palliées par d'autres musiciens, voila tout. Il s'en fout. Il n'a besoin de personne en particulier. Zeitgeist, l'album de la résurrection sorti en Juillet dernier, le prouve comme un vivace pied de nez à la barbe de ses détracteurs.

En prime, Billy n'a pas changé. Il est toujours, soit infect pour les gens ordinaires, soit délicieusement infect pour ses fans. En proie à une exquise mégalomanie. Dévoré par une merveilleuse paranoïa. Il traîne derrière lui un service de sécurité hargneux, torture à coup d'imposantes restrictions les honnêtes photographes venus gagner leur croûte, exige des bouteilles d'eau comme ci et pas comme ça. Pourtant, personne ne traite Billy de connard. Son talent le préserve brillamment d'une telle infamie. 

Le voici maintenant en clôture du Festival de la Foire aux Vins de Colmar, à la fin de cette fameuse tournée de reformation. Le public a répondu présent en nombre correct, 7000 personnes. Naturellement, aucune interview n'a été accordée, les vigiles ont dû jouer les pitbulls pour l'occasion. Tous ces caprices n'empêcheront pas "Tonight, tonight" de résonner exceptionnellement, portée par un son d'une qualité extrême. Toujours aussi chauve et mal embouché, les chaussettes rayées dans des grolles en cuir assorties au pantacourt, Corgan alterne les bons morceaux du présent (Doomsday Clock, Tarentula) et les monceaux de bravoure du passé (1979, Bullet with butterfly wings) avec une froideur sadique. A ses côtés, un guitariste discret, une bassiste élégante et douée, une jolie pianiste vêtue à l'extrême orientale. Tout ce petit monde mené à la baguette s'active efficacement à la tâche, tandis que Corgan se lâche, improvise même un Star-sprangled banner électrique et dissonant sous les huées. Ces quelques sifflets n'empêchent pas l'audience d'apprécier à sa juste valeur la production sonore, allant même jusqu'à s'attirer les bonnes grâce d'un chanteur au regard vague, sans doute perdu dans d'angoissantes pensées. Visiblement surpris par la bonne qualité de l'accueil, ce dernier se déride très légèrement et va jusqu'à remercier plusieurs fois la foule, avant un Disarm qui n'a rien perdu de sa grâce sous les spots vivaces d'un décor sophistiqué, fait de rampes lumineuses déchaînées. Enfin, après 1 heure et demie, le groupe tire sa révérence sous les vivas, avant un bref rappel où Billy Corgan engueule sa pianiste pour un petit raté, avant de lâcher des flots de décibels rageurs. Vient ensuite une étonnante minute où, sourire aux lèvres, le chanteur salue et remercie la foule, qui le regarde médusée. Personne ne sait si Billy Corgan va virer vieux cool, mais une chose est sûre : contrairement à son collègue de promo Liam Gallagher, il n'a rien perdu de sa voix.

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par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Mardi 21 août 2007

(NDLR 1 : ah, ah, G.T., je t'avais prévenu que ma chronique allait être pire que la  précédente !)

(NDLR 2 : à tous ceux qui se demandent pourquoi j'ai payé pour voir Indochine, je répondrais tout simplement que je n'ai pas payé)

Si le fait d'aimer se passe souvent de toute justification, le contraire en appelle généralement à des débats sans fin. Car pour certains fans hardcore, la critique de leur groupe favori équivaut à une attaque personnelle, une fatwa lancée contre leur bon goût. Alors balançons la bombe polémique tout de suite, histoire de mettre les choses au clair : je n'aime pas Indochine.

Voilà, c'est dit. J'ai bien conscience que cette assertion va faire bondir bien des jeunes filles en bas résille et ceintures cloutées. Les élitistes du rock vont quant à eux hausser les épaules d'un air las et me regarder défoncer une porte ouverte à grands coups de bélier… Le plaisir de la plume excuse bien des textes.

Coupons tout de suite l'herbe sous le pied à quelques lieux communs concernant les goûts et les couleurs, la tolérance envers le pékin moyen. On passera également sous silence les "Pourquoi tant de haine ?" lancés à grands renforts de trémolos bien-pensants, les arguments bancals stipulant que la longévité et le succès sont garants de qualité. Et par-dessus tout, on évitera les bons vieux poncifs hippies selon lesquels le respect et l'amour de son prochain passent par la validation inconditionnelle de tous ses dires. Car moi, les fans d'Indochine, je les respecte. Pour leur Foi inébranlable en quelque chose qui n'existe pas vraiment, mais qu'ils inventent jour après jour grâce à leur passion.

