Texte Libre

Classe ou Crasse ?

 

Chroniques rock'n'roll d'une Baronne

Samedi 14 octobre 2006

Mais où diantre se cache cette fichue salle ? Après avoir manqué me garer en triple file et dans un square, je laisse finalement mon vaisseau sur un terrain vague pratiquement désert, sans même avoir une seconde aperçu le parking vanté par un panneau de signalisation. Heureusement, quelques pékins massés devant un sombre baraquement  indiquent l'imminence du concert. Comme toujours, la traditionnelle fouille des sacs tourne au grotesque : Jeen se voit confisquer sa bouteille d'eau afin de faire tourner à plein régime le bar situé dans la salle principale. Il est vrai que bombes lacrymogènes et les kalachnikovs ne constituent pas une gêne au bon remplissage des caisses, contrairement aux litrons de San Pellegrino. 

Quelques minutes plus tard, les portes s'ouvrent. Nous voici à présent dans la vaste antichambre de cette gargote, une grande pièce carrée d'ordinaire dévolue aux talents de la scène locale. D.I.V.A.S., le groupe en première partie, connaît ce lieu par cœur. D'abord un peu intimidés, les 4 quadras se lâchent petit à petit, portés par leurs riffs crades tout droit sortis de l'école Pearl Jam.  Un bassiste sosie de Mac Lesgy se permet même de petites chorégraphies juvéniles assez décalées, tandis qu'un excellent batteur s'acharne sur ses fûts avec la rage d'un homme seul au monde. Une fois cette honorable mise en jambe achevée, la maigre audience s'en va boire une bière au comptoir. En fait, personne n'attend les HushPuppies. Personne ne sait vraiment qui sont ces perpignanais, symboles d'un renouveau rock français encore relativement confidentiel. Bigarré, le public n'est là que pour s'amuser. Les ravers aux yeux extatiques côtoient les beaufs des fonds de vallée, venus en ville uniquement pour sortir Pamela et la 309 tunnée*. Nous croisons même l'étonnant hybride d'une racaille et d'un membre de Madness, vêtu d'un baggy rentré dans des chaussettes rayées. Ces observations peu amènes trompent admirablement bien mon impatience.

Enfin, les voila. Plutôt beaux gosses, bien mis, le cheveu élégamment en bataille, les HushPuppies ressemblent à s'y méprendre à 5 sujets de sa gracieuse majesté. Pourtant, ils sont bien français. Et leur premier abum,  le totalement anglophone "The trap", flanque une claque monstrueuse à bien des groupes britanniques, tout chauvinisme mesquin mis à part. Très influencé par le psychédélisme 60's, le combo mêle admirablement un synthé suranné à du rock garage plein d'accélérations déchaînées, sans toutefois se départir d'une harmonie vocale troublante. "Automatic 6" ouvre le show avec sa douce mélopée à 2 voix, tandis que le batteur récite dans un plot de signalisation un refrain monocorde. Ensuite, tous les tubes de "The trap" y passeront avec une insouciante confiance pleine de spontanéité. Olivier Jourdan, le leader de la formation, ne se ménage pas, invite une audience plutôt réactive à danser et remet ironiquement un contestataire en place, lui intimant l'ordre d'aller se coucher en raison de son jeune âge. Des rythmes enlevés de "You're gonna say yeah" à la sage "Comptine", HushPuppies fait preuve d'une maestria étonnante et enflamme naturellement le public, particulièrement séduit lors du martelé "Pale blue eyes", qui voit le groupe entier reprendre en chœur un refrain incisif. Décidément très en verve, les 5 garçons se permettront même une dynamique reprise du tube des Kinks "I'm not like everybody else". Au bout d'une heure trop brève, le concert s'achève sur le ravageur "Packt up like sardins in a crushtin' box". Il n'y aura malheureusement pas de rappel.

Aussi bons en studio qu'en live, les HushPuppies auront réussi à charmer un public mulhousien pourtant à la base peu sensible – et quel euphémisme – à leur genre musical. Un exploit synonyme d'une grande qualité musicale.

