Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Vendredi 22 septembre 2006

HushPuppies – The Trap (2005)

 

Note album : 9/10

 

La nouvelle scène parisienne en défaille encore de jalousie. Malgré les lancinants efforts de Rock&Folk, prêt à sacrifier mensuellement une double page pour vanter leurs mérites, les Naast, Second Sex et autres clones avortés des Libertines se sont fait damer le pion par un quintette perpignanais capable d'enflammer là où les autres paradent. Beaux joueurs, Manœuvre et consorts prirent bien vite les HushPuppies sous leur aile relationnelle, conscients de tenir l'épine dorsale d'un rock français enfin valide. Comme quoi propagande et bon goût ne sont pas incompatibles.

 

"The trap". Totalement vide, cette piste baptise pourtant l'album. Un paradoxe entièrement justifié, tant ce premier opus évoque une chute vertigineuse, un basculement fulgurant vers un rock garage anglophone d'une authenticité jubilatoire. Aussitôt la touche play pressée, l'intensité instinctive du groupe saute à la gorge avec "1975", préambule idéal du rageur "Packt up like sardines in a crushtin box". Indéniablement, l'ombre de Graham Coxon plane sur "You're gonna say Yeah !", qu'on imagine sans peine repris en chœur par des rédacteurs du NME, persuadés de tenir enfin LE vrai phénomène britannique. Ensuite, place à une orgue suranné pour "Marthelot 'N' Clavecine", une demi-ballade à deux voix, construite sur le même schéma que le magnifique "Sorry so", achevé dans une accélération finale de toute beauté. Fort d'une variété rare, le quintette martèle un "Pale blue eyes" digne des Ramones avant de filer vers l'explicite "Bassautobahn", qui transporte en pleine nuit sur une autoroute rectiligne bordée de lampadaires blafards défilant à toute allure. Plus loin, les ennemis irréductibles de Lewis Carroll se laisseront séduire par un "Alice in wonderland" optimiste et urgent. Arrivé au 11è titre, la panne sèche de compliments menace, tout comme le risque de tomber dans la flatterie pompeuse. Disons simplement que "You and me" est la meilleure chanson du disque.

 

Puis vient cette fichue trappe. La première fois, je n'ai pas compris. J'ai désespérément augmenté le volume de ma chaîne, l'ai copieusement insultée, ai beuglé "Encore !" d'un ton suppliant. Rien à faire. 2 minutes 30 d'un vide poussé interrompu par le final "Automatic 6" et son chant de crooner.

 

La trappe se ferme encore. Définitivement, cette fois. Fin du spectacle. A quand le prochain ?

 

Classe : "You and me"

Crasse : "Comptine"

 

Super cadeau : la video de "You're gonna say yeah !". Ressemble un peu au clip de "Charmless man" de Blur…

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Jeudi 21 septembre 2006

Titre original: A year in the merde

 

 

Paul West est un winner. 27 ans, beau gosse, ce britannique ambitieux débarque à Paris la tête farcie de rêves. Embauché par l'entreprise française Viandiffusion, il a un objectif bien précis : ouvrir et développer une chaîne de salons de thé dans la plus pure tradition anglaise. Ses illusions ne survivront pas à la rencontre de ses collègues. Bernard le morse, Marc le confédéré, Stéphanie la rombière, tous ont en commun une formidable incompétence matinée d'une paresse indéfectible. Entre 2 dérapages sur des fientes canines, notre pauvre rejeton d'Albion se consacre également à son hobby favori, l'étude de la faune féminine locale. Là encore, la réussite n'est pas au rendez-vous. Méprises éthyliques, différences inconciliables, mantes religieuses, ses histoires d'amour se finissent invariablement mal. Mais d'autres ennuis plus sérieux l'attendent encore…

 

