Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Mercredi 13 septembre 2006

Note album : 5,5/10

 

Malgré son indéniable fugacité, la mode évolue sans aucune transition. Ainsi, le rock crade des années 90 débutantes laissa la place à la pop déprimée d'une fin de millénaire angoissée. Véritable caméléon sonore, Nada Surf survécut à ces 2 cycles musicaux antagonistes avec une polyvalence peu commune.

 

1996. Kurt Cobain a tiré sa révérence depuis 2 ans, détruit par un psychisme survolté. Pourtant, le grunge crache encore un flot de décibels rebelles, sorti tout droit des guitares de Rage against the machine ou Soungarden. Grimé en docte professeur, Matthew Caws, le chanteur de Nada Surf, scande des conseils sarcastiques à une jeunesse décadente.  "Popular", hit incendiaire sur fond de grattes outrées, monopolise la tête des charts US et dénonce la superficialité du milieu universitaire américain où seule l'apparence importe.

 

1998. De l'eau a coulé sous les ponts, amenant dans son sillage le limpide "OK Computer", ode rock mélancolique des tristounets Radiohead. Nada Surf se laisse séduire au point d'imiter le quintette anglais. Elektra, leur maison de disques, accuse le choc. Tout net, ses dirigeants refusent de promouvoir le 2è album du groupe, "The proximity effect", duquel aucun single majeur n'émerge. Une hérésie pour ces requins US, qui limogent sur le champ la formation, en dépit de ventes correctes en Europe. Viennent ensuite quelques années de vaches maigres, animées par l'auto produit "North 6th street", paru un an plus tard. La traversée du désert ne prendra fin qu'en 2003 avec "Let go", sorti sous le label indépendant Barsuk et acclamé par la critique des 2 côtés de l'Atlantique.

 

Dès les premières notes, ce disque apaisé intrigue. Bercé par des accords acoustiques du plus grand calme, le trio américain se situe ici à des années lumières de ses cyniques débuts. Une fois l'effet de surprise passé, la sentence tombe implacablement : ce 4è opus est un peu chiant, surtout dans ses dernières minutes.  Heureusement, 5 premiers titres plus populaires permettent d'éviter le naufrage complet. Après un réussi "Blizzard of 77", le plus dynamique "The way you wear your head" anime brièvement ce disque avec un riff tranchant, le seul de ces 50 minutes mélancoliques teintées de quelques refrains très 60's ("Paper boats"). La meilleure surprise viendra sans nul doute de la magnifique reprise "Blonde on blonde", une douce mélopée au final envoûtant. "Inside of love", belle insomnie pleine de doutes, sonne prématurément le glas de l'attention, tant les titres suivants se ressemblent tous ("Hi speed soul", "Happy Kid"), unis par une tristesse tortueuse dont seuls les arpèges aériens de "Killian's red" s'élèvent un tantinet durant quelques minutes rappelant "Subeterranean homesick alien" de Radiohead. Tristement, les autres morceaux ne possèdent pas la touche de vie nécessaire à une écoute passionnée, malgré une instrumentation de toute beauté.

 

Auteur d'un virage sonore à 180°, Nada Surf a renié tous ses principes initiaux pour une reconversion assez réussie. Toutefois, une hybridation de leurs différentes facettes leur aurait peut être apporté une grandeur qui leur manque encore aujourd'hui, tant ce groupe est aujourd'hui tombé dans une certaine fadeur indigne de son talent. 

Classe : "Blonde on blonde"

Crasse : "Hi speed soul"

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Lundi 4 septembre 2006

Note album : 6,5/10

Préférez-vous les pulls en cachemire ou en polychinchenique mercerisé ? Les steaks dans le filet ou les Big Macs ? Les fraises du jardin ou les fraises Tagada ? Et bien, selon vos goûts, votre choix entre le brut "13 tales from Urban Bohemia" et "Welcome to the monkey house", son artificiel successeur, sera vite arrêté. Loin de sombrer dans une médiocrité abyssale, ce dernier souffre toutefois durement la comparaison avec ses illustres précédents. Car les Dandy Warhols déçoivent ici presque autant qu'ils surprennent. Adieu les guitares imaginatives, les mélopées grandioses, place à une nuée de blips-blips invasifs et aseptisés.

Bien que parfois fades, ces courageuses innovations s'accompagnent heureusement de belles réussites. La brève inauguration rock "Welcome to the monkey house" passe fluidement le pouvoir aux synthétiseurs de "We used to be friends", dont les chœurs enthousiastes donnent immédiatement le ton. Ludique, accrocheur, le groupe délaisse brillamment son austère solennité pendant des refrains pointus contrastant violemment avec la voix rauque de Courtney Taylor. Un enchaînement parfait mène ensuite à l'enchanteur "Plan A", construit quasiment sur le même modèle, quelques guitares en plus.