 

*Bon, je sais, je suis un peu mauvaise langue. Il y avait plein de gens normaux également, mais ce n'est pas drôle d'en parler.

par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Vendredi 1 septembre 2006

             J'ai beau être bon public, j'ai mal. Réunissez 10 000 personnes. Fournissez leur un uniforme rock. Faites les mariner 1 heure dans une impatience fébrile. Promettez leur un concert époustouflant, basé sur une réputation usurpée. Vous obtiendrez des résultats surprenants. Car malgré une basse sismique et une attitude pédante au possible,  Placebo a mis le feu à un public totalement fanatisé. Il n'y avait pourtant pas de quoi se damner. Au contraire…

 

Indéniablement, le trio laissera un souvenir coriace aux professionnels contraints de le côtoyer. Emus par tant d'humble simplicité, les photographes locaux devront ainsi signer un contrat en anglais – donc invalide sur le sol français – impliquant la cession bénévole de leurs droits d'auteur. Pire, ceux qui n'officient pas pour un quotidien ne pourront pas publier leurs instantanés sans l'aval du groupe.  A son arrivée sur scène, on comprend mieux pourquoi celui-ci se montre si exigeant. Un batteur accro à la Kro , un bassiste-guitariste figurant dans "Cargo de nuit" et un chanteur aux allures de garde forestier : Photo Shop va tourner à plein régime ce soir. Visiblement contraints d'assurer ce concert, le petit Brian et ses copains donnent immédiatement le La d'une soirée ratée. Vous n'avez pas aimé "Meds", leur dernier opus ? Voici le moment rêvé pour sortir le dernier numéro de Télé 7 Jeux et entamer la résolution d'une grille de mots croisés force 4. Vous aurez largement le temps d'y parvenir. Pendant ce temps, nos 3 divas montrent ostensiblement leur dos au public et enchaînent sans mot dire leurs nouveaux titres, intégralement couverts par une vibration venue droit de l'enfer. A 35€ la place – la rançon d'un groupe maintenant roi des ondes – un relent puant d'arnaque flotte. Des sentiments mitigés m'envahissent. Dois-je bénir ou maudire la personne qui me céda sa place ?

Brian, Stefan, leur cameraman : tout le monde s'éclate ce soir

¾ d'heure plus tard, l'intro d'"Every you every me", tube glam des grandes années du groupe, résonne enfin. Là encore, la déception l'emporte. Nonobstant sa voix si vibrante, notre leader charismatique n'insuffle aucune vie à ses chansons, même les meilleures. "The bitter end" et "Special K" finiront elles aussi massacrées par une interprétation insipide, tandis que sa suffisance Molko, assis au pied de la batterie, observe nonchalamment son pote Stefan Olsdal, figé comme un stalactite devant lui. Quant aux 2 membres additionnels, respectivement bassiste et claviériste, leur présence se fait des plus discrètes, sans doute pour ne pas froisser l'égo démesuré de leurs employeurs.

 

Toutefois, le clou rouillé du spectacle est à venir. Durant une bonne demi-heure, j'ai cherché une formulation diplomate résumant ma pensée, sans succès. Brian prend ses fans pour des cons, les conchie jusqu'au trognon, se fait éhontément du blé sur leur dos. Après tout, pourquoi se priver puisque ces derniers en redemandent ? Soudain tout sucre tout miel, le chanteur apostrophe la foule dans son français parfait et distingué, dont il pourrait user un peu plus souvent. "Nous tournons un clip pendant ce show", explique-t-il. "Mais la première prise a été ratée. Par conséquent, nous allons rejouer la chanson". Et d'ajouter, magnanime : "SI vous bougez bien, il se POURRAIT que vous soyez dans la vidéo.". Notre chenille mal embouchée se mue alors en un papillon scénique pour 3 minutes d'hypocrisie délétère, en pseudo osmose avec son public bien aimé. Un rappel plus tard, le groupe détruit le splendide "20 years". Quelle importance ? L'audience aurait accueilli "Alice ça glisse" ou "Cuitasse les bananasses" avec la même ferveur.  Décidément, l'amour rend aveugle, sourd et masochiste.

