Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Lundi 24 juillet 2006

Note album : 10/10

L'album blanc ou comment le ver entra dans le fruit. En Mai 1968, John Lennon passe la porte d'Abbey Road, les cheveux longs et la chemise fleurie au vent. Il n'est pas seul. L'artiste américano-nipponne Yoko Ono, sa nouvelle compagne, le suit de près. Cette présence envahissante pèse naturellement sur les nerfs des autres membres du groupe, habitués à travailler dans l'isolement total. Très vite, la belle amitié des Fab Four vole en éclats. Crêpages de chignon entre Lennon et Mc Cartney, importance grandissante d'un George Harrison trop longtemps mésestimé, c'en est trop pour l'humble Ringo Starr : épuisé par cette émulation malsaine, le batteur s'exile 2 semaines dans son Octopus Garden. Plus triste encore, les séances d'enregistrement sont réparties dans plusieurs studios différents afin d'éviter un clash irrémédiable. La communication n'en demeure pas moins malaisée et aucun n'a son mot à dire concernant les productions de ses ex amis.

Toujours est-il que cette ambiance, pareille aux meilleurs moments d'amitié entre Kennedy et Khroutchev, galvanise la créativité des 4 garçons dans le vent. La belle cohésion des débuts disparue, chacun va donner libre cours à son inspiration pour finalement forger un véritable mythe. Forts de leurs 30 titres composés en Inde pendant une quête transcendantale, les Beatles parviennent encore une fois à surprendre avec ce double album, qui allie plaisamment qualité et quantité. En effet, cet opus visionnaire excelle dans tous les genres, de l'amusant reggae "Ob-La-Di Ob-La-Da" à "Back in the USSR", où des chœurs "Beach Boysesques" rencontrent le rock n'roll cher à Chuck Berry pour une parodie de son titre "Back in the USA". Mieux, les 2 leaders inversent par moments leurs rôles habituels et bousculent ainsi un public féru de repères. Le troubadour Paul Mc Cartney nous gratifie d'une incursion heavy rock avec "Helter skelter" tandis que John Lennon, d'ordinaire plus agité, signe plusieurs ballades très réussies telles "Dear Prudence" et "Julia", vibrant hommage à la mère du chanteur. Bien entendu, on retrouve tout au long de cette heure et demie l'engagement pacifiste ("Revolution 1") et les jeux de mots délicats propres à l'œuvre des Beatles, notamment avec les nombreuses autoréférences de "Glass onion".

 

Critiqué par beaucoup pour sa longueur, l'album blanc permet à tous de s'exprimer. Jusque là étouffé sous les imposantes personnalités de ses petits camarades, le discret George Harrison invite son ami Eric Clapton sur le superbe "While my guitar gently weeps" pour des solos de guitare grandioses. Une véritable révélation pour le grand public. Quant à Ringo Starr, il propose sa première composition avec le basique "Don't pass me by".

Véritable vivier de la musique moderne, "The Beatles" peut se targuer d'avoir inspiré plusieurs livres contant sa genèse mouvementée. "Un disque de trop" clama la presse en 1968. Presque 40 ans plus tard, on se demande toujours lequel.

Classe : "While my guitar gently weeps "

Crasse : "Revolution 9"

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  • "While my guitar gently weeps". Une prestation exceptionnelle réunissant  George Harrison, Ringo Starr, Eric Clapton, Phil Collins, Elton John et Jeff Lyne.
par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Vendredi 21 juillet 2006

Note album : 8,5/10

Extrait d'une critique de "12 memories" (www.allmusic.com) : "Si vous espériez qu'ils (Travis) allaient se rapprocher de Coldplay avec cet album, vous vous êtes trompés d'endroit."

