Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Jeudi 10 août 2006

Note album : 9,5/10

 

N°182 des ventes aux USA. Un meilleur classement insignifiant, indigne même de cet album pourtant composé par des américains pur jus. Décidément, les masses préfèreront toujours les frasques alcoolisées et la frime clinquante au talent discret. Une bénédiction pour de nombreux artistes, qui expriment souvent mieux leur créativité dans l'ombre. Entourés d'un noyau dur de fans inconditionnels, les Dandy Warhols attendent la reconnaissance du grand public depuis 10 ans déjà, même si la critique et l'Angleterre réservèrent un très bon accueil à leur 3è opus,  sorti en Septembre 2000. 

 

Chef d'œuvre mésestimé, "13 tales from urban bohemia" se classe indéniablement parmi les plus grands albums alternatifs et rivalise même avec le titanesque "OK Computer", la tristesse en moins. Novateur, éclectique, singulier, le quatuor de Portand parachève ici un sublime mariage des principaux courants musicaux actuels. Cette fusion exemplaire transporte sur des terres aussi grandioses que dépaysantes, du désabusé "Solid" aux violons hindouisants de "Nietzsche", présent sur la bande originale  d'"Anti trust". Utilisé dans de nombreuses séries et publicités, le pop "Bohemian like you" révèle une facette enjouée fort plaisante. Fort d’une diversité bienvenue, ce disque prend également une dimension sensorielle supplémentaire grâce aux visions que son écoute engendre immanquablement. Touchée au cœur par maintes mélodies enchanteresses, l'imagination galope dans la prairie onirique de ces 13 contes modernes sans même se reposer un seul instant. Un chef indien au visage impassible et buriné apparaît avec l'épique western "Big indian", une fée aérienne surgit lors des choeurs angéliques de "Sleep". Vêtu d'une chemise à carreaux, un jeune "Country leaver" quitte sans regret la ferme familiale haïe avec ses guitares texanes. En outre, ces morceaux variés s'enchaînent et se complètent très naturellement pour former un ensemble d'une harmonie puissante. Le fabuleux "Godless", soutenu par une guitare sèche et une trompette vibrantes, laisse ainsi la place au planant "Mohammed", tandis que l'incisif rock "Horse Pills" précède idéalement la magnifique ballade folk "Get off", où des chœurs amusants contrastent avec la lassitude des textes. Partout, la voix caverneuse et un poil m'en foutiste de Courtney Taylor fait merveille, notamment durant une fin de disque plus électrique ("Shakin'", "Big indian") et tout aussi réussie.

 

D'une perfection rarement égalée, "13 tales from urban bohemia" touche jusqu'aux sensibilités les plus enfouies, perdues malgré elles dans une douce rêverie presque miraculeuse. Ce voyage troublant au cœur d'un monde personnel et universel permet ainsi d'oublier quelques instants un quotidien parfois oppressant de pragmatisme.

 

Classe : "Godless" (et beaucoup d’autres)

Crasse : "The Gospel"

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Mercredi 9 août 2006

Note album : 5,5/10

 

Malgré quelques heureuses exceptions, l’univers pop rock reste presque exclusivement masculin. Le mythe musical repose en effet sur des décennies d’hommes rebelles et sensuels adulés par des groupies écervelées. Frêle jeune femme lâchée dans l’arène aux lions, KT Tunstall parvint néanmoins à imposer le style léger d’"Eye to the telescope" au nez et à la barbe de ces messieurs. Quel est le secret de sa réussite ? En quelques points, voici comment s’émanciper des niaiseries formatées d’Avril Lavigne et ainsi légèrement redorer le blason malmené de la pop féminine.

 

I.                    Débrouillez vous toute seule

 

Aidée d’une guitare et d’une pédale, vous ferez bien vite des merveilles. Musicienne accomplie, l’auteur d’ "Eye to the telescope" brave seule sur scène une foule de spectateurs fascinés par sa dextérité.