 

par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Jeudi 31 août 2006

 

- Dis moi Alex, ta sœur est-elle également une greluche ? me demanda un soir C., grand diplomate dans l'âme.

Si la réponse n'a présentement aucune importance, cette question met en exergue un trait essentiel de ma personnalité : ma naïveté contemplative. Toujours prête à couiner mon enthousiasme, j'admire sans lassitude les papillons, les reflets ensoleillés sur la mer et l'eau sortant du robinet tous les matins. Parfois franchement pénible ("Enfin, viens, ce n'est qu'une vache !"), cette absence totale de blase amuse généralement mon entourage, gratifié de récits parfois un peu enjolivés par un lyrisme excessif.

Laissez moi donc vous conter comment ma roue de la fortune personnelle, d'ordinaire bloquée sur "mésaventures grotesques", s'arrêta Mardi 15 Août sur la case "nirvana futile". Une pause brève mais intense, fièrement narrée ici pour la 3142è fois en 2 semaines.

Déjà fini. Le concert de Franz Ferdinand me laisse enchantée et rêveuse. Dans le prolongement naturel de cette soirée idyllique, Jul, Jeen et moi nous dirigeons vers un stand où quelques margaritas esseulées crient leur désespoir. En bonne alsacienne – habituée des tavernes – barmaid officielle du tournoi inter chimie 2003 (aucune mention inutile), je pose avec joie mon coude sur le comptoir. La soirée s'annonce brillamment trouble.

A ma grande surprise, Jeen m'enveloppe soudain sous son bras indéfectible et, malgré mon meuglement de déni, m'entraîne dans la peuplade avinée. Après un parcours chaotique, elle pile net.

- Tu les vois ?

Si je les vois... Ils sont tous là, à 2 mètres de moi. Alex le dandy, Nick le beau gosse, Bob l'ours et Paul le joyeux drille. Franz Ferdinand. En bons britanniques raffinés, les 4 garçons découvrent simplement les charmes du vignoble local, au beau milieu des badauds. Si ma première réaction, aussi spontanée que niaise, s'apparente à du dépit ("Mais Alex n’est pas très grand !"), un sourire béat envahit bien vite mon visage. En bonne mère poule, Jeen me "jette dans les bras du chanteur" (sic). Une photo plus tard, je suis rouge comme une muleta. Décidément, un rien suffit à mon bonheur.

Retour à ma margarita. Julien écoute patiemment mon récit tandis qu'un 2è verre atterrit sous mon nez épanoui. Une fois ce dernier achevé, un curieux phénomène se produit : il me semble voir Michel Blanc au fond. Les yeux écarquillés, je tente de conjurer cette hallucination. Car c'est bien lui. Monsieur Duss. La combinaison de ski jaune poussin, le crâne ovoïde, la moustache grasse, le roi du planté de bâton m'invective soudain.

- Oublie que t'as aucune chance, vas-y, fonce !

Julien et Jeen conversent gaiement et ne prêtent pas attention à mon manège. Dans une moue boudeuse, j'avoue à Michel ma timidité maladive. Son ire me surprend :

- Arrête un peu de jouer les mijaurées ! Tu nous bassines avec ces 4 rosbifs depuis des plombes et maintenant tu renâcles. Un peu de courage, sacrebleu ! Souviens-toi, ce mariage champêtre où un Jacky Furtz aviné a dit que tu ressemblais à Claudia Schiffer… Ben il avait raison !

Ma confiance au plus haut, je pars en mission mondaine, un ultime cocktail à la main. La foule s'écarte sur mon passage comme la mer rouge sur les pas de Moïse (bel exemple de magnification épique). Après avoir écouté la déclaration d'une Heidi locale ("Your concert ouase grête. Ken Aïe Eve eune autographe ?"), je touche enfin au Graal*. Monsieur K me regarde. Sans trop réfléchir, je lui parle de "(Margarita), love & destroy", ma chanson préférée du groupe. Vraiment très urbain, le chanteur me répond posément, quand un être sombre intime au groupe l'ordre de… rentrer à l'hôtel. Le quatuor s'exécute sagement. "Ah, dira plus tard mon papa, le rock, ce n'est plus ce que c'était."

