Mais où diantre se cache cette fichue salle ? Après avoir manqué me garer en triple file et dans un square, je laisse finalement mon vaisseau sur un terrain vague pratiquement désert, sans même avoir une seconde aperçu le parking vanté par un panneau de signalisation. Heureusement, quelques pékins massés devant un sombre baraquement indiquent l'imminence du concert. Comme toujours, la traditionnelle fouille des sacs tourne au grotesque : Jeen se voit confisquer sa bouteille d'eau afin de faire tourner à plein régime le bar situé dans la salle principale. Il est vrai que bombes lacrymogènes et les kalachnikovs ne constituent pas une gêne au bon remplissage des caisses, contrairement aux litrons de San Pellegrino.
Quelques minutes plus tard, les portes s'ouvrent. Nous voici à présent dans la vaste antichambre de cette gargote, une grande pièce carrée d'ordinaire dévolue aux talents de la scène locale. D.I.V.A.S., le groupe en première partie, connaît ce lieu par cœur. D'abord un peu intimidés, les 4 quadras se lâchent petit à petit, portés par leurs riffs crades tout droit sortis de l'école Pearl Jam. Un bassiste sosie de Mac Lesgy se permet même de petites chorégraphies juvéniles assez décalées, tandis qu'un excellent batteur s'acharne sur ses fûts avec la rage d'un homme seul au monde. Une fois cette honorable mise en jambe achevée, la maigre audience s'en va boire une bière au comptoir. En fait, personne n'attend les HushPuppies. Personne ne sait vraiment qui sont ces perpignanais, symboles d'un renouveau rock français encore relativement confidentiel. Bigarré, le public n'est là que pour s'amuser. Les ravers aux yeux extatiques côtoient les beaufs des fonds de vallée, venus en ville uniquement pour sortir Pamela et la 309 tunnée*. Nous croisons même l'étonnant hybride d'une racaille et d'un membre de Madness, vêtu d'un baggy rentré dans des chaussettes rayées. Ces observations peu amènes trompent admirablement bien mon impatience.
Enfin, les voila. Plutôt beaux gosses, bien mis, le cheveu élégamment en bataille, les HushPuppies ressemblent à s'y méprendre à 5 sujets de sa gracieuse majesté. Pourtant, ils sont bien français. Et leur premier abum, le totalement anglophone "The trap", flanque une claque monstrueuse à bien des groupes britanniques, tout chauvinisme mesquin mis à part. Très influencé par le psychédélisme 60's, le combo mêle admirablement un synthé suranné à du rock garage plein d'accélérations déchaînées, sans toutefois se départir d'une harmonie vocale troublante. "Automatic 6" ouvre le show avec sa douce mélopée à 2 voix, tandis que le batteur récite dans un plot de signalisation un refrain monocorde. Ensuite, tous les tubes de "The trap" y passeront avec une insouciante confiance pleine de spontanéité. Olivier Jourdan, le leader de la formation, ne se ménage pas, invite une audience plutôt réactive à danser et remet ironiquement un contestataire en place, lui intimant l'ordre d'aller se coucher en raison de son jeune âge. Des rythmes enlevés de "You're gonna say yeah" à la sage "Comptine", HushPuppies fait preuve d'une maestria étonnante et enflamme naturellement le public, particulièrement séduit lors du martelé "Pale blue eyes", qui voit le groupe entier reprendre en chœur un refrain incisif. Décidément très en verve, les 5 garçons se permettront même une dynamique reprise du tube des Kinks "I'm not like everybody else". Au bout d'une heure trop brève, le concert s'achève sur le ravageur "Packt up like sardins in a crushtin' box". Il n'y aura malheureusement pas de rappel.
Aussi bons en studio qu'en live, les HushPuppies auront réussi à charmer un public mulhousien pourtant à la base peu sensible – et quel euphémisme – à leur genre musical. Un exploit synonyme d'une grande qualité musicale.
*Bon, je sais, je suis un peu mauvaise langue. Il y avait plein de gens normaux également, mais ce n'est pas drôle d'en parler.
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