Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Dimanche 8 octobre 2006

Pigeon,

Oiseau à la grise robe

Dans l'enfer des villes,

Toujours à moi tu te dérobes,

Tu es vraiment le plus agile.

Benoît Poolevoerde, C'est arrivé près de chez vous

Si le rat des airs ne frappe pas par sa grâce, il en conserve néanmoins le privilège des cieux. Cloué au sol, le compositeur frustré transfigure souvent son ressentiment dans des mélopées aériennes. Symbole de pureté, d'évasion, l'oiseau se laisse alors emprisonner quelques minutes dans une cage de résonance…

  1. Michel Fugain – Fais comme l'oiseau (Fugain et le Big Bazar, 1972) 

Le Big Bazar fait salle comble. Engoncé dans une combinaison jaune canari, Michel Fugain serine "Fais comme l'oiseau" à qui veut l'entendre pépier d'optimisme. Plus jovial qu'une fanfare de village, le moustachu tressautant livre un air d'une niaiserie patentée, révélateur d'un esprit beatnik franchouillard totalement has been aujourd'hui. Toujours en phase avec son époque, Michel chante "Chaque jour de plus est un jour de trop" en 1997 . Ce n'est pas drôle de vieillir.

  1. Guillemots – Redwings (Through the windowpane, 2006)

A nom de manchot chanson impériale. Les pingouins britanniques signent avec "Redwings" un coup de maître, un air beau comme le générique de fin d'un film culte. La rencontre entre pop et jazz a encore beaucoup à apporter.

 

  1. Wolfmother – Where eagles have been (Wolfmother, 2006)

Le king des oiseaux se retrouve une fois encore dans un carcan métallique. Véritable clone sonore de Led Zeppelin, Wolfmother part à dos d'aigle dans une contrée sauvage où le riff est aussi brut qu'en 1977. La machine à remonter le temps n'a pas fini d'alimenter la machine à sous.

  1. Barbara – L'aigle noir (1970)

Une confrontation bien étrange. La dame sombre de la chanson française rencontre son alter ego volant. Enigmatique, insaisissable, royal, "L'aigle noir" ressemble comme 2 plumes d'oies à son interprête. 35 ans plus tard, le mystère reste entier.

 

  1. R Kelly – I believe I can fly (Single, 1996)

 

Le mécène du R&B voit les choses en grand. Des grues à la pelle et le compte en banque de Picsou ne lui suffisent plus : R Kelly veut voler. Une symphonie aussi indigeste qu'un munster pané illustre ce rêve somme toute bien banal.

 

  1. The Divine Comedy – Come home Billy Bird (Absent friends, 2004)

 

Pauvre Bily Bird. Cet éminent homme d'affaire ne supporte plus les implacables boeings  qui le mènent d'un rendez-vous professionnel à l'autre, toujours plus loin de sa famille. Mu par une impulsion soudaine, notre héros quitte cette vie insipide pour assister au match de football de son fils. En parfait troubadour pop, Neil Hannon nous conte un retour au pays mouvementé, parfaitement magnifié par les violons légers si chers à la Divine Comedy.

 

  1. Dionysos – Coiffeur d'oiseaux (Western sous la neige, 2003)

Toujours aussi pété de la coiffe, le quintette déjanté inflige aux volatiles un traitement à faire dresser d'effroi les ergots de Brigitte Bardot. Ainsi, "Coiffeurs d'oiseaux" met en scène une jeune fille au sens artistique discutable, tailladant allègrement les ailes de pauvres piafs. "No more haircuts for the birds…" chantonne Mathias Malzieu. Il ne manquerait plus que ça !

  1. The Smashing Pumpkins - Bullet with butterfly wings (Melon Collie and the infinite sadness, 1995)

Très inspirés sur ce coup là, les Smashing Pumpkins laissent éclater "Bullet with butterfly wings", un projectile grunge aussi glauque que fulgurant écrit en hommage à Kurt Cobain. La réunification prochaine du groupe s'annonce sous pression.