Après cette rencontre surprenante et bon enfant, je pense envoyer mon témoignage à Jean-Luc Delarue : ces quelques moments ont bouleversé mon existence et renforcé mon assurance. La prochaine fois que ma boss me demandera de nettoyer le four ou d'arroser son baobab, ma riposte sera cinglante. "Attends, tu m'as vue ? Je suis une Est people moi !". Une Est people heureuse, de surcroît.

*Raaaa, toutes ces références bibliques commencent à m'agacer ! Alex Kapranos n'est pas un Dieu, que diable !

Super Cadeau : ZE photo de ma rencontre, en super exclu pour ce blog !!!

                                             De g à d : Monsieur K, Moi et Jeen (photo : Jean-Marc Hedouin)

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par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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Mercredi 30 août 2006

(NB : un grand GRAND merci à Julien pour les photos ! Et un grand GRAND merci à Jeen et Julien pour avoir supporté mes élans groupiesques !)

 

D'un geste mal assuré, je balaye la framboise en gelée qui vient d'atterrir sur le chat mongoloïde ornant mon pyjama. Aucunement rebuté par le silence pesant, mon père entame la conversation. Je hais le matin. Pire, je hais les conversations du matin.

- Alors, c'est le grand jour ? Tu vas enfin voir tes bellâtres ?

Après quelques instants de perplexité, la mémoire me revient. Le plaisir s'éprouve dans l'attente. Depuis 2 mois, ce concert de Franz Ferdinand, sans doute attiré par le Gewurztraminer cher à ma ville natale, hante les méandres cachés de mon esprit enthousiaste. Toutefois, à l'aube du grand jour, je me fous éperdument de ces "bellâtres". "The dark of the matinée". Un intitulé pertinent dont j'éprouve  chaque jour la signification profonde.

Dans l'après-midi, Jeen, Jul et moi savourons un repos bien légitime après une improbable expédition shopping. Les ferventes exhortations de mes amis n'y changent rien. L'émoi me fuit. Conjuguer cet évènement au passé me déplait souverainement. Sitôt vu, sitôt fini. Restent juste quelques souvenirs figés. Quelle tristesse.

Une fois installée dans la fosse derrière une meute de minettes rayées, j'arrête de me prendre pour Thom Yorke, d'autant que la première partie, assurée par Superdog, se révèle un amuse gueule de choix. Entraînant, amusant, le quatuor alsacien livre une pop anglophone bourrée de chœurs chers aux  Beatles. "I wanna hold your hand" semble parfois renaître de ses cendres avec ces airs légers. En osmose avec le chanteur, je complète ses vannes ("J'dis ça… j'dis rien") et gagne une réputation de mage solaire auprès de Jeen. Réputation confirmée à l'arrivée tardive de Franz Ferdinand. Nul besoin d'utiliser ma plus belle voix de poissonnière pour réclamer mes chansons favorites, Alex Kapranos et sa bande gratifieront des tribunes à moitié vides (4500 places vendues sur 10 000)d'une setlist magistrale. 19 morceaux, pas moins, pendant une heure et demie d'un show parfaitement huilé et préservé de la lassitude par l'énergie époustouflante du groupe, pourtant en tournée continue depuis 3 ans.

 

 Monsieur K, leader charismatique (photo : Julien Kauffmann)

