Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Lundi 7 août 2006

Note album : 8/10

 

Premier single des Manic Street Preachers à avoir atteint le sommet du Top 40 anglais, "If you tolerate this your children will be next" arbore la seule constante de ce trio en perpétuelle métamorphose : un engagement socialiste indéfectible qui les emmena se produire à Cuba en 2001, fait inédit pour des rockers. Ce triomphe international – l'imposant Fidel Castro lui-même se déclara impressionné – surprend au vu de leurs débuts chaotiques.

Définie en 1988 après quelques remaniements internes, la formation galloise compte initialement 4 membres. James Dean Bradfield (chant) et Sean Moore (batterie) s’appuient sur les compositions du bassiste Nicky Wire. Ce dernier partage le songwriting avec le mystérieux Richey James Edwards, homme de l’ombre au rôle mal défini.  Rebelles, sombres et décalés, les Manic Street Preachers attisent bien vite la vindicte journalistique, notamment en raison d’une philosophie libertaire et arrogante. Pire, les jeunes gens n’hésitent pas à cracher vertement sur toutes les idoles indie du moment. Tel un curé féru de catch, le public réprouve cette attitude provocante mais se jette sur les 3 premiers albums du groupe. Il y découvre des airs punks évoquant irrésistiblement les Sex Pistols.

Le séisme se produit un banal matin de 1995. Miné par la dépression et l'alcoolisme, Richey Edwards disparaît dans la campagne galloise sans laisser de traces. Suicide ou début d'une nouvelle vie ? Nul ne le sait encore aujourd'hui. Toujours est-il que plus rien ne sera comme avant. Ses trois compères décident malgré tout de continuer l'aventure et sortent l'année suivante un album au titre explicite,"Everything must go". Versatiles, les critiques réservent un excellent accueil à ce disque en totale contradiction avec ses précédents. "This is my truth tell me yours", né en 1998, persiste dans cette voie britpop diamétralement opposée aux racines rageuses du groupe et leur apporte la consécration.

Loin de la désinvolture juvénile qui règne alors, cet opus se montre grave et pacifiste avec son titre hommage à une déclaration du leader travailliste gallois Aneurin Bevan. Le flamboyant "If you tolerate this your children will be next" remémore amèrement l'horrible et meurtrière guerre civile espagnole, théâtre du massacre des nombreux républicains opposés à Franco. Dans la même veine, la belle ballade"The everlasting" dénonce la fraternité vacillante entre les peuples. Simples et sobres, les schémas musicaux privilégient les textes sincères  au fil de refrains bien orchestrés quoique un peu répétitifs ("I'm not working", "Be natural"). Quelques titres plus personnels ajoutent encore à l'émotion ambiante, notamment avec le troublant "Ready for drowning", allusion au destin mystérieux d'Edwards dont on retrouva la voiture près d'une rivière, ou "You stole the sun from my heart", évoquant le difficile éloignement des tournées mondiales. Sagement mélancoliques, ces 13 chansons reflètent une douce lassitude quotidienne ("My little empire", "You're tender and you're tired"), un questionnement profond et pertinent. Ce réalisme séduira sans doute bien des opposants à la superficialité environnante.

Classe :  "The everlasting"

Crasse : "Be natural"

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par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Vendredi 4 août 2006

Note album : 8/10  

You took a white orchid turned it blue… (Extrait du single “Blue orchid”)

Tout est dit. Cette simple phrase illustre la métamorphose des White Stripes, pour la première fois affranchis de la sainte trinité chromique blanc – rouge - noir. Une remarque bien dérisoire devant la surprise musicale que réserve “Get behind me Satan“.

Seul album enregistré dans un studio professionnel, ce 5è opus commence par un vrombissement de guitares prévisible quoique inattendu. Si la voix aiguë de Jack White n’a pas changé d’un iota, l’accrocheur “Blue orchid“ ne ressemble pas pour autant aux productions passées du groupe. L’ambiance  brute et sincère d’ “Elephant“ laisse ici place à un son travaillé, épuré de son crade brouillage initiale. Cette respectable mise en bouche n’augure en aucun cas l’ébahissement provoqué par “The nurse“, où le chanteur s’empare d’un instrument qui lui sied a priori aussi bien qu’une cornemuse à Eminem : le marimba. Armé de ce gros xylophone, le roi du rock garage se lance dans une étrange sarabande blues ponctuée d’un tonnerre de guitares, avant l’épatant “My doorbell“ aux influences soul prononcées. L’hybridation des 2 morceaux précédents donne naissance à “Forever for her (is over for me) “, une agréable demi - ballade orchestrée par un piano et le fameux marimba. Soucieux d’explorer toutes les voies du folklore américain profond, le duo jette ensuite l’ancre au Texas des Stetson avec le country “Little ghost“, une déclaration d’amour décalée et réussie à un fantôme. Malheureusement, un piano amorphe vient ternir le milieu du disque lors d’un trio de titres insipides, heureusement interrompus par Meg grâce à son distrayant interlude “Passive manipulation“. Jack profite alors de ces 35 secondes pour chercher miss 6 cordes électriques, qui depuis la surprenante défection de son propriétaire moisissait tristement dans son étui. “Take take take“ et surtout le fabuleux “Red rain“ renouent brillamment avec les anciennes amours du groupe, relevant ainsi un dernier quart d’heure parfois digne d’un obscur piano bar désaccordé (“I am lonely but I ain’t lonely yet“).

