Note album : 5,5/10
Malgré son indéniable fugacité, la mode évolue sans aucune transition. Ainsi, le rock
crade des années 90 débutantes laissa la place à la pop déprimée d'une fin de millénaire angoissée. Véritable caméléon sonore, Nada Surf survécut à ces 2 cycles musicaux antagonistes avec une
polyvalence peu commune.
1996. Kurt Cobain a tiré sa révérence depuis 2 ans, détruit par un psychisme survolté. Pourtant, le grunge crache encore un flot de décibels rebelles, sorti tout droit des guitares de Rage against the machine ou Soungarden. Grimé en docte professeur, Matthew Caws, le chanteur de Nada Surf, scande des conseils sarcastiques à une jeunesse décadente. "Popular", hit incendiaire sur fond de grattes outrées, monopolise la tête des charts US et dénonce la superficialité du milieu universitaire américain où seule l'apparence importe.
1998. De l'eau a coulé sous les ponts, amenant dans son sillage le limpide "OK Computer", ode rock mélancolique des tristounets Radiohead. Nada Surf se laisse séduire au point d'imiter le quintette anglais. Elektra, leur maison de disques, accuse le choc. Tout net, ses dirigeants refusent de promouvoir le 2è album du groupe, "The proximity effect", duquel aucun single majeur n'émerge. Une hérésie pour ces requins US, qui limogent sur le champ la formation, en dépit de ventes correctes en Europe. Viennent ensuite quelques années de vaches maigres, animées par l'auto produit "North 6th street", paru un an plus tard. La traversée du désert ne prendra fin qu'en 2003 avec "Let go", sorti sous le label indépendant Barsuk et acclamé par la critique des 2 côtés de l'Atlantique.
Dès les premières notes, ce disque apaisé intrigue. Bercé par des accords acoustiques du plus grand calme, le trio américain se situe ici à des années lumières de ses cyniques débuts. Une fois l'effet de surprise passé, la sentence tombe implacablement : ce 4è opus est un peu chiant, surtout dans ses dernières minutes. Heureusement, 5 premiers titres plus populaires permettent d'éviter le naufrage complet. Après un réussi "Blizzard of 77", le plus dynamique "The way you wear your head" anime brièvement ce disque avec un riff tranchant, le seul de ces 50 minutes mélancoliques teintées de quelques refrains très 60's ("Paper boats"). La meilleure surprise viendra sans nul doute de la magnifique reprise "Blonde on blonde", une douce mélopée au final envoûtant. "Inside of love", belle insomnie pleine de doutes, sonne prématurément le glas de l'attention, tant les titres suivants se ressemblent tous ("Hi speed soul", "Happy Kid"), unis par une tristesse tortueuse dont seuls les arpèges aériens de "Killian's red" s'élèvent un tantinet durant quelques minutes rappelant "Subeterranean homesick alien" de Radiohead. Tristement, les autres morceaux ne possèdent pas la touche de vie nécessaire à une écoute passionnée, malgré une instrumentation de toute beauté.
Auteur d'un virage sonore à 180°, Nada Surf a renié tous ses principes initiaux pour une reconversion assez réussie. Toutefois, une hybridation de leurs différentes facettes leur aurait peut être apporté une grandeur qui leur manque encore aujourd'hui, tant ce groupe est aujourd'hui tombé dans une certaine fadeur indigne de son talent.
Classe : "Blonde on blonde"
Crasse : "Hi speed soul"
Super cadeau :
- La vidéo d'"Inside of love"
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