Ensuite, l'accident bête, la panne sèche d'émotion. Tel une montgolfière percée en plein vol, ce disque part soudain dans des errements chaotiques, avant de s'écraser lourdement sur un sol couvert d'airs patauds. "The dope" et ses basses tuning fatiguent très vite, tout comme "I am a scientist", qu'un sample de l'incommensurable David Bowie ne sauve pas. Sous couverts d'une immunité créative autorisant toutes les dérives, le quatuor américain se lance dans une pléiade d'airs synthétiquement ennuyeux ("I am over it", "Insincere because I"). Presque par hasard, "You were the last high" et surtout  le magnifique "Heavenly" retrouvent de la superbe avec leurs refrains collectifs harmonieux et cosmiques. Une fin d'album morose ("I am sound", "You come in burned") plombera malheureusement ce sursaut d'orgueil bien placé.


Les Dandy Warhols dérouteront toujours. Au lieu de surfer sur le revival rock des années 2000 naissantes, la formation préféra se mettre en porte à faut avec un quatrième opus 80's et décalé, totalement opposé à leur rock psyché habituel. Qu'importe, la reconnaissance finira bien par venir.


Classe : "Heavenly"

Crasse : "Insincere because I"


Autre chronique concernant les Dandy Warhols sur ce blog :


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Lundi 28 août 2006

The Raconteurs – Broken boy soldier

Note album : 7/10

 

"Le nouveau groupe de Jack White". "Jack White et son super-groupe". "Après les White Stripes, Jack White prend les rênes d'une autre formation". Co-leader des Raconteurs, Brendan Benson a dû se sentir un peu délaissé, tant le battage suscité par "Broken boy soldier" s'est focalisé sur son illustre ami. Pourtant, le quatuor américain compte bel et bien 2 frontmen, qui se donnent sans cesse la réplique pendant un surprenant dialogue folk. Aidés de la section rythmique des Greenhornes, le duo improbable livre un premier album où, curieusement, l'influence du chanteur pop Benson prédomine. Certes, les grosses guitares inventives ("Store bought bones") ainsi que le superbe blues (" Blue veins") propres à White montrent bien le bout de leur nez, mais en filigrane, cachés sous des kilos de pop gentillette. Une nouvelle déception pour les gratouilleurs de toutes cordes, encore mis sur la touche par un opus parfois mollasson, à l'instar du dernier White Stripes, "Get behind be Satan".

Malgré l'inaugural "Steady, as she goes", véritable bombe rock aux échos ravageurs, le tandem White-Benson ne convainc pas vraiment. Bourré d'airs à 2 voix aussi agréables qu'oubliables ("Hands", "Level") ce disque évoque un Poulidor musical, toujours placé mais jamais gagnant, même si le folk "Broken boy soldier" et un lumineux "Yellow sun" sortent du lot. La plupart des autres morceaux, "Intimate secretary" et "Call it a day" en tête, sombrent dans une langueur quelconque, loin de l'intense fusion des genres que ces excellents musiciens pouvaient viser. Véritable homme orchestre des White Stripes, Jack White semble aspirer au repos durant ces brèves 40 minutes un peu relâchées. Espérons qu'il nous reviendra en forme. Son super-groupe méritera alors complètement cette appellation gonflée aux stéroïdes médiatiques.      

 

Classe : "Steady, as she goes"

Crasse : "Call it a day"

Super cadeau :

  • Si "Broken boy soldier se révèle bien mais pas top, les prestations live du groupe offrent des moments d'une classe enviable. "Steady, as she goes", dans lequel se fond un fragment de "Hands" le prouve parfaitement lors de cette apparition dans le show américain "Late night with Conan O'Brien"

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Mardi 22 août 2006

Note album : 7/10

A chaque disque son contexte. Tel album vous met de bonne humeur, tel autre vous fait planer, un autre encore anime vos dîners amicaux… et bien "Down in Albion" se fredonne de préférence accroché à un réverbère, les yeux imbibés ouverts sur le vague.  Poète incompris pour les plus rêveurs, pantin ridicule pour les plus cyniques, Pete Doherty donne à la fois envie de rire et de pleurer. Certes, dans ses bons moments le bougre se montre plutôt attachant, empêtré dans une lose presque rassurante pour les François Pignon du monde entier. Mais comment ne pas frémir devant les spéculations que sa mort soi-disant prochaine entraîne ? Pourquoi continuer à glorifier un garçon totalement déshumanisé par les ragots et les drogues dures ? Occupé à commenter les dernières frasques Piteuses, le peuple crucifie avec délectation le nouveau martyr du rock, symbole d'une existence sordidement attirante. Ce dernier, bourreau de sa propre conscience, se vautre pleinement dans le cercle vicieux de la gloriole, jusqu'à en oublier sa plume légère et romantique en route.