Considéré comme une horrible félonie par des milliers de fans, "Get behind me Satan" possède le grand mérite d'innover, même si certains moments un peu fades ternissent sa réputation. Toutefois, l'assagissement du duo mythique ne se fait pas sans quelques beaux remous rageurs qu'il convient d'apprécier à leur juste valeur.

Classe : "Red Rain"

Crasse : "White moon"

 

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  • "The denial twist" en live au Daily show de Jon Stewart. En bonus, une courte interview.
par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Lundi 31 juillet 2006

Note album : 9/10

 

Musicien unanimement reconnu outre-Manche, Graham Coxon jouit toujours en France du statut peu enviable de "guitariste binoclard  de Blur", et ce malgré 6 albums solo. Le dernier né, "Love travels at illegal speeds", ne devrait malheureusement pas l'aider à se débarrasser de cette réputation d'équipier dévoué, tant l'aura créative de Damon Albarn, leader charismatique, encombre encore les mémoires gauloises 5 années après la dissolution provisoire du groupe légendaire. Ce dernier l'admet pourtant publiquement : sans la maîtrise technique de son prétendu sous-fifre, la formation n'est rien. Insensible à cette objective flatterie, Coxon, fort d’un succès individuel récent en Angleterre, a plusieurs fois refusé de réintégrer le quatuor novateur. Nostalgiques des années "great escape", les trois membres restants préparent néanmoins dans leur coin un nouvel album, déjà qualifié de "mauvais" par son principal compositeur. Cette brouille persistante entre le guitariste et le chanteur, source d'amers regrets pour ce dernier, les a menés depuis leur séparation sur des chemins radicalement divergents. Loin des marioles de Gorillaz animés par Damon, Graham a brillamment perpétué l'âme même de Blur avec sa britpop entraînante et ses guitares impeccables, tout en prenant des risques bienvenus au fil de quelques incursions punks. Un bonheur pour les fans des années 90, un peu laissés pour compte dans l’opposition actuelle entre le rock garage et la pop morose.

 

Nonobstant une voix quelconque et un début aussi poussif qu’une vieille Fuego, "Love travels at illegal speeds" embraye très vite sur des airs accrocheurs et dynamiques avec l’adultérin "Don’t let your man know". Ce déchaînement se poursuit sur les plus punks "I don’t wanna go out" et "Gimme some love", qui dénonce une solitude insupportable. Toujours fidèle à ses vieilles amours,  Graham Coxon nous offre également "You & I", pur chef d’oeuvre britpop servi par un chant désinvolte et amusé. Cependant, la force de cet opus réside dans ses magnifiques et mélancoliques ballades, proches du parfait "This is a low" de Blur. Le poétique "Just a state of mind" révèle une sérénité retrouvée après quelques années difficiles, alors que le final "See a better day", romantique à souhait, narre gracieusement une passion dévorante. Visiblement mis en confiance par de telles réussites, l’homme aux lunettes se permet même une incursion dans les 60’s durant "What’s he got ? ", plainte pétillante d’un homme délaissé pour plus beau que lui.

 

Moins dépressif que ses grands frères, cet album ne se contente pas d’une jolie jaquette dessinée par son compositeur : il renoue avec un éclectisme et une maturité trop souvent absents du rock actuel. A découvrir absolument.

 

Classe : "See a better day"

Crasse : "I can't look at your skin"

 

 

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par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Mercredi 26 juillet 2006

Note album : 8/10

Le divorce à l'amiable vient d'être prononcé. Pete Doherty et Carl Barât se partagent les restes du titan Libertines. Tandis que le premier traîne dès les mois suivants son inextinguible mélancolie avec les erratiques Babyshambles, le second emballe ses guitares rageuses et disparaît.

Enfin, après une année blanche et quelques divagations légitimes – les frasques de son complice auraient épuisé Mère Thérésa – Carl revient avec un nouveau groupe, les Dirty Pretty Things, du nom des soirées londoniennes qu'il organise. Un nouveau groupe en vérité fort proche de l'ancien, car se joignent au célèbre leader son batteur de toujours, Gary Powell, ainsi que 2 ex suppléants du distrait Doherty, souvent incapable d'assister à ses propres concerts, le guitariste Anthony Rossomando et le bassiste Didz Hammond.