 

II.                  Soyez jolie sans être vulgaire

 

L’objectif n’est pas de concurrencer les Pussy Cat Dolls. Evitez toutes les situations compromettantes, comme vous retrouver à remuer du fessier devant une R19 customisée, la jupette lamée argent au vent. Cette sobriété focalisera l’attention sur vos talents artistiques. Les romances cristallines ("Other side of the world", "Heal over") de Miss Tunstall le prouvent  efficacement : une guitare vous avantagera bien plus qu’un Wonderbra. En outre, son joli minois réussit même à faire fondre ses détracteurs qui, une fois la vacuité du milieu de son 1er opus dénoncée ("Miniature disaster", "Silent sea"), louent son élégance et sa distinction.

 

III.                Jouez là unique

 

N'hésitez pas à personnaliser votre nom de baptême, comme KT l'a si bien fait. Cet élan de non-conformisme créatif vous différenciera positivement. Toutefois, les cas désespérés nécessitent d'importantes modifications. Le sobriquet G-Net ne masquera pas la ringardise de votre vrai prénom.

 

IV.       Prônez le mélange ethnique

 

Forte d’origines chinoises, écossaises et irlandaises, KT Tunstall a su brasser les influences jazz, soul et pop sur son 1er opus, avec à la clef quelques  airs chaleureux et vibrants ("Through the dark", "Under the weather"). De plus, l'exotisme a toujours captivé, aussi soulignez vos racines multiples, soi-disant garantes de philanthropie. Votre arrière arrière grand père espagnol n'aura pas œuvré pour rien.

 

V.                 Sachez saisir votre chance

 

Bien sûr, ce passage à Top of the Pops tombe le premier jour des soldes. Pourtant, si vous souhaitez réussir, il va vous falloir retarder l’achat de ce sac Longchamp. Je sais, c’est difficile, mais KT l’a fait. En remplaçant au pied levé Nas dans le mythique show, la jeune écossaise a catapulté au sommet des charts l’entraînant "Black horse & The cherry tree", avec à la clef 2 600 000 albums vendus, soit la valeur brute d’environ 346666, 67 sacs Longchamp.

VI.               Fournissez quelques tubes imparables

Quelques chœurs jazz, une guitare sèche entraînante et une voix chaude ont suffi à KT pour imposer mondialement le vibrant "Black horse and the cherry tree", explicite  message d’adieu à un goujat. La même recette assura pareille réussite au mignon "Suddenly I see".  Ensuite, tant pis le reste de l'album ressemble souvent plus à du Norah Jones allégé ("Universe & U", "Silent sea") qu'à la pop dynamique de ces 2 hits.

VII.             Médisez de vos consoeurs

Même si "Eye to the telescope" tombe parfois dans la platitude avec quelques ballades éculées et insignifiantes ("False alarm"), Miss Tunstall ne mâche pas ses mots. Lasse de certaines comparaisons récurrentes, la femme orchestre a violemment attaqué sa collègue Dido, vilipendée en des termes peu choisis pour ses lacunes vocales. 500 000 albums vendus plus tard, la rebelle s'excusa et mit fin à la polémique rémunératrice. Aussi, ne reculez devant rien. Votre rivale Carla joue également de l’ocarina ? Peut-être, mais elle ne vous arrive pas à la cheville.

Grâce à ses  6 singles au succès non démenti, cet opus se place parmi les grands cartons de l’année passée. Si quelques morceaux sombrent dans une pénible lenteur, "Eye to the telescope" n’en garde pas moins la fraîcheur de débuts encourageants.

Classe : "Under the weather"

Crasse : "False alarm"

par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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Mardi 8 août 2006

Note album : 8/10

“Les concerts de rock s’opposent au culte chrétien“ Benoît XVI.