Car au fond, sur quoi repose l'empire indochinois ? Ebauchée au début des années 80, la formation des frangins Sirkis est en fait une pâle resucée franchouillarde des mortifères The Cure. Alors que ces derniers cartonnent à grands coups de khôl et d'excentricités capillaires, Nicola et Stéphane rêvent de les imiter. Un petit obstacle vient entraver ce beau projet cependant : Nicola admet ne savoir ni jouer ni chanter, bien qu'il ait tout de même le courage de monter sur scène. Qu'à cela ne tienne, les jeunes ambitieux bâtiront leur succès à la force de leur image. Mystérieux, volontiers glauque, le groupe mise tout sur une flopée de clichés capables d'émouvoir tout adolescent vulnérable émotionnellement : la mort c'est cool, le sexe dans les catacombes aussi, restons mômes c'est plus rassurant. Si dans un excès d'indulgence on pouvait encore pardonner au Peter Pan local de proférer de telles inanités à 22 ans, 26 ans plus tard, le malaise prédomine. En effet, quand un Nicola Sirkis version 2007 susurre "Est-ce que tu veux avoir du sexe avec moi ?" en exhibant son ventre blanchâtre à un parterre d'adolescentes surexcitées, on ne peut s'empêcher d'avoir envie d'appeler la sécurité. Mais que font donc les vigiles ?

Pourtant, par un amusant paradoxe, c'est encore quand le groupe est le plus con, qu'il s'auto caricature en se vautrant dans ses textes pseudo-baudelairiens (ah le spleen, quel fond de commerce inépuisable) et ses gimmicks simplistes, qu'il est le meilleur. Enfin, le plus drôle, comme le prouve un hilarant "Mao Boy" balancé à toute allure devant le docile public du Festival de la Foire aux Vins de Colmar. Malheureusement peu nostalgique, la setlist comptera tout de même un "Trois nuits par semaine" et un "Aventurier" capables de faire sautiller à reculons les plus récalcitrants. Quant au reste, à 48 ans, Nicola Sirkis n'y croit plus vraiment. Il chante les titres de ses 2 derniers albums, dont le très long "Alice & June", comme on va à l'usine, par réflexe et pour satisfaire les autres. Son public le soutient et s'amuse. Là réside sans doute le principal.

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par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Dimanche 19 août 2007

La Salle des Coffres, c'est l'endroit de Mulhouse à éviter si votre éthylotest reste désespérément sobre. Et même dans le cas contraire d'ailleurs. Pourtant, c'est précisément dans cette boîte à kékés qu'un de mes collègues posa sa patte gluante sur mon épaule avant d'asséner à mes oreilles brouillées un : "Quoi ??? Toi aussi, tu danses sur Mika ???". "Miquoi ?" hurlai-je, avant qu'un "Take it eaeaeaeeaeaeaeasy" hululé à plein volume n'achève définitivement mes frêles esgourdes.

 

Deux mois plus tard, ce concert du libanais sautillant présente pour moi des relents de gueule de bois. Oui, je sais. Des gens très bien ADORENT Mika. Le collègue d'un ami envisage une permanente pour "lui ressembler et tomber les filles" (sans être trop sûr du résultat toutefois), d'autres voient dans ses prestations le sceau d'un nouveau Freddy Mercury, mon stagiaire a passé des heures entières à me ruiner les tympans avec sa version a cappella de "Love today". Ma sœur elle-même se damnerait pour prendre ma place, là, dans ce théâtre de plein air complet à craquer. Pourtant, seule la curiosité me pousse à rester. Je voulais voir les Rakes avant lui, point barre. Mika est sympa, attachant, ses singles parfaits pour se détendre le Samedi soir, mais je m'attends à un show adulescent pour minettes NRJ. Ce concert va dépasser mes espérances les plus folles et une fois encore, je regrette d'être définitivement sortie de l'enfance, de ne pas passer mes Samedi soirs à chantonner des génériques de dessins animés 80's. Je regrette également de conchier Harry Potter, de ne pas affectionner les arpèges de synthé dégoulinantes. Parce que pour apprécier pleinement la totalité du concert de Mika, il faut vivre dans cet univers. Ou alors avoir moins de 16 ans et demi.

 

J'avoue ne jamais avoir vu cela. Une redingote pourvue d'une nageoire dorsale. Le temps pour notre star de s'en débarrasser et place au dynamique "Take it easy". La fosse hurle, saute. Au premier rang, quelques jeunettes tentent de peaufiner leur maquillage dans la cohue, des fois que leur idole les remarquerait. "Big girl", une pâle imitation du "Fat bottomed girls" de Queen,  suffit à fanatiser la foule, notamment quand surgit sur scène la cousine du chanteur, dotée d'un gabarit et d'une tenue en phase avec le contenu du titre. Pour l'instant, tout va bien, ce show démarre énergiquement et je ne peux m'empêcher de m'amuser.