 

  1. Ringo – Qui est ce grand corbeau noir ? (Single, 1979)

 

Le genre de truc à vous faire enterrer votre carte d'identité. Roi incontesté de la reprise francophone merdique, Monsieur Sheila avait pourtant pléthore de concurrents sérieux, du "Sous-marin vert" des Compagnons de la chanson au "Je survivrai" d'une Régine tabagique au dernier degré. Et pourtant. Ringo l'épouvantail lance l'estocade finale sur une chanson hexagonale extrêmement fertile en navets. A pleurer de rire ou à pleurer tout court, selon l'humeur. 

  1. Ramones – Surfin' bird (Rocket to Russia, 1977)

Initialement employé dans les 60's pour désigner les impertinentes fashionistas londoniennes, "bird" désigne à présent une nana dans l'argot britannique. Les 4 punks rendent ici hommage à cette époque avec leur reprise de "Surfin' bird", une chanson des Trashmen sortie initialement en 1963.

Super cadeaux :

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Mercredi 20 septembre 2006

Chansons ensoleillées

 

Que reste-t-il de l'été ? Emmitouflée dans mon plaid à carreaux, le teckel coupe courant d'air impeccablement calé sous la porte*, je regarde le flamboyant automne roussir les forets alsaciennes**. Heureusement, quelques titres ensoleillés viennent à point pour réchauffer mes oreilles rougissantes.

 

1.      The Beatles – Here comes the sun (Abbey Road, 1969)

 

1969 sonne l'hallali pour les Fab Four. Rien ne va plus entre Paul Mc Cartney et John Lennon, empêtrés dans d'insolubles querelles de coq. De son côté, George Harrison compose une sublime ballade au titre prophétique : le soleil viendra pour lui et lui seul un an plus tard, lorsque parait son mythique album solo, "All things must pass".

 

2.      Oasis – Turn up the sun (Don't believe the truth, 2005)

 

Lorsque les frangins bourrins sortent "Don't believe the truth", plus personne ne croit en eux, pas même Léon, votre pote  artiste qui gagne sa vie en jouant "Wonderwall" dans le métro. Pourtant, cet opus apporte l'accalmie tant attendue dans un ciel discographique bouché depuis bientôt une décennie. Une heureuse surprise.

 

3.      Claude François – Le lundi au soleil (Le lundi au soleil, 1972 )

 

Composée par Patrick Juvet, helvète méchu le plus connu de l'univers, "Le lundi au soleil" permit à Claude François d'exprimer la pleine puissance de ses talents vocaux et discographiques. Nasillant et sautillant, l'homme au costume lamé argent livra un titre pyrogravé en lettres flamboyantes dans l'inconscient collectif français. La variété perdit un grand artiste en 1978. 28 ans après, les samedis soirs cathodiques ne s'en remettent toujours pas.

 

4.      Sunny – Bobby Hebb (Single, 1966)

 

"Sunny" se veut un message d'espoir. Ecrite par le chanteur soul Bobby Hebb après l'assassinat de son père, ce titre optimiste ne compte plus ses reprises. Cher, Ella Fitzgerald, James Brown, tous se sont laissé séduire. La version la plus fameuse n'en demeure pas moins celle de Boney M,, un classique mondial des soirées disco.

 

 

5.      Sunny afternoon – The Kinks (Face to face, 1966)

 

Sans doute le mythe 60's le plus méconnu en France. Déifiés au Royaume-Uni, cités en exemple par des générations entières de musiciens, des Who à Supergrass, les Kinks ne parvinrent jamais à s'exporter sous nos latitudes. Seul l'hédoniste"Sunny afternoon" sauta dans le ferry pour quelques minutes rêveuses en compagnie de Ray Davis, poète précurseur de la pop actuelle.

 

6.      Island in the sun – Weezer (Weezer, 2001)

 

Des choeurs 60's et un clip adorable propulsèrent les américains de Weezer sur le devant de la scène. Ce joli single sonne comme une pub pour les Knacki Herta : un retour aux choses simples aujourd'hui tristement dédaignées.