John Gillis, dont les parents travaillent pour l’archidiocèse de Detroit, désavouera sûrement le pontife suprême. Benjamin d’une fratrie de 10, le futur chanteur des White Stripes se destinait durant son adolescence à entrer au séminaire, quand un coup d’œil sur son nouvel ampli le fit réfléchir : bien que dotées d’une acoustique enviable, les églises ne se prêtaient aucunement à ses solos démoniaques. Le jeune homme renonça alors aux ordres et devint apprenti chez un tapissier. Quelques années plus tard, Meg White, une jeune barmaid, croisa son chemin. Après une cour en règle, John l’épousa en 1996, adopta peu conventionnellement son patronyme, se fit appeler Jack pour la forme et installa sa femme néophyte derrière une batterie. Ainsi naquirent les White Stripes, du nom des bonbons à la menthe préférés de Meg.

En bon mythe rock, le couple connut un début de carrière obscur et laborieux porteurs d’influences déterminantes. Limité aux scènes de saloons glauques, Jack White conçut rapidement une colère instinctive contre sa situation peu valorisante. Ce 1er album, vieux de 7 ans, libère cette énergie animale au point que son compositeur le considère comme “le disque le plus puissant des White Stripes, un opus brut plein de rage“. Souvent cloués au pilori en raison d’une certaine vacuité instrumentale, les duos retrouvent leur honneur avec cette paire américaine capable d’évoluer pleinement sans basse, sans piano et sans guitare rythmique. Doté d’un dynamisme digne du lapin Duracell, le sieur White comble admirablement ces absences avec une seule gratte sonnant comme 5, notamment pendant le survolté “Jimmy the exploder“, ode à un singe fâché contre toutes les couleurs excepté le rouge. Le mystérieux "Astro" et "The big three killed my baby", pamphlet contre les 3 géants de l'industrie automobile américaine, expriment la même hargne  grâce à un chant intense doublé d'une rythmique efficace et martelée.  Ce son lo-fi s'accomode remarquablement de tonalités blues avec "Suzy Lee", personnage énigmatique présent sur toute la discographie du duo,  ou encore durant une nouvelle version du tube populaire "St James Infirmary blues". Malheureusement, "The White Stripes" pêche un peu par sa densité éprouvante ("Little people", Broken bricks", "Screwdriver") qui rappellera aux moins chanceux l'hyperactivité de Brian et Léa, ces affreux petits cousins aussi hardis qu'épuisants. En effet, le seul moment vraiment calme provient d'une reprise de Bob Dylan, le très beau "One more cup of coffee", œil  d'un cyclone électrique surpuissant.

Véritable diamant brut, ce disque éponyme constitue une version primitive d'"Elephant", avec son rock parfois trop dosé, son blues louisianais et ses pulsations binaires imparables. Un premier album précurseur dont le duo peut légitimement rougir… de fierté.

Classe : "Jimmy the exploder"

Crasse : "Screwdriver"

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par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Lundi 7 août 2006

Note album : 8/10

 

Premier single des Manic Street Preachers à avoir atteint le sommet du Top 40 anglais, "If you tolerate this your children will be next" arbore la seule constante de ce trio en perpétuelle métamorphose : un engagement socialiste indéfectible qui les emmena se produire à Cuba en 2001, fait inédit pour des rockers. Ce triomphe international – l'imposant Fidel Castro lui-même se déclara impressionné – surprend au vu de leurs débuts chaotiques.

Définie en 1988 après quelques remaniements internes, la formation galloise compte initialement 4 membres. James Dean Bradfield (chant) et Sean Moore (batterie) s’appuient sur les compositions du bassiste Nicky Wire. Ce dernier partage le songwriting avec le mystérieux Richey James Edwards, homme de l’ombre au rôle mal défini.  Rebelles, sombres et décalés, les Manic Street Preachers attisent bien vite la vindicte journalistique, notamment en raison d’une philosophie libertaire et arrogante. Pire, les jeunes gens n’hésitent pas à cracher vertement sur toutes les idoles indie du moment. Tel un curé féru de catch, le public réprouve cette attitude provocante mais se jette sur les 3 premiers albums du groupe. Il y découvre des airs punks évoquant irrésistiblement les Sex Pistols.

