Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Mardi 1 août 2006

Note album : 7/10

En marge d’un cercle musical fermé aux non anglo-saxons, les suédois usent parfois de grossiers subterfuges commerciaux pour promouvoir des disques invendables comme tels à l’étranger, faute d’un soutien publicitaire suffisant. Les brillantes carrières internationales d’ABBA et des Cardigans n’ont en effet pas vraiment aidé leurs nombreux successeurs, pourtant amateurs de rythmes purement britanniques.  Qu’importe, la patience et le sens marchand nordiques finissent bien souvent par payer. Le chanteur pop Andréas Johnson, qui exporta très tardivement son hit  "Glorious" par la magie d’un duo avec Nutella, a sûrement inspiré ses compatriotes des Caesars, stars anglophones du pop rock scandinave. Quelques réclames bien senties pour l’i Pod nano et le jeu FIFA Soccer 2004 auront suffi à dépoussiérer "Jerk it out", vieux de 3 ans et réédité pour l’occasion sur "Paper tigers", paru en Avril 2005. Enfin, ce 5è album leur ouvrit les portes des charts européens.

Groupe à l’identité diffuse, connu sous les noms de Caesar’s Palace en Suède et Twelve Caesars dans les autres terres vikings,  The Caesars prônent un retour musical marqué vers les années Beach Boys, avec de nombreux titres acidulés à 2 voix("Out there", "Good and gone"). Quelques orgues synthétiques très discos ("Throwaway", "Jerk it out") épicent les textes candides de cette chorale parfois engluée dans d’ennuyeuses lapalissades. Ainsi, le quatuor fait preuve d’un épatant pragmatisme avec "It’s not the fall that hurts" (…"it’s when you hit the ground"), tandis que "Winter song" résume un peu trop bien l’ennui et l’obscurité des hivers suédois.  Cette réserve typiquement scandinave empêche le groupe de s’affranchir des codes pop quarantenaires, tel un renne pour qui la douce quiétude du paddock l’emporte sur des ballades solitaires dans la grandiose immensité laponne. Toutefois, quelques morceaux plus incisifs attirent agréablement l’attention, comme l’assassin  "May the rain", en apparence très proche des autres – un air sautillant, des chœurs, un orgue – mais relevé de textes assassins évoquant une rancœur amoureuse. En plein milieu du disque, une incursion réussie vers un son plus épuré attend l’auditeur, avec le poétique "Paper tigers", dont l’introduction rappelle indubitablement celle d’ "Under the bridge" des Red Hot Chili Peppers. Une piste à explorer par la suite, tant le groupe semble avoir montré les limites de sa palette actuelle avec ces 12 titres pour la plupart agréables quoiqu’un peu trop similaires.

Classe : "Paper tigers"

Crasse : "It’s not the fall that hurts"

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Lundi 31 juillet 2006

Note album : 6,5/10

La décadence talonne parfois la grandeur. "Parachutes", première et seule réussite de Coldplay jusqu'ici, sonne déjà le glas de leur bref essor musical. A l'aube des années 2000, la vague pop suicidaire aura en effet fortement avantagé ce groupe, assez chanceux pour se trouver au bon endroit au bon moment, même si le destin manqua leur jouer un tour bien pendable…

1996. Chris Martin hante les couloirs d'une faculté londonienne. Conscient du potentiel physique qui lui permettra plus tard de séduire la belle Gwyneth Paltrow, il souhaite former Pectoralz, un boys band pareil à *NSYNC. Un fou rire vous surprend ? Rien de plus normal, car imaginer la future icône politiquement correcte moulée dans une chemise en soie rose a quelque chose d'irrésistiblement loufoque. Heureusement, une fois les quatre larrons finaux réunis, Justin Timberlake et ses ridicules frisottis ont disparu belle lurette, emportés par la déferlante underground d' "OK Computer". La formation décide alors de s'engouffrer dans la brèche ouverte par Radiohead et fonde Starfish. Tim Rice-Oxley, qui 3 trois ans plus tard pondra une resucée édulcorée de Coldplay avec son groupe Keane, trouve le nom trop triste (!) et leur suggère "jeu froid". Après plusieurs EP confidentiels et une dispute mémorable – vous avez bien failli ne jamais entendre parler d'eux -, "Parachutes" sort en Novembre 1999. Leur maison de disques pense évacuer 40 000 copies. Il s'en vendra 1 600 000 au Royaume-Uni.