 

 

 

7.      U2 – Staring at the sun (Pop, 1997)

 

Après 4 ans d'absence, Bono - Mère Théresa – Florent Pagny nous revient avec "Pop",  un album disco – pop (justement…) assez original. Au grand désespoir de son compte en banque, le succès commercial boude ce disque pourtant bien meilleur que "Zooropa", son raté prédécesseur. "Staring at the sun" reste le single phare de cette période trouble aujourd'hui reniée en bloc par le groupe.

 

8.      Muse – Sunburn (Showbiz, 1999)

 

Morceau inaugural du superbe "Showbiz", "Sunburn" annonce clairement la couleur : Muse n'est pas un groupe comme les autres. Un piano classique, une voix hors du commun et des mélopées sombres feront tomber bien des fans. Certains ne se relèveront pas à l'écoute de "Black holes and revelations", dernier opus du groupe en date.

 

9.      The Libertines – Don't look back into the sun (EP, 2003)

 

Le vaisseau arcadien prend l'eau de toutes parts. Miné par ses addictions diverses, Pete Doherty se contente d'enregistrer ses quelques lignes de chant et laisse gracieusement Carl Barât se débrouiller pour le reste. Ce dernier achèvera le plus grand succès des Libertines avec "Don't look back into the sun", qui résonne comme un avertissement. Bien des rock stars se sont brûlé les rétines à contempler une gloire trop vite acquise.

 

10.  Black hole sun – Soundgarden (Superunknown, 1994)

Sorti peu après après le suicide de Kurt Cobain, le grunge "Black hole sun" frappe par ses paroles désillusionnées, au point d'avoir été censurée après les attentats du 11 Septembre. "Imagine" de John Lennon subira le même sort. Le temps était à la guerre, pas au doute et encore moins à la fraternité.

 

 

 

* Vous pouvez d'ores et déjà parier que le jour où cet article atterrira sur mon blog, il fera 28°C…

** OK, j'anticipe un peu…

 

Super cadeaux :

 

  • La vidéo d' "Island in the sun"  de Weezer pour les amis des bêtes…
  • La vidéo de "Black hole sun" de Soundgarden pour les nostalgiques du grunge. Une caricature assez cinglante des américains moyens…
  • La vidéo de "Sunny afternoon" des Kinks, visiblement tournée un matin d'hiver…
  • Et enfin, comme je n'ai pas pu m'en empêcher : la vidéo de "Don't look back into the sun" des Libertines. Pete et Carl volent leur propre disque sous le regard désolé de leurs compères…  
par Alex la Baronne publié dans : Chansons à thème
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Vendredi 8 septembre 2006

Vendredi 25 Août. La porte claque derrière moi. Ce stage ennuyeux s'achève enfin. Je m'en vais. Ruptures, bourlingages, expulsions en bonne et due forme… la fuite reste un vivier d'inspiration musicale récurrent, que l'on soit cador de la variétoche ou caïd du binaire. Voici quelques titres évoquant la quille, le large, la belle, la malle et toutes leurs consoeurs d'évasion.

 

1.      Placebo – Song to say goodbye (Meds, 2006)

 

Malgré une amabilité inversement proportionnelle à son égo, Brian Molko achève avec ce titre des adieux plutôt émouvants. Peut-être ce vibrant message s'adresse-t-il à ses fans des bons vieux jours, un peu surpris par la tournure commerciale des évènements.  Les groupes évoluent, leur public également. Pas toujours dans la même direction néanmoins.

 

2.      Cali – Je m'en vais (Menteur, 2006)

 

Le succès franchouillard n'emprunte pas toujours les sentiers balisés de la Star Academy. Bruno Caliciuri, alias Cali, en a fait la longue expérience. 15 ans de foires au boudin, de mégères despotiques, de matches de rugby perdus et soudain, pof, la gloire. De là à balancer à la France entière ses mélos revanchards, il n'y a qu'un pas que le larmoyant Catalan a aisément franchi. Après l'opération séduction d' "Amour parfait", 1er album épris et désabusé, l'homme révèle sa vraie nature avec le plus honnête "Menteur", sorti en 2005. "Tu étais presque belle, j'étais pas loin d'être fidèle", chante-t-il sur "Je m'en vais". Comme dirait ma mère : "Tu t'es regardé dans la glace, eh, macho !"