 

Survient ensuite le drame. Après avoir manqué se vautrer d'un tabouret manifestement extralucide, notre palilalie des ondes s'installe auprès d'une chose qui est à un piano ce que la fraise tagada est à la gariguette sucrée à point. Décrire le son produit par ce machin relève tout simplement du bad trip. Disons simplement qu'un fichier MIDI de "l'aventurier" d'Indochine possède une finesse et un rendu supérieurs. Attablé devant les touches maudites, Mika accouche pour son public conquis d'une pelletée de ballades plus dégoulinantes les unes que les autres et révèle ainsi la nature véritable de son premier opus, "Life in cartoon motion", où un remplissage poussif enrobe quelques singles marrants. L'audience n'en a cure, néanmoins. "Billy Brown" voit quelques briquets et beaucoup de téléphones portables s'allumer dans une touchante communion, avant une couinarde reprise de "Sweet dreams", qui redore soudain le galon gothique de Marylin Manson, auteur avec plus de brio du même sacrilège. "I want you back" des Jackson 5 connaîtra le même sort, abâtardie par un groupe laborieux et des ultrasons vocaux dispensables. A l'aube du plus réussi "Love today", Mika place toute son énergie dans d'amusantes (et involontaires ?) imitations de ses idoles : il arpente la scène torse poil comme Freddy Mercury, adopte une posture christique chère à Jim Morrisson, tambourine avec l'enthousiasme d'un Johnny Clegg avant quelques déhanchements chers à tonton Iggy. Les lumières s'éteignent, le public hurle. Le rigolo "Grace Kelly" achève les gorges les plus résistantes. Mika présente ensuite son guitariste vêtu d'une chemise à fleurs, son bassiste discret, son claviériste invisible, "sa méchante batteuse", le tout dans un français impeccable. La petite troupe prend gaiement le chemin des coulisses.

 

Ils reviendront déguisés en poule, lapin, pélican et deux autres bébêtes du même genre. Une scène de fausse baston voit la "méchante lapine-batteuse" l'emporter sur ses camarades masculins. Mika la poule interprète ensuite "Lollipop" dans un lâcher de ballons et de confettis qui porte au mieux à gentiment sourire. Car un concert de Mika, c'est comme une boite de chocolats, mais on sait précisément sur quoi on va tomber. Sur des Quality Street, pas dégueus au demeurant, vendus dans tous les supermarchés et fabriqués pour plaire à tout le monde. Les amateurs de pralines de meilleure facture se rabattront avec modération sur I am from Barcelona.

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par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Vendredi 17 août 2007

Jouer devant salle comble ne signifie pas faire salle comble. Offerts en pâture à un (très jeune) public venu vriller les oreilles de Mika, programmé en 2è partie de soirée, les Rakes ne se sont pas laissés démonter par la relative mollesse de leur audience et ont proposé une mise en bouche bien plus savoureuse que la grande bouffe tant attendue…

 

Comme tant de groupes de rock britons, les Rakes ne séduiront sans doute jamais des masses françaises gavées à grands entonnoirs de foin FM, même si leur dynamique "Open book" – "la musique de la pub Canal Sat avec Zizou dedans" – leur a assuré un petit succès auprès des auditeurs avertis d'Europe 2. Cette brève percée dans les charts hexagonaux n'occulte pourtant l'implacable réalité : le quartet anglais est tout simplement trop anglais pour espérer plaire aux ennemis héréditaires. Et puis, il y a pire. Les Rakes, ce sont le genre de mecs que le spectateur lambda emmerdait au lycée parce qu'ils avaient toujours de bonnes notes, parce que leurs chemises étaient trop bien repassées, parce qu'ils portaient de grosses lunettes qui laissaient une trace rouge sur leurs nez d'intellectuels. Mais voila, les quatre intellos losers ont pris des guitares, répété, composé des hits post-punk aux allures de tuerie. Ils sont également devenus beaux et pleins d'une classe indicible. Tiens, ils peuvent même sortir avec des top-models si ça leur chante. Alors oui, c'est vrai que ça peut en énerver certains. Les bons élèves resteront toujours de bons élèves. Pas de bol pour les autres.

 

C'est donc une véritable leçon d'élégance rock'n'roll que les "râteaux" londoniens ont donné à un public colmarien plus que novice en la matière. Avec leurs dégaines de Playmobils trendys et leurs tenues adoubées par Heidi Slimane himself, le groupe ouvre la danse avec le bien nommé "We danced together", single phare de "Ten new messages", leur 2è album. Bien que décriés dans la presse pour leur mollesse avérée, les titres de ce nouvel opus prennent toute leur ampleur en live, notamment grâce à une batterie tribale aussi répétitive que diablement efficace. En quelques riffs assassins, le groupe assène ensuite un "Down with moonlight" froidement new-wave, avant qu'Alan Donohoe, le génialement remuant leader, ne se lance dans une chorégraphie d'automate pour un "When Tom Cruise cries" déchaîné. Cette débauche d'énergie finit tout de même par convaincre une fosse jusque là bien larvaire et quelques morceaux de l'explosif  "Capture/Release" des débuts en feront gigoter plus d'un, grâce à des lignes de basse bondissantes ("Terror!") et des refrains tout simplement imparables ("22 grand job", "Retreat"). Malgré quelques titres dispensables comme le fade "Binary love", le groupe prend un plaisir manifeste sur scène, multiplie les remerciements francophones, avant de conclure sous les vivas avec son fameux "Open book". Le rappel verra ensuite Alan Donohoe lancer le brûlot punk "Strasbourg" et administrer comme une claque un "Dann sind wir die Helden" rageur. Et oui, le 14 Aout 2007, les héros étaient bien en "première partie"…

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par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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