Journaliste britannique exilé depuis 10 ans en France, Stephen Clarke caricature les travers hexagonaux avec l'humour pince sans rire inhérent à sa nationalité. Les comparaisons hilarantes se succèdent, les conversations anglophones rendent pleinement la puissance désopilante d'un accent français ridiculisé. Partagé entre fou rire et gêne, le lecteur retrouve des parisiens arrogants à souhait, des secrétaires acariâtres, des garçons de café acariâtres (mais diaboliquement efficaces), des éboueurs en grève, des pharmaciens en grève, une RATP en grève… sans parler d'une administration oiseuse source de bien des vicissitudes. Biaisés à l'extrême, les personnages se disputent à coup de préjugés et l'auteur ne perd jamais une occasion de défendre sa mère patrie. Non la gastronomie anglaise n'est pas une zone minée, non les anglais ne soutiennent pas tous aveuglément les USA, contrairement aux croyances populaires d'une masse française toujours prompte à se perdre en verbiages politisés. Lucide, Stephen Clarke parvient à éviter l'écueil du pamphlet réducteur grâce à une autodérision salutaire. Car son héros n'est rien d'autre que le croisement douteux entre David Beckham et Hugh Grant. Intéressé, parfois franchement rustre, Paul West incarne une Angleterre oscillant entre repli insulaire et course au profit démesurée. Rien à voir avec le gentleman espéré par ses conquêtes.  Si les anglo-saxons ont abandonné leurs casques à pointes depuis le IXè siècle, leur rudesse perdure sous un vernis guindé.

 

  Originalement conçu comme un guide de survie à l'usage de britanniques perdus chez les fromages qui puent, "God save la France " rencontra un énorme succès, né du bouche à oreille.  Bien qu'achevé dans une longuette magouille socio-politique comme seuls nos élus savent en pondre, ce best-seller reflète parfaitement le fossé séparant les froggies des rosbifs. Les 20 km du Channel paraissent soudain bien longs.

 

par Alex la Baronne publié dans : Saines lectures
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Mercredi 20 septembre 2006

Chansons ensoleillées

 

Que reste-t-il de l'été ? Emmitouflée dans mon plaid à carreaux, le teckel coupe courant d'air impeccablement calé sous la porte*, je regarde le flamboyant automne roussir les forets alsaciennes**. Heureusement, quelques titres ensoleillés viennent à point pour réchauffer mes oreilles rougissantes.

 

1.      The Beatles – Here comes the sun (Abbey Road, 1969)

 

1969 sonne l'hallali pour les Fab Four. Rien ne va plus entre Paul Mc Cartney et John Lennon, empêtrés dans d'insolubles querelles de coq. De son côté, George Harrison compose une sublime ballade au titre prophétique : le soleil viendra pour lui et lui seul un an plus tard, lorsque parait son mythique album solo, "All things must pass".

 

2.      Oasis – Turn up the sun (Don't believe the truth, 2005)

 

Lorsque les frangins bourrins sortent "Don't believe the truth", plus personne ne croit en eux, pas même Léon, votre pote  artiste qui gagne sa vie en jouant "Wonderwall" dans le métro. Pourtant, cet opus apporte l'accalmie tant attendue dans un ciel discographique bouché depuis bientôt une décennie. Une heureuse surprise.

 

3.      Claude François – Le lundi au soleil (Le lundi au soleil, 1972 )

 

Composée par Patrick Juvet, helvète méchu le plus connu de l'univers, "Le lundi au soleil" permit à Claude François d'exprimer la pleine puissance de ses talents vocaux et discographiques. Nasillant et sautillant, l'homme au costume lamé argent livra un titre pyrogravé en lettres flamboyantes dans l'inconscient collectif français. La variété perdit un grand artiste en 1978. 28 ans après, les samedis soirs cathodiques ne s'en remettent toujours pas.

 

4.      Sunny – Bobby Hebb (Single, 1966)

 

"Sunny" se veut un message d'espoir. Ecrite par le chanteur soul Bobby Hebb après l'assassinat de son père, ce titre optimiste ne compte plus ses reprises. Cher, Ella Fitzgerald, James Brown, tous se sont laissé séduire. La version la plus fameuse n'en demeure pas moins celle de Boney M,, un classique mondial des soirées disco.

 

 

5.      Sunny afternoon – The Kinks (Face to face, 1966)

 

Sans doute le mythe 60's le plus méconnu en France. Déifiés au Royaume-Uni, cités en exemple par des générations entières de musiciens, des Who à Supergrass, les Kinks ne parvinrent jamais à s'exporter sous nos latitudes. Seul l'hédoniste"Sunny afternoon" sauta dans le ferry pour quelques minutes rêveuses en compagnie de Ray Davis, poète précurseur de la pop actuelle.

 

6.      Island in the sun – Weezer (Weezer, 2001)

 

Des choeurs 60's et un clip adorable propulsèrent les américains de Weezer sur le devant de la scène. Ce joli single sonne comme une pub pour les Knacki Herta : un retour aux choses simples aujourd'hui tristement dédaignées.