 

3.      Archive – Get out (Noise, 2004)

 

Sur "Noise", 5è album du duo électro-trip-hop-pop-rock, les pistes se suivent et se ressemblent. "Fuck U", "Waste", "Get out", les insultes et la vaisselle volent bas. Pas étonnant que Craig Walker, chanteur intérimaire alors membre du groupe, se soit excusé auprès de sa maman pour les multiples jurons proférés durant ces 55 minutes rageuses.

 

4.      The Dandy Warhols – Get off

 

Partir ou mourir. "Get off" illustre parfaitement ce besoin viscéral de changement, cette évasion idéaliste. Sur un rythme enlevé, Courtney Taylor et sa bande nous emmènent dans une contrée magique où le stetson est plus blanc qu'ailleurs. 3 minutes folk au cœur d'un songe enchanteur.

 

5.      James Blunt – Goodbye my lover

 

Après le pleurnichard "You're beautiful", James le troufion balance sa nouvelle grenade lacrymogène dans votre salon. Autant dire que si la moindre once de cynisme s'est infiltrée dans votre petit cœur, vous risquerez l'apoplexie devant "Goodbye my lover", ode à l'amour im omnipotent. Car le Blunt a le chagrin sonore. Bobonne s'est barrée ? Il épanche mondialement sa peine et récolte en lot de consolation un top model tchèque. Le mythe du pauvre chéri délaissé a encore de beaux jours à vivre.

 6.      The Libertines – I get along

 

 

"Carlos y los Libertines" ont frappé fort avec leur second single. Emportée par un tourbillon de guitares crades, une génération paumée découvre avec stupéfaction ses nouvelles idoles désinvoltes.  "I get along, just singing my song, people tell me I'm wrong… Fuck them." Rien à ajouter.

 

7.      Raphael – Ne partons pas fachés

 

Le gentil Raphael a su séduire l'hexagone entier grâce à son visage angélique et ses mélopées discrètes. Toutefois, après 18 passages radios quotidiens, la lobotomie menace. Notre troubadour pourrait prendre quelques vacances à Schengen dans sa caravane, histoire de se renouveler un peu. Nous ne serons pas fâchés, promis. Et surtout s’il croise Jean-Louis Aubert sur la route, qu’il le dépose ailleurs dans un autre monde.

 

8.      Franz Ferdinand – Walk away

 

Du Franz Ferdinand tout craché. "Walk away" ou comment se débarrasser élégamment d’une prétendante gênante. Armé d’une guitare et soutenu par des choeurs ironico – romantiques, Alex Kapranos évoque sa lassitude dans un premier couplet explicite ("I love the sound of you walking away"). Ensuite, place à la version toute en nuances d’une belle en plein désarroi. Courage. Séparation n’est pas rupture.

 

9.      Radiohead – Exit music (for a film)

 

Cette chanson est belle. Très belle, même. Malheureusement, quelque soit votre état d’esprit, "Exit music (for a film)" s’immiscera dans vos failles les plus infimes et les ampliefiera. Vous êtes de bonne humeur ? Ces 4 minutes vous déprimeront. Vous êtes déprimé ? La fenêtre vous semblera soudain bien proche. Bref, ce titre porte bien son nom : il fait fuir en un temps record les pires rats de cinéma.

 

10.  The Beatles – Get back

 

New York ou Guéret ? Qu’importe votre ville natale, vous aspirerez toujours à y revenir, consciemment ou non. Paul Mc Cartney s’engouffre ici dans cette brèche originelle et livre un superbe rock dynamique. "Get back to where you once belonged”. Avec joie, sir !

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par Alex la Baronne publié dans : Chansons à thème
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