Note album : 8/10
Premier single des Manic Street Preachers à avoir atteint le sommet du Top 40 anglais, "If you tolerate this your children will be next" arbore la seule constante de ce trio en perpétuelle métamorphose : un engagement socialiste indéfectible qui les emmena se produire à Cuba en 2001, fait inédit pour des rockers. Ce triomphe international – l'imposant Fidel Castro lui-même se déclara impressionné – surprend au vu de leurs débuts chaotiques.
Définie en 1988 après quelques remaniements internes, la formation galloise compte initialement 4 membres. James Dean Bradfield (chant) et Sean Moore (batterie) s’appuient sur les compositions du bassiste Nicky Wire. Ce dernier partage le songwriting avec le mystérieux Richey James Edwards, homme de l’ombre au rôle mal défini. Rebelles, sombres et décalés, les Manic Street Preachers attisent bien vite la vindicte journalistique, notamment en raison d’une philosophie libertaire et arrogante. Pire, les jeunes gens n’hésitent pas à cracher vertement sur toutes les idoles indie du moment. Tel un curé féru de catch, le public réprouve cette attitude provocante mais se jette sur les 3 premiers albums du groupe. Il y découvre des airs punks évoquant irrésistiblement les Sex Pistols.
Le séisme se produit un banal matin de 1995. Miné par la dépression et l'alcoolisme, Richey Edwards disparaît dans la campagne galloise sans laisser de traces. Suicide ou début d'une nouvelle vie ? Nul ne le sait encore aujourd'hui. Toujours est-il que plus rien ne sera comme avant. Ses trois compères décident malgré tout de continuer l'aventure et sortent l'année suivante un album au titre explicite,"Everything must go". Versatiles, les critiques réservent un excellent accueil à ce disque en totale contradiction avec ses précédents. "This is my truth tell me yours", né en 1998, persiste dans cette voie britpop diamétralement opposée aux racines rageuses du groupe et leur apporte la consécration.
Loin de la désinvolture juvénile qui règne alors, cet opus se montre grave et pacifiste avec son titre hommage à une déclaration du leader travailliste gallois Aneurin Bevan. Le flamboyant "If you tolerate this your children will be next" remémore amèrement l'horrible et meurtrière guerre civile espagnole, théâtre du massacre des nombreux républicains opposés à Franco. Dans la même veine, la belle ballade"The everlasting" dénonce la fraternité vacillante entre les peuples. Simples et sobres, les schémas musicaux privilégient les textes sincères au fil de refrains bien orchestrés quoique un peu répétitifs ("I'm not working", "Be natural"). Quelques titres plus personnels ajoutent encore à l'émotion ambiante, notamment avec le troublant "Ready for drowning", allusion au destin mystérieux d'Edwards dont on retrouva la voiture près d'une rivière, ou "You stole the sun from my heart", évoquant le difficile éloignement des tournées mondiales. Sagement mélancoliques, ces 13 chansons reflètent une douce lassitude quotidienne ("My little empire", "You're tender and you're tired"), un questionnement profond et pertinent. Ce réalisme séduira sans doute bien des opposants à la superficialité environnante.
Classe : "The everlasting"
Crasse : "Be natural"
Super cadeau :
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"The everlasting" live à "Later with Jools Holland"
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