Classe ou Crasse ?

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Note album : 6,5/10

En voila deux qui entretiennent des relations plutôt chaotiques. De nature humble et discrète, le talent s'accommode parfois assez mal de la hype, cette furie mythomane prête à tout pour se faire mousser dans les endroits bien. Dernièrement, la demoiselle s'est entichée d'un sacré phénomène de foire, dont le comportement erratique a aussitôt fasciné les jeunes nantis en mal de repères. En bonnes caricatures gothiques chic, les Horrors élèvent l'exagération au rang d'art. Reste à savoir s'il s'agit de second degré ou d'un mal beaucoup plus profond. Une chose est sûre : les amateurs de clichés vont se régaler.

On imagine bien les Ho rrors au levé du soir, s'éveillant après une longue journée passée à sommeiller dans un lit en forme de cercueil. Un pot de gel fixation extra forte à la main, nos méchants méchus retouchent ensuite leurs tignasses touffues, avant de se contorsionner péniblement pour s'introduire dans leurs jeans extra slims. Une fois les boucles de leurs ceintures et de leurs chaussures astiquées – la lune se reflètera très bien dedans – les cinq londoniens se retrouvent pour une soirée DVD. Au programme, un Tim Burton et Orange Mécanique. Le reste de la nuit, le groupe le passe à explorer les ruelles du quartier sombre de Whitechapel, à la recherche d'un cas d'étude morbide. Mais que voulez-vous, les temps ont changé depuis la fin du XIXè siècle. Les fêtes foraines sont maintenant pleines de peluches doucereuses et d'écoeurantes barbes à papa. La femme à barbe porte un postiche. Quant à Jack l'Eventreur, il a bien sûr raccroché depuis perpète, et personne ne l'a remplacé.

 

Autant dire qu'aujourd'hui, en ces temps pleins d'illuminés fanas de Casper le gentil fantôme, les Horrors ont des allures d'anachronisme glauque. Leurs concerts prennent parfois des allures de rixe généralisée où chaque accessoire métallique compte, même les boucles de chaussures. Leur premier clip, Sheena is a parasite, voit une jeune actrice s'arracher les boyaux le plus naturellement du monde. Bref, il y a énormément à dire sur ces horreurs, leurs redingotes en velours, l'emprise qu'ils exercent sur des gamins avides de sensations fortes. On pourrait parler des heures du groupe sans même évoquer son premier album, qui s'avère bien évidemment à la hauteur des personnages, comme le sous titre "Psychotic Sounds for Freaks and Weirdos" le laissait entendre. 

Disons le franchement : Strange House est laid. Certains titres sont même vraiment trop laids pour se laisser décemment écouter (Draw Japan, Little Victories) Mais cette laideur est intéressante, voulue. Achevée à grand coups de farfisa, un orgue affreux que l'on croyait réservé aux foires manouches. Entérinée sous un chant punk braillard et des chœurs de messes noires. Mise en exergue par un son garage ostensiblement cradingue, histoire de ressembler à un générique de train fantôme. A force de volonté morbide, cette sombre disgrâce finit par fasciner et attirer malgré soi, notamment durant l'indispensable Jack the ripper et Count in fives, où le vilain farfisa tourne à plein régime. Sheena is a parasite se révèle étonnant d'intensité malsaine, tout comme un Thunderclaps aux allures de procession funèbre décalée. Quant au reste du disque, il contient tous les autres archétypes sordides de bon aloi, de la collection de gants qui siéraient parfaitement à la main de la famille Adams ("Gloves") au meurtre pendant un mariage ("Death at the chaptel"). Les plus impressionnables partiront s'acheter une gousse d'ail et une croix en argent massif. Les autres se contenteront d'un jus de tomates bien coagulé et écouteront cet album avec un rien d'ironie amusée, sans pouvoir toutefois refouler une certaine jubilation.