Apparemment, l'univers impitoyable de la pop exige une capitulation sans conditions. Ressembler aux kings du genre ou mourir. Etouffés sous une avalanche de clônes lénifiants, Francis Healy et sa bande parviennent pourtant joliment à nous réconcilier avec la petite sœur du rock. Comme Coldplay, Travis se rebelle autant qu'un panel de sénateurs UMP. Comme Coldplay, Travis préfère la douce tristesse aux guitares agressives. Mais contrairement à Coldplay, le charme opère. Les 4 écossais nous proposent avec "12 memories" une pléiade de morceaux subtils et reposants, même si certains s'ennuieront vite avec ce groupe pour le moins discret. Les belles affres sentimentales de l'artiste fécond ("Midlife krisis", "Quicksand")constituent le thème principal d'un disque heureusement pimenté par quelques rafraîchissantes bulles d'optimisme ("Love will come through", "Peace the fuck out"). Dans la lignée limpide du planétaire "Sing", les envoûtants "Re-offender" et "Paperclips" méritent une mention spéciale pour leur harmonie mélancolique.

Après le tragique accident qui manqua laisser le batteur de la formation paralysé, cet opus semblait condamné à ne jamais exister. Par chance, le destin en décida autrement et un 5è album est même attendu pour la fin de l'année. Souhaitons lui la même valeur que son précédent.

Classe : " Paperclips"

Crasse : "The beautiful occupation"

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par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Jeudi 20 juillet 2006

Note album : 8/10

Décrire Muse revient souvent à sortir du placard des adjectifs désuets. En effet, "Origin of symmetry" rappelle moins le rock déchaîné des Libertines qu'une pièce néo-romantique, avec ses solos de piano envoûtants ("New Born") et son orgue un chouia pompeux ("Megalomania"). Un véritable retour au début du XXè siècle, grâce à une voix cristalline taillée pour l'opéra. Ce voyage sur les traces de Rachmaninov a de quoi déstabiliser l'auditeur moderne, habitué à une éternelle résurgence des Beatles. Heureusement, de fabuleux passages à 6 cordes électriques ("Plug in baby", "Hyper music") le rassureront : dans sa grande mansuétude, le trio a préféré la guitare au clavecin et à la harpe. Pour cette fois.

En nette rupture instrumentale avec le très rock "Showbiz", ce 2è opus s'inscrit toutefois dans la lignée de ses textes torturés et mélancoliques. Contrairement au pékin de base, le chanteur Matthew Bellamy ne se contente pas d'une petite vie peinarde avec deux gosses, un labrador et une Renault Modus. Sinon, comment trouverait-il l'inspiration source du cacophonique et effrayant "Space Dementia" ? Notre homme trahit dans le superbe "Citizen erased", se rebelle au cours du poignant "Plug in baby", tout cela pour finir encore une fois écartelé entre 2 personnalités antagonistes("Megalomania").

Ce dernier titre illustre parfaitement une dualité déjà éprouvée : la frontière entre l'alambiqué et le sophistiqué, l’original et le fou, le grandiose et le grandiloquent, est bien plus mince qu'on ne le croit. Cet album penche plus souvent du bon côté, porté par le talent excentrique de son principal créateur.

Classe : "Plug in baby"

Crasse : "Space dementia"

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par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Mercredi 19 juillet 2006

Note album : 9,5/10

La Suisse, ce n'est pas très rock n' roll". Stéphane Eicher, célèbre ambassadeur musical helvète, vous aura aimablement prévenu. Pourtant, le pays natal de la vache Milka a bien involontairement contribué à l'éclosion des Strokes, plus amateurs de grosses guitares que de cloches alpestres.

Au milieu des années 90, Julian Casablancas coule des jours troubles de sale gosse dans un pensionnat romand. Il en gardera un très mauvais souvenir, exceptée sa rencontre avec son futur guitariste Albert Hammond Jr., lui aussi New Yorkais. Une fois revenus dans la grosse pomme, les garçons fondent les Strokes. 3 amis de Julian les accompagnent : le second guitariste chevelu Nick Valensi, Nikolaï Fraiture, discret bassiste, ainsi que Fabrizio Moretti, batteur aux multiples conquêtes. A bord d'un van, le quintette écume la côte nord-est des Etats-Unis, évoluant chaque soir devant un public aussi rare qu'un grand tétras en pleine mégapole. Le producteur Gordon Raphael, venu en réalité assister à un autre concert, les repère puis  leur fait enregistrer un EP "The modern age". "Is this it" suivra quelques mois plus tard, en Août 2001.