Fruit d'une histoire évidemment mouvementée, cet opus mal abouti rappelle la plaie encore béante d'une séparation stupide et douloureuse. En 2003, Pete "Babyshambles" Doherty, flanqué de son ineffable Carl "Papashingles" Barât, entre dans un studio américain pour y enregistrer quelques morceaux nés de leur collaboration fusionnelle. Pete "Yoko Ono" Wolfe, un obscur poète toxicomane connu sous le nom de Wolfman, les accompagne. Très vite, Carl ne supporte plus ce 3è larron à l'influence des plus affligeantes sur son vulnérable comparse. Après quelques engueulades mémorables, il claque la porte et laisse son ami ennemi finir seul. Les "Babyshambles sessions", longues errances stupéfiantes, seront par la suite largement diffusées sur le net. De retour en Europe, bébé chaos ne participe pas à la tournée européenne des Libertines puis, devant l'exclusion prononcée par les autres membres du groupe, fonde son propre quatuor. La suite de ces Feux de l'Amour acides est connue de tous. Pete cambriole l'appartement de Carl, échoue en prison, les deux likely lads se rabibochent brièvement, enregistrent un album, se disputent à nouveau et se séparent peut-être définitivement.

Influencé par ses amis chimiques, le rocker décadent se consacre alors à nouveau aux Babyshambles, une épatante cour de bras cassés. Avec Pat Walden, guitariste raté aussi frais qu'un banc de mérous laissé 48 h au soleil estival, et le Général (qui ne fait toutefois pas partie du groupe), truand reggae rencontré en taule, le sieur Doherty s'attelle à la composition d'un album concept en 3 parties, dénomination pompeuse pour un supposé conte de fées comprenant un début, un milieu et une fin. Un manichéisme réaliste poussera à ne déceler que 2 chapitres sur ce disque : 8 premiers titres plutôt bons et une dernière demi-heure calamiteuse, sauvée par le puissant "Albion", vestige de la gloire libertine.

Attendu par la presse comme le Messie après le brillant single "Killamangiro", jeu de mots évoquant un assassinat crapuleux, Pete Doherty se prend magistralement les pieds dans les rails sinueux de la gloire. Certes, la critique se montra soudain bien sévère avec le longiligne rocker, devenu soudain monstrueux pour avoir perverti Kate Moss, prétendu parangon de vertu qui défile mieux qu'elle ne chante. "La belle et la bête", ode à la passion de ce couple déjà mythique, le prouve amplement, même si ce joli titre reflète bien la poésie d'un songwriting confusément touchant. Parfois terriblement poussifs, les 7 titres suivants se révèlent à l'image de leur auteur, à savoir bordéliques, souvent glauques, mais toujours émouvants. "Fuck forever", déclaration d'amour décalée, se révèle involontairement amusant avec ses couinements frénétiques mis en scène dans un clip qui rappelle fortuitement "Et vice et versa" des Inconnus. La suite se révèle du même tonneau. Petit cris décadents en intro, mélodies chaotiques, allusions aux drogues, ce désordre se délaye parfaitement dans des textes élégants et donne naissance à une pléiade d'airs assez réussis, tel le vaporeux "A rebours"qui précède parfaitement le charmant "32nd of December". Plus rocks, "8 dead boys" et "Pipedown", très réussi avec ses chœurs désinvoltes, montrent combien l'énergie des Libertines n'était pas l'apanage de Carl Barât. Malheureusement, cet opus s'effondre ensuite comme un soufflé raté et finit par énerver franchement. De titres superflus  ("Loyalty song", "Up the morning") en tocades pitoyables – "Pentonville", ode au trou interprétée par le fameux général -, la lassitude gagne, d'autant que Pete ne s'est toujours pas décidé à sortir de sa baignoire pour venir chanter dans le micro. Pire, l'émoi disparaît totalement sur des ballades censées révéler un univers noir et poignant ("In love with a feeling", "Merry go round"). Un tel talent gâché n'a sans doute pas incité à la clémence, en dépit d'une levée de boucliers excessive pour cet album parfois semblable à une maquette. Quelques titres saisissants laissent pourtant espérer un véritable conte de fées la prochaine fois, si notre homme parvient à vaincre ses démons. Optimisme, quand tu nous tiens…

Classe : "Killamangiro"

Crasse : "Pentonville"

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Mercredi 9 août 2006

Note album : 5,5/10

 

Malgré quelques heureuses exceptions, l’univers pop rock reste presque exclusivement masculin. Le mythe musical repose en effet sur des décennies d’hommes rebelles et sensuels adulés par des groupies écervelées. Frêle jeune femme lâchée dans l’arène aux lions, KT Tunstall parvint néanmoins à imposer le style léger d’"Eye to the telescope" au nez et à la barbe de ces messieurs. Quel est le secret de sa réussite ? En quelques points, voici comment s’émanciper des niaiseries formatées d’Avril Lavigne et ainsi légèrement redorer le blason malmené de la pop féminine.