 

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En bonus, le clip de Sheena is a parasite, un titre assez irrésistible bien que franchement peu mélodieux.

par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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Note album : 8,5/10


Il faut un début à tout. Pour les besoins de cette chronique, les origines de la pop coïncideront avec l'avènement des Beatles et se situent par conséquent aux alentours de 1962. Bien sûr, certains puristes tatillons ergoteront sur la date, tandis que d'autres soutiendront virulemment leur obscur et antérieur poulain. Mais plus que tout autres, les Fab Four ont réussi de surprenants revirements artistiques, miroirs d'une époque dorée en continuelle mutation. C'est un fait, les Beatles appartiennent désormais à l'histoire universelle. Un peu comme l'œuvre de Picasso, leur discographie comporte plusieurs périodes bien distinctes, qui s'enchaînent avec une logique aussi fluide qu'implacable.  

La plus récente, entamée en 1967 avec le mythique Sergent Pepper's lonely hearts club band, est aussi la plus populaire auprès du grand public. On y retrouve les plus grands tubes du groupe, comme Hey Jude ou Let it be. Un peu plus tôt, les Beatles ont fait la joie des exégètes du rock en leur offrant coup sur coup les magnifiques Revolver et Rubber soul, qui marquent les premiers soubresauts du psychédélisme.  

Et puis il y a avant. Personne n'en parle trop. Avant 1965, les Beatles étaient bien peignés, même pour l'époque. Ils portaient des costars, jouaient dans des nanars pour minettes fleur bleue. D'ailleurs, à moins d'être un yéyé sur le retour, c'est un peu la honte d'aimer avant, cette époque où les Beatles jouaient She loves you ou I wanna hold your hand sans même trop s'entendre, totalement couverts par les hurlements de la foule. Voila pour avant, où tout du moins pour l'image que l'on s'en fait. Car avant, les Beatles ont quand même composé It won't be long ou I saw her standing there. Ils ont aussi donné des concerts époustouflants, fait vibrer le public en live. Pas comme après. 

Et puis voila qu'après 4 décennies peuplées de formations power pop plus ou moins correctes, un groupe débarque en se réclamant directement d'avant. 45 ans ont passé depuis la sortie de Love me do. Les plus enthousiastes ont viré aigris et traquent avec une minutie pathologique la moindre influence. Ah ça, avec les Bishops – trio formé des jumeaux Pete et Mike Bishop et de leur batteur Chris Mc Conville - on va pouvoir les entendre grogner à des kilomètres, ceux-là. Ils vont nous rappeler que tout ce premier album homonyme a déjà été joué à peu de choses près en 1964, avec les mêmes handclaps que dans les géniaux I can't stand it et Menace about town. Le laïus sur les costumes noirs et les coupes de cheveux du groupe, portés par les Kinks et leurs contemporains, viendra appuyer leur théorie. En plus, on ne pourra même pas leur en vouloir : nos râleurs ont parfaitement raison sur ce coup là.

Oui, mais voila. Pourquoi ne pas voir pour une fois le bon côté des choses ? Les Bishops sont sans doute l'un des groupes les plus futés de leur génération. Ils semblent tout droits sortis d'une cave hambourgeoise et assènent avec une confiance naïve des airs pop imparables, exécutés le plus simplement du monde en 2 minutes 30 (The only place that I can look is down, Carousel). Dans une veine plus garage, le trio impose également des modèles du genre avec Breakaway ou Higher now. Mais, mieux encore, le trio puise sa force et son originalité dans son frontman dédoublé et les harmonies vocales gémellaires qui en découlent. Cette connaissance parfaite de l'autre dote les Bishops d'une foi inébranlable en leur musique et leur permet même d'user élégamment du concept de 2 chansons en une avec Lies & Indictments / Sun's going down, une petite pièce mélancolique et mélodieuse.  Même si quelques titres un peu moins inspirés viennent meubler la fin du disque (Say hello, Will you ever come back again ?), les Bishops ont réussi ce que bon nombre de leur contemporains rêvent d'achever : faire du neuf avec du vieux, sans jamais y laisser leur personnalité et leur fougue. Trilby bas.  

 

Classe : "Breakaway", "The only place that I can look is down", "I can't stand it anymore", "Lies & Indictments / Sun's going down", "Menace about town"

Crasse : "Will you ever come back again ?"


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En bonus, le clip de l'excellent single "Breakaway", où les frangins Bishop tirent tout le parti de leur gémellité, au point de dédoubler leur batteur !

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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