 

 

 

7.      U2 – Staring at the sun (Pop, 1997)

 

Après 4 ans d'absence, Bono - Mère Théresa – Florent Pagny nous revient avec "Pop",  un album disco – pop (justement…) assez original. Au grand désespoir de son compte en banque, le succès commercial boude ce disque pourtant bien meilleur que "Zooropa", son raté prédécesseur. "Staring at the sun" reste le single phare de cette période trouble aujourd'hui reniée en bloc par le groupe.

 

8.      Muse – Sunburn (Showbiz, 1999)

 

Morceau inaugural du superbe "Showbiz", "Sunburn" annonce clairement la couleur : Muse n'est pas un groupe comme les autres. Un piano classique, une voix hors du commun et des mélopées sombres feront tomber bien des fans. Certains ne se relèveront pas à l'écoute de "Black holes and revelations", dernier opus du groupe en date.

 

9.      The Libertines – Don't look back into the sun (EP, 2003)

 

Le vaisseau arcadien prend l'eau de toutes parts. Miné par ses addictions diverses, Pete Doherty se contente d'enregistrer ses quelques lignes de chant et laisse gracieusement Carl Barât se débrouiller pour le reste. Ce dernier achèvera le plus grand succès des Libertines avec "Don't look back into the sun", qui résonne comme un avertissement. Bien des rock stars se sont brûlé les rétines à contempler une gloire trop vite acquise.

 

10.  Black hole sun – Soundgarden (Superunknown, 1994)

Sorti peu après après le suicide de Kurt Cobain, le grunge "Black hole sun" frappe par ses paroles désillusionnées, au point d'avoir été censurée après les attentats du 11 Septembre. "Imagine" de John Lennon subira le même sort. Le temps était à la guerre, pas au doute et encore moins à la fraternité.

 

 

 

* Vous pouvez d'ores et déjà parier que le jour où cet article atterrira sur mon blog, il fera 28°C…

** OK, j'anticipe un peu…

 

Super cadeaux :

 

  • La vidéo d' "Island in the sun"  de Weezer pour les amis des bêtes…
  • La vidéo de "Black hole sun" de Soundgarden pour les nostalgiques du grunge. Une caricature assez cinglante des américains moyens…
  • La vidéo de "Sunny afternoon" des Kinks, visiblement tournée un matin d'hiver…
  • Et enfin, comme je n'ai pas pu m'en empêcher : la vidéo de "Don't look back into the sun" des Libertines. Pete et Carl volent leur propre disque sous le regard désolé de leurs compères…  
par Alex la Baronne publié dans : Chansons à thème
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Mardi 19 septembre 2006

Note EP : 7,5/10

 

Les Arctic Monkeys ont décidément l'ironie facile. Après "Whatever people say I am, that's what I'm not", 1er album au titre ô combien révélateur, les gamins de Sheffield reviennent avec un EP intitulé "Who the fuck are Arctic Monkeys ? "Une question qu'à première vue personne ne risque de se poser tant le groupe fait les choux gras de la presse musicale. Et pourtant, le mystère demeure. Comment un quatuor aussi hostile à l'industrie du disque a-t-il pu battre tous les records de vente ? Car malgré leur refus récurrent de se produire à la télévision et leur mépris ostensible des A&R men, cette caste britannique chargée de recruter les jeunes talents musicaux, les Monkeys ont imposé leur style désordonné avec un naturel désarmant. Sans doute la clef de cette fulgurante réussite.

 

Sorti en Avril 2006, cet EP honore dignement le quatrième extrait du déjà mythifié "Whatever people say I am, that's what I'm not", "The view from the afternoon". Dans la plus pure tradition arctique, le rageur "Cigarette smoker Fiona"et ses accords martelés viennent ensuite, ne profilant nullement la surprise imminente. Les derniers accords de ce morceau crachés, une guitare alanguie retentit pour une pause bien méritée. Alex Turner se fait crooner durant "Despair in the lounge", une agréable ballade. "No buses" poursuit dans la même voie apaisée, quelques tonalités jazz en plus. Plus subtiles, ces deux compositions dévoilent une maturité naissante, une interprétation mieux maîtrisée, même si la voix d'Alex Turner se prête assez mal à ces calmes exercices. Enfin, tels des pitbulls lâchés d'un chenil exigu, les garçons retrouvent tout leur mordant pendant le final "Who the fuck are Arctic Monkeys ?", qui rappelle indéniablement leur premier single, "Fake tales from San Francisco".