Immédiatement, le groupe est propulsé sur le devant de la scène avec le polémique "New York City Cops", censuré par le gouvernement américain après les attaques terroristes du 11 Septembre. Cette publicité gratuite engendre l'enthousiasme d'un public séduit par l'interdit. Le monde entier se prosterne devant les nouveaux messies underground, de Miss Moss aux adolescents boutonneux, que le look décontracté des 5 Américains fascine. Les Converse et autres lunettes Pilote fleurissent dans les rues, des groupes de rock éclosent un peu partout, favorisés par la résurrection inespérée du genre musical. Cette terrible pression populaire dépasse bien vite le leader Julian Casablancas, dont les incartades se multiplient au fil d'une triomphale tournée planétaire. Il mettra finalement 4 ans à apprivoiser son inconfortable célébrité.

Provoquant par sa pochette, remplacée aux USA (nouvelle pochette ci-contre) en raison d'un puritanisme héréditaire,  "Is this it" renoue habilement avec le rock des 70's, une touche de grunge en plus. Mieux, les Strokes se démarquent de toutes ces références grâce à un son saturé unique et des textes nonchalants. Dans une ambiance très électrique, les solos de guitare addictifs abondent ("Alone together", "Barely legal"), soulignés d'une basse épatante. Cet opus charme également avec son chant rauque et désabusé ("Is this it"), qui galvanise une succession d'airs intenses, tels les explosifs "Take it or leave it" et "Last nite". Esseulé dans l'œil du cyclone, le plus calme "Trying my luck" apporte une émouvante réplique aux détracteurs d'une formation souvent décrite comme pourrie par les dollars. Une réputation  malgré tout tenace.

Haïs ou adulés dès leurs débuts, les Strokes ne laissent personne indifférent. "Is this it" contribue amplement à leur charisme, avec ses 11 morceaux à la qualité rarement égalée.

Classe : "Take it or leave it"

Crasse : “ Hard to explain"

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Mercredi 19 juillet 2006

Note album : 8/10


"Nous voulons être importants et durer"

"Je ne connais pas Shed Seven. Si leur son et le nôtre étaient vraiment similaires, ils auraient sûrement vendu 3 millions d'albums et je saurais alors de qui il s'agit."

"Je n'ai pas réussi parce que je suis beau mais cela m'a aidé" 

 

Philippe Candeloro ? Non, Brandon Flowers. En plus de livrer en pâture sa suffisance, le leader des Killers pérore volontiers sur son statut de modèle et va même jusqu'à accuser de plagiat le groupe The Bravery.  Toutes ces simagrées laissent songeur, surtout après un seul album, décliné toutefois en édition normale, limitée, super limitée, remixée et rééditée. Cette subtile stratégie marketing – fourguer 5 fois la même chose, mais en différent -  a porté ses fruits : 5 000 000 de copies écoulées. Une réussite totale pour les 4 américains, auteurs d'un opus indie capable de faire enrager leurs cousins britanniques pourtant experts en la matière. Capable même d'interpeller leurs idoles de U2, pour qui ils ont assuré des premières parties de concert.


Malgré quelques relents synthétiques entêtants, les bons moments foisonnent avec ces 13 titres, du solennel "Andy, you're a star" aux chœurs incongrus d'"All these things that I've done". Concernant les sautillants singles "Mr Brightside" et "Somebody told me", ne cherchez pas à leur échapper.  Ils vous suivront agréablement jusqu'en Corrèze profonde, où vos petits cousins les gazouillent à l'envi, un pot de Nutella* à la main. Bien sûr, le chant parfois un peu monocorde peut lasser ("Jenny was a friend of mine", "Believe me Natalie"), mais "Hot Fuss" n'en constitue pas moins un hors d'œuvre très convenable avant la sortie prochaine de son petit frère, déjà estampillé "meilleur album rock des 20 dernières années" par son principal créateur. Merci Brandon. Le temps de tailler un crayon et j'arrive.


* "Mr Brightside" accompagne la publicité pour ce produit.


Classe : "Somebody told me"

Crasse : "Jenny was a friend of mine"

Autre chronique concernant les Killers sur ce blog :

      The Killers - Sam's town


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