Bien sûr, la tâche ne s'annonce pas aisée. Véritables joyaux, les albums des Libertines n'incitent pas à l'indulgence. La presse prévoit pragmatiquement une belle déception, les fans pleurent l'époque des héros. Personne ne croit Carl Barât capable de rivaliser avec ses anciens démons. Pourtant, aux âmes chagrines qui l'accusent d'être beau et seulement beau, ce dernier va opposer avec succès son indifférence nonchalante et l'élégance déchaînée de tubes rocks tels "Bang Bang you're dead" et "Deadwood", allusions flagrantes aux difficiles années passées.

Malgré un apprivoisement difficile, réduire ce disque à un panier de serpents électriques privés du charmeur Doherty serait injustement sous estimer son talentueux ex-second. Si la lecture des titres sombres de "Waterloo to anywhere" évoque indubitablement un sévère passage à vide moral ("Doctors and dealers"…), ses brèves 35 minutes respirent le dynamisme et l'enthousiasme retrouvés, sans toutefois prévenir quelques moments un peu creux ("Gin&Milk"). Un pur moment de rock viril, pimenté par une petite touche punk ("You fuckin' love it"). Peu à peu, les guitares s'ordonnent et finissent par imposer leur force le plus naturellement du monde, en particulier lors du cynique "Blood thirsty bastard", voisin de "Narcissist" des Libertines.  Bien loin des vieilles disputes fratricides, les tubes "Gentrry cove" et "Wondering" se révèlent aussi accrocheurs que charmeurs. Les accélérations piquantes abondent ("The ennemy", "Lost town of the small playboys") avant un troublant et bref retour au calme avec le romantique "B.U.R.M.A.", qui finira tout de même en trombe comme les autres.

Rien de nouveau sous le soleil. Ce proverbe, souvent présage de langueur, prend ici une dimension méliorative. Impeccablement calé dans la descendance des Libertines, Carl Barât affirme cependant son identité propre avec le plus lisse "Waterloo to anywhere", porteur d'espoirs légitimes pour la suite de sa carrière, même si certains nostalgiques regretteront la piquante immoralité d’ "Up the bracket".

Classe : "Wondering"

Crasse : "Gin & Milk"

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Mardi 25 juillet 2006

Note album : 9,5/10

Mieux vaut tard que jamais. Presque un an après la sortie du colossal "Elephant", la France découvrit enfin le hit universel "Seven nation army", capable de réconcilier les bobos underground, les paternels rétrogrades et les immondes Jacky-Casquette, qui tout le printemps 2004 écoutèrent ce tube à plein volume dans leur 205 GTI tunée. Un succès phénoménal pour le duo du Midwest, jusque là auteur de 3 albums confidentiels dont la renommée ne dépassa jamais les bars de Détroit. En bonne nouvelle légende du rock, le groupe alimenta très vite la polémique, grâce à quelques mystères savamment élaborés. D'où venait cette passion de Jack pour les chiffres ? Pourquoi Meg ne parlait-elle jamais ? Et surtout, l'interrogation fondamentale : étaient-ils, conformément à leurs déclarations, frère et sœur, ou bien plutôt mari et femme ? Le Times, Rock&Folk et Voici enquêtèrent, sans toutefois immédiatement parvenir à une conclusion évidente.

Une fois le pachyderme écouté, la question parait très secondaire, tant la qualité évidente de cet opus éclipse toute discussion futile. Divorcés en 2000 après 4 ans de mariage, les White Stripes revisitent le rock garage avec une hargne et un brio étonnants. Loin d'en altérer le contenu, quelques imperfections confèrent à "Elephant" une authenticité touchante, notamment lors du brouillon "Ball and biscuit" où Jack White exprime allègrement sa maîtrise instrumentale. Entre de telles mains, cette monumentale guitare semble même par instants prendre vie et imposer ses refrains à son brillant propriétaire ("Girl, you have no faith in medecine", "Little acorns"). Outre l'incontournable "Seven nation army", "Hypnotize" et "The hardest button to button"  séduiront par la puissance de leurs accords bruts, qui contrastent violemment avec des textes aussi énigmatiques que naïfs. Reposant sa voix haut perchée sur des schémas musicaux binaires mais imparables, le sieur White rend également un dynamique hommage à l'enfance ("Black math", "The air near my fingers"), tandis que Meg, pour la première fois chanteuse, délaisse un court instant sa batterie et propose  le temps d'un titre un doux interlude bien mérité ("In the cold cold night"). Ce disque se teinte également de sonorités blues depuis longtemps oubliées, sources de la reprise du standard 60's "I just don't know what to do with myself" et du plus calme "You've got her in your pocket".

A la grande joie des curieux, le final "Well it's true that we love one another" apporte quelques éclaircissements sur l'étrange relation qu'entretient la paire américaine. Accompagnés de la chanteuse rockabilly Holly Golightly,  chaque membre du trio déclare respectivement sa flamme aux 2 autres. Une conclusion humoristique légère à souhait pour cet album titanesque.

Classe : "Hypnotize"

Crasse : "Ball and biscuit"

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