 

D'une continuité évolutive plaisante, cet EP fera honorablement poireauter les fans les plus zélés du groupe. Seul bémol : un artwork d'une laideur patentée. Sur le disque, un jeune homme aux allures de crevette maladive fixe d'un œil torve le futur auditeur. Les plus optimistes souligneront un progrès notable par rapport au tabagique invétéré garnissant la devanture de leur premier album.

 

Classe : "Who the fuck are Arctic Monkeys ?"

Crasse : "No buses"

 

Autres chroniques concernant les Arctic Monkeys sur ce blog :

 

·         Arctic Monkeys – Whatever people say I am, that's what I'm not

 

·         Concert des Arctic Monkeys, Eurockéennes de Belfort.

 

Super cadeau :

 

par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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Lundi 18 septembre 2006

           "Ne vous approchez surtout pas de Parva". Leeds vient d'élire ses nouvelles brebis galeuses. Impitoyablement, la ville s'acharne sur ce groupe garage miteux, auquel une maison de disque a fait miroiter un contrat pour finalement se rétracter l'avant-veille de sa signature. Ils sont 5. 5 émules ratés des Strokes, 5 garçons cantonnés aux jobs de seconde zone. Las des moqueries concernant leur "putain de vie", le quintette entame une remise en question salutaire et enterre sans regret Parva, cygne noir tombé sous les coups de becs. Place aux Kaiser Chiefs, dont le nom rend hommage à une équipe de football sud-africaine. Leur dépréciation sera leur force. N'ayant rien à perdre, le groupe ressuscite Blur et sa britpop pétillante, non sans se départir d'un humour encore trop rare dans le rock. La success story démarre enfin.

 

Totalement sous le charme, Seamus Craic brosse un portrait attachant de ces purs produits de l'Angleterre minière, à la fois naïfs et retors. Car si les Kaiser Chiefs ne partent jamais en tournée sans leurs peluches, leur vision de l'industrie musicale laisse entrevoir le cynisme revanchard d'un groupe méprisé trop longtemps.  Mené par le funambule psychique Ricky Wilson, souvent à la limite de la rupture durant des concerts d'une explosivité sidérante, le quintette séduira le Royaume-Uni tout entier et se permettra même de sauver d'un échec complet le show américain du live 8. Une myriade de photos illustre le parcours de ces trublions atypiques, à 10 000 lieues de la sophistication ambiante. Le lecteur y découvre des jeunes gens modestes, amusants et terriblement humains, comme le prouvent les angoisses d'un leader invariablement malade de trouille avant des prestations pleines d'une confiance refoulée. "Employment", 1er album aux allures de conte quotidien hilarant, constitue le tremplin idéal à ces performances inoubliables avec ses textes candides loués par le producteur Stephen Street, connu pour ses collaborations passées avec Blur. Un passage de témoin maintes fois évoqué dans cet ouvrage où l'auteur décrypte admirativement les paroles des plus grands tubes des Chiefs, d' "I predict a riot" au fabuleux "Oh my God", que le NME envisagea d'élire deux semaines de suite "chanson de la semaine". Ce succès phénoménal – 1 000 000 d'albums vendus – engendre  évidemment bien des grincements de dents. Accusés d'avoir honteusement profité de leur passage au live 8 pour se faire connaître, le groupe devient également la cible de ses pairs. Arctic Monkeys, The Kooks et bien entendu Liam la vipère, tous auront un mot dur contre les Chiefs, une formation soi-disant "sans âme". Indifférents à ces critiques injustifiées, ces derniers ne cessent de louer les autres groupes du moment et apprécient sans arrière pensée leur bonheur tout neuf. Parfois trop emphatique pour être honnête, Seamus Craic défend ses protégés avec un acharnement proche de la mauvaise foi, démolissant par principe tous leur rivaux, Franz Ferdinand en tête.  Décrit comme de froids poseurs surfaits, les 4 écossais ont toutefois la chance de voir leur leader Alex Kapranos cité en quatrième de couverture pour avoir décrit les Kaiser Chiefs comme des "génies". Un compliment que les 5 garçons de Leeds ne manqueront pas d'apprécier à sa juste valeur.

Sincère, souvent amusante, cette biographie succincte retrace fidèlement le parcours d'un groupe encore trop méconnu en France. L'enthousiasme de Seamus Craic pourrait bien d'avérer contagieux.

Autre chronique concernant les Kaiser Chiefs sur ce blog :

Super cadeau :

par Alex la Baronne publié dans : Saines lectures
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