 

I.                    Débrouillez vous toute seule

 

Aidée d’une guitare et d’une pédale, vous ferez bien vite des merveilles. Musicienne accomplie, l’auteur d’ "Eye to the telescope" brave seule sur scène une foule de spectateurs fascinés par sa dextérité.

 

II.                  Soyez jolie sans être vulgaire

 

L’objectif n’est pas de concurrencer les Pussy Cat Dolls. Evitez toutes les situations compromettantes, comme vous retrouver à remuer du fessier devant une R19 customisée, la jupette lamée argent au vent. Cette sobriété focalisera l’attention sur vos talents artistiques. Les romances cristallines ("Other side of the world", "Heal over") de Miss Tunstall le prouvent  efficacement : une guitare vous avantagera bien plus qu’un Wonderbra. En outre, son joli minois réussit même à faire fondre ses détracteurs qui, une fois la vacuité du milieu de son 1er opus dénoncée ("Miniature disaster", "Silent sea"), louent son élégance et sa distinction.

 

III.                Jouez là unique

 

N'hésitez pas à personnaliser votre nom de baptême, comme KT l'a si bien fait. Cet élan de non-conformisme créatif vous différenciera positivement. Toutefois, les cas désespérés nécessitent d'importantes modifications. Le sobriquet G-Net ne masquera pas la ringardise de votre vrai prénom.

 

IV.       Prônez le mélange ethnique

 

Forte d’origines chinoises, écossaises et irlandaises, KT Tunstall a su brasser les influences jazz, soul et pop sur son 1er opus, avec à la clef quelques  airs chaleureux et vibrants ("Through the dark", "Under the weather"). De plus, l'exotisme a toujours captivé, aussi soulignez vos racines multiples, soi-disant garantes de philanthropie. Votre arrière arrière grand père espagnol n'aura pas œuvré pour rien.

 

V.                 Sachez saisir votre chance

 

Bien sûr, ce passage à Top of the Pops tombe le premier jour des soldes. Pourtant, si vous souhaitez réussir, il va vous falloir retarder l’achat de ce sac Longchamp. Je sais, c’est difficile, mais KT l’a fait. En remplaçant au pied levé Nas dans le mythique show, la jeune écossaise a catapulté au sommet des charts l’entraînant "Black horse & The cherry tree", avec à la clef 2 600 000 albums vendus, soit la valeur brute d’environ 346666, 67 sacs Longchamp.

VI.               Fournissez quelques tubes imparables

Quelques chœurs jazz, une guitare sèche entraînante et une voix chaude ont suffi à KT pour imposer mondialement le vibrant "Black horse and the cherry tree", explicite  message d’adieu à un goujat. La même recette assura pareille réussite au mignon "Suddenly I see".  Ensuite, tant pis le reste de l'album ressemble souvent plus à du Norah Jones allégé ("Universe & U", "Silent sea") qu'à la pop dynamique de ces 2 hits.

VII.             Médisez de vos consoeurs

Même si "Eye to the telescope" tombe parfois dans la platitude avec quelques ballades éculées et insignifiantes ("False alarm"), Miss Tunstall ne mâche pas ses mots. Lasse de certaines comparaisons récurrentes, la femme orchestre a violemment attaqué sa collègue Dido, vilipendée en des termes peu choisis pour ses lacunes vocales. 500 000 albums vendus plus tard, la rebelle s'excusa et mit fin à la polémique rémunératrice. Aussi, ne reculez devant rien. Votre rivale Carla joue également de l’ocarina ? Peut-être, mais elle ne vous arrive pas à la cheville.

Grâce à ses  6 singles au succès non démenti, cet opus se place parmi les grands cartons de l’année passée. Si quelques morceaux sombrent dans une pénible lenteur, "Eye to the telescope" n’en garde pas moins la fraîcheur de débuts encourageants.

Classe : "Under the weather"

Crasse : "False alarm"

par Alex la Baronne publié dans : Zone sonore intermédiaire
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