Entrecoupé de passages aussi ennuyeux qu'un brainstorming en suédois, tel le soporifique enchaînement "Sparks"-"Spies", ce 1er opus reste le plus sincère du groupe, le seul à parfois refléter une certaine émotion, sans toutefois se risquer à des variations inattendues. Un piano propre accompagne une voix lisse pour un couplet formaté, avant le refrain prévisible calé sur une batterie métronomique soutenue par des guitares branchées au minimum volumique syndical. Malgré ce cadre strict, le tourbillonnant "Shiver" transporte dans un univers mélancolique proche de "Creep" avec l'évocation d'un amour brûlant non partagé. Cette tristesse, véritable "Coldplay touch", se retrouve également sur les jolis singles "Yellow" et "Trouble", symboles d'une jeune génération rêveusement engagée pour un monde meilleur. D'ailleurs, tout n'est pas perdu : après le larmoyant "We never change", "Everything's not lost" et son intense final closent élégamment ce disque sur une note d'espoir bienvenue. De quoi hurler à la publicité mensongère au vu des albums suivants.

Classe : "Everything’s not lost"

Crasse : "Spies"

Autre chronique concernant Coldplay sur ce blog :

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Vendredi 28 juillet 2006

Note album : 7/10

 

Terre de variétés mièvres, la France offre étrangement un asile bienveillant aux artistes maudits malmenés par leur mère patrie. Starsailor, dont le nom honore un titre du torturé Tim Buckley, ne déroge pas à la règle.  Alors que l'omniprésence d' "In the crossifre" sur les ondes hexagonales donne envie de détruire sa radio au bazooka, les britanniques boudent le 3è opus du groupe, jugé fade et peu novateur. Décidément, l'ennemi héréditaire surprendra toujours, tant cette exclusion revient à sacrifier un mouton sous prétexte d'une trop grande ressemblance avec ses ancêtres. Une démarche plutôt discutable, surtout  dans une ère où la musique croule sous les hommages, les tributs, les témoignages de respect et les dédicaces.  Bien sûr, Starsailor allie une voix vibrante et des mélodies pop désenchantées, comme beaucoup. Bien sûr, "Way back home" s'inspire principalement d' "I don't know", la piste qui le précède sur l'album. Bien sûr, même Félicien le boute en train s'est parfois endormi à cause de ce disque, notamment lors du lent et plaintif "Get out while you can". Mais l'opprobre anglaise n'en demeure pas moins injuste.

Sans doute moins abruti de références pop rock, le public français a accordé une oreille relativement neuve au quatuor, avec d'agréables surprises à la clef.  Le très beau "In the crossfire", sensible plaidoyer pacifiste, tranche avec les récriminations hargneuses de nombreux autres artistes. Ensuite, une tristesse indicible semble envahir le leader James Walsh, auteur de nombreux airs élégiaques. Inquiétudes face à l'avenir ("Counterfeit love"), dégoût du monde moderne ("Faith hope love"), un programme fertile en interrogations sur le bien-fondé de la survie humaine attend l'auditeur. Toutefois, après un moment de spleen légitime, cette sombre ambiance apaise, d'autant qu' "On the outside" finit avec 3 titres sobres et délicats, du doux piano de "This time" à l'acoustique"Jeremiah", dernier morceau très émouvant.

Malgré quelques pistes destinées à combler un manque de créativité parfois criant, "On the outside" puise sa force dans l'enchaînement de ses mélodies mélancoliques, aboutissant à un ensemble harmonieux et cohérent. Ce disque doit par conséquent s'écouter d'un seul tenant pour ne pas perdre  une bonne partie de son charme.

Classe : "In the crossfire"

Crasse : "Get out while you can"

Super cadeau :

  • Une fois n'est pas coutume, il s'agit d'une reprise. Voici donc "Jealous guy" de John Lennon, revu et corrigé par Starsailor à Taratata
par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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Jeudi 27 juillet 2006

Note album : 6,5/10

Vu sur Yahoo.fr :  

Bono d’adresse à vous ! Que pouvons nous faire pour que la pauvreté disparaisse dans le monde ? Répondez sur Y. Q. Réponse !

Au lieu de vous perdre en conjectures utopistes, lisez plutôt la suite de l’annonce :

 Retrouvez U2 sur Y ! Music

 

Même si le groupe n’y est sans doute pour rien, une publicité malsaine s’insère honteusement dans ce beau bla bla consensuel. De toute évidence, écouter Y ! Music et acheter un bon gros CD de U2 va remédier aux abyssales inégalités planétaires. Mon cynisme m’attirera sûrement bien des foudres, mais une chose est sûre : Bono risque plus de mourir étouffé sous les euros que de faim. Je ne dénigre ni ses bonnes intentions,  ni son abnégation lorsqu’il converse avec George Bush. Seulement, le paradoxe obscène entre la fortune colossale et les envolées moralisatrices du leader de U2 me choque. Bien sûr, ce dernier se donne plutôt efficacement bonne conscience, grâce à un compte en banque garant de crédibilité auprès des plus puissants, lesquels se sentent sans doute moins coupables de la famine au Soudan que le fan lambda des 4 irlandais auteurs d’une carrière déjà proche du mythe populaire.