Le séisme se produit un banal matin de 1995. Miné par la dépression et l'alcoolisme, Richey Edwards disparaît dans la campagne galloise sans laisser de traces. Suicide ou début d'une nouvelle vie ? Nul ne le sait encore aujourd'hui. Toujours est-il que plus rien ne sera comme avant. Ses trois compères décident malgré tout de continuer l'aventure et sortent l'année suivante un album au titre explicite,"Everything must go". Versatiles, les critiques réservent un excellent accueil à ce disque en totale contradiction avec ses précédents. "This is my truth tell me yours", né en 1998, persiste dans cette voie britpop diamétralement opposée aux racines rageuses du groupe et leur apporte la consécration.

Loin de la désinvolture juvénile qui règne alors, cet opus se montre grave et pacifiste avec son titre hommage à une déclaration du leader travailliste gallois Aneurin Bevan. Le flamboyant "If you tolerate this your children will be next" remémore amèrement l'horrible et meurtrière guerre civile espagnole, théâtre du massacre des nombreux républicains opposés à Franco. Dans la même veine, la belle ballade"The everlasting" dénonce la fraternité vacillante entre les peuples. Simples et sobres, les schémas musicaux privilégient les textes sincères  au fil de refrains bien orchestrés quoique un peu répétitifs ("I'm not working", "Be natural"). Quelques titres plus personnels ajoutent encore à l'émotion ambiante, notamment avec le troublant "Ready for drowning", allusion au destin mystérieux d'Edwards dont on retrouva la voiture près d'une rivière, ou "You stole the sun from my heart", évoquant le difficile éloignement des tournées mondiales. Sagement mélancoliques, ces 13 chansons reflètent une douce lassitude quotidienne ("My little empire", "You're tender and you're tired"), un questionnement profond et pertinent. Ce réalisme séduira sans doute bien des opposants à la superficialité environnante.

Classe :  "The everlasting"

Crasse : "Be natural"

Super cadeau :

par Alex la Baronne publié dans : Pop rock classe
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Dimanche 6 août 2006

Note album : 2,5/10

Reflet musical de la société actuelle, Coldplay évoque les travers aseptisés d'un monde où le moindre manquement aux règles équivaut à une odieuse agression. La censure exercée sur le plus infime juron le prouve efficacement : malgré quelques heureuses exceptions, le rock rebelle et spontané vit des moments difficiles. L'heure est au lisse, au politiquement correct, au bon esprit aussi vrai qu'un canapé en skaï. Dans ce contexte ennuyeux, Chris Martin, véritable grand frère bienveillant et consensuel, veille sur vous avec "X&Y", un "chef d'œuvre" pour certains critiques enfin libérés de leur antiques insomnies grâce à cet opus.

Sorti en Juin 2005, ce déodorant auditif laissera dans vos oreilles un parfum discret qui deviendra très rapidement imperceptible. Impossible de dénicher un hit majeur ou même un riff mémorable durant cette traversée d'une morne plaine wallonne, très brièvement animée par les faibles Ardennes "Talk" et "The hardest part". Bien sûr, la susdite kyrielle de comparaisons n'a pas valeur d'argument. Mais comment qualifier un disque que l'on peut entendre 10 fois sans jamais l'écouter ? Comment résister à ces piaulements faméliques ("What if") parfois entourés de chœurs douceâtres ("Fix you") ? Comment ne pas frôler l'hyperglycémie avec ce piano mielleux ("Speed of sound") ? Et surtout, comment supporter un groupe qui nous ressert depuis 6 ans la même tambouille en chaque fois plus diluée ? Ces 4 garçons se moqueraient-ils de nous, attablés devant leur tofu quotidien ? Leur 3è opus possède en tout cas les caractéristiques de la junk food qu'ils vomissent. Un plat vite consommé et sans saveur.     

Classe : "The hardest part"

Crasse : "Speed of sound" (et beaucoup d’autres…)

Autre chronique concernant Coldplay sur ce blog :

Super cadeau :

par Alex la Baronne publié dans : Nullités crasses
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