 

Cette merveilleuse saga humaniste et mercantile débute à Dublin il y a tout juste 30 ans de cela. Larry Mullen, un jeune batteur, recrute 7 musiciens de son collège au moyen d’une petite annonce. Parmi eux se trouvent Paul Hewson, futur Bono, le guitariste Dave "The Edge" Evans et le bassiste Adam Clayton. Après avoir formé un premier quintette, the Hype, la formation perd un membre et adopte le nom de U2. Le label Island Records les repère et "Boy", le premier opus, sort en 1980. Seul îlot rock au milieu d’un océan eighties de synthés Midi Files,  le disque rencontre un franc succès et se vend à 3 millions d’exemplaires, "I will follow", dans lequel Bono rend un courageux hommage à sa mère décédée, reste le titre le plus marquant. 1 an plus tard, "October" confirme ce brillant début, avant les explosions commerciales de "War" et "The Unforgettable fire" en 1983 et 1984. Le quatuor devient ainsi le symbole du pacifisme nouveau, comme l’illustre le fameux et poignant "Pride", qui honore le combat contre le racisme mené par Martin Luther King. Mais un autre tube allait encore plus marquer les esprits par sa rage et son infinie tristesse : "Sunday bloody Sunday", supplique émouvante pour un cessez le feu en Irlande, honteusement condamnée à animer les karaokés et mariages campagnards 20 ans plus tard. Dans le même temps, la formation signe le brillant "Bad", une ballade saisissante où la voix puissante du chanteur fait merveille. Devenus les idoles d’une jeunesse naïve en perfectos et caleçons à pois, les 4 complices écoulent 25 millions de leur "Joshua tree", sans même proposer la moindre innovation musicale. Toujours le même rock  basique, la même instrumentation discrète, destinée à servir les performances vocales du grand, unique et merveilleux Bono. L’Afrique devient alors son terrain de chasse caritative avec "Where the streets have no name", tandis que l’interminable et lent "I still haven’t found what I’m looking for" offre un cours de spiritualité pour débutants. Enfin,  le torturé "With or without" se révèle une agence matrimoniale bien plus efficace que "Tournez manège". Il faudra attendre 1988 et le 6è album "Rattle and hum" pour déceler un quelconque changement sonore, malheureusement peu abouti. Nonobstant un duo de toute beauté avec B.B. King sur "When love comes to town", les sonorités blues des singles "Desire" et "Angel of Harlem" semblent surfaites. Là s’arrête ce best of, sorti en 1998 et dont les tubes universels relancèrent un groupe commercialement mal en point après l’échec de "Pop". Un disque de faces B ainsi que l’inédit "The sweetest thing"* complètent ce premier bilan, où les réussites alternent avec quelques longueurs.

Au-delà d’un contenu parfois trop fade pour véritablement interpeller, cette anthologie retrace les années les plus spontanées et fécondes de U2, qui reste au rock ce que l’ordi mini est au PC : un moyen efficace de se familiariser avec le milieu dès son plus jeune âge, avant de passer à autre chose. 

Classe : "Bad"

Crasse : "Desire"

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Mardi 11 juillet 2006

Note album : 6/10

Jusqu'à présent, le match musical entre la Norvège et la Suède , véritables frères ennemis séparés depuis 101 ans seulement, avait largement tourné à l'avantage de ces derniers. Abba et ses 300 millions de disques vendus ridiculisa A-Ha, duo capillairement filasse et artistiquement fugace des années 80. Lene Marlin souffrit la comparaison avec Nina Persson, la jolie chanteuse suédoise des Cardigans. La liste de ces cuisants revers pourrait continuer longtemps pour le pays des fjords, et évoquer le cas de Nightwish, formation lyrique métallisante à faire fuir les bourrins de Rammstein, n'ajouterait pas à sa crédibilité.

Enfin, en 2006, Robert Post parut, apportant avec lui l'éclaircie tant attendue dans le paysage musical norvégien. Avec cet album éponyme, l'enfant de Bergen nous emmène pour 45 minutes d'une ballade  au pays enchanté de la pop. Un pays plutôt mignon, qui peut être présenté sans problème chez Ruquier à 19h et qui ravira aussi bien votre maman que vous-même. Bien sûr, Robert Post pêche de temps en temps par la retenue propre aux Scandinaves ("There's one thing", "More more"), avec des textes gentillets à vous faire croire que des papillons sortent du pot d'échappement de votre Lada. Son album comporte toutefois plusieurs morceaux dignes d'attention, tels "Come home", le très beau "Silence makes him sick" et le célèbre "Got none", que vous n'avez pas fini de fredonner sous la douche.

Classe : "Silence makes him sick"

Crasse : "More more"

Super cadeau :

  • "Got none" à Taratata. L'homme à la casquette propose une prestation posée et plutôt mignonne.
par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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