Fidèle à son dandyisme raffiné, le quatuor débarque rasé de près, les fringues rutilantes, à l'extase de jeunes filles dont le menu quotidien se résume souvent à des lycéens poilus et insalubres*. Dès les premières notes de "This boy", un splendide beauf en jogging, le cheveu gras et l'œil marécageux, se glisse frauduleusement devant moi. Adieu les jeunes gens élégants et les guitares pailletées, place à une vue panoramique sur une profusion de pellicules. Cette intrusion frustrante me transforme en véritable gorgone et je pousse violemment ce malotru, définitivement expulsé par Jeen lors d'un pogo déchaîné. Toutes à notre joie, nous piétinons les pieds de nos malheureux voisins au cours de chorégraphies inspirées des mouvements raides d'un cousin proche des Playmobils, le leader Alex Kapranos. Parfois critiqué pour quelques couacs vocaux, ce dernier maîtrise parfaitement les aigus de "Come on home", servi par un son impeccable. Un véritable soulagement pour les organisateurs, navrés de la calamiteuse saturation qui plomba la prestation de Jamiroquaï la veille. Quelques chansons oubliées depuis belle lurette resurgissent plaisamment, à l'image du pétillant "Tell her tonight", interprété par le beau guitariste Nick Mc Carthy. Outre ces tubes extraits du premier album, la formation dégaine un véritable bazooka festif : le binaire et entraînant "Do you want to ?", diaboliquement efficace sur scène. Car le groupe transcende même ses chansons les plus faibles, comme l'insupportable "Linsey Wells",  co face A du single "The Fallen", fort agréable en live malgré sa niaiserie patentée. Une fosse bondissante à souhait accueille ensuite les imparables "I'm your villain" et "The dark of the matinée", aux riffs acérés parfaitement maîtrisés. Ecrasées contre les barrières par une densité de population excédant celle d'un bus pékinois à l'heure de pointe, les groupies retrouvent un second souffle avec l'acoustique "Eleanor put your boots on", directement suivi de "Walk away", superbe ballade cynique où le batteur Paul Thomson s'empare d'une guitare et laisse sa place derrière les fûts au poupin Andy Knowles, claviériste attitré du groupe. Enfin survient l'apothéose grâce au mythique "Take me out", qui précède idéalement mon morceau préféré, "Darts of pleasure", au finish teuton vertigineux.  Superfantastisch...

                            Nick Mc Carthy et Alex Kapranos (Photo : Julien Kauffmann)

Sous les vivas, les 4 garçons de Glasgow quittent la scène après l'ambigu "Michael". Aussi prévisible qu'une bûche de Noël un 24 Décembre, le rappel s'annonce flamboyant. Il le sera, notamment durant "Outsiders", où Alex Kapranos séduira définitivement le public avec une présentation francophone de ses comparses, rejoints pour l'occasion par 2 percussionnistes supplémentaires. "This Fire", morceau final habituel, laisse un public ébloui et déjà nostalgique. Certes, quelques blasés dénonceront un show trop répétitif, des blagues maintes fois déblatérées et surtout une interprétation manquant d'originalité. Si la majorité ne brille pas toujours par son discernement, les mines épanouies de bien des spectateurs masqueront ces voix dissonantes. Franz Ferdinand possède en effet une caractéristique propre aux plus grands groupes : la capacité de toucher personnellement chaque âme fondue dans la masse d'une audience suante et sautillante.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Encore une réussite pour les Franz (photo : Julien Kauffmann)

 

 

* Je SAIS bien que cet adjectif ne s'utilise pas pour qualifier les êtres humains. Toutefois, son emploi accidentel durant une de mes tirades contre le tennisman Marcelo Rios provoqua l'hilarité de mes parents. Papa, Maman, si vous retrouvez l'adresse du blog de petite chérie, cette phrase vous attend.

Super cadeau : 

  • "Outsiders" à T in the Park... Quelques invités surprise s'en mêlent... 

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Jeudi 13 juillet 2006

Julian Casablancas a dû se sentir parfois un peu seul Vendredi soir

23h30

Spectatrice lambda

Pourquoi suis-je encore ici ? Mes yeux se ferment tout seuls et Cédric me manque. A cause de son fichu travail, il n'a pas pu m'accompagner. En réalité, seule Léa veut vraiment voir les Strokes. Il parait que le batteur est trop craquant. C'est le fiancé de Drew Barrymore, la gamine d'ET.

Alex la groupie

A peine remise des Arctic Monkeys, soufflée par le slam interminable du leader de Dionysos, je me laisse tomber dans l'herbe fraîche. Ma lassitude physique s'estompe à la perspective de l'évènement : dans 40 minutes, les Strokes envahiront la scène. Leurs rares apparitions provinciales me font mesurer pleinement ma chance d'assister à ces Eurockéennes. 2 autres festivals français  recevront le quintette cette année.

0h00

Spectatrice lambda

"Mais qu'est ce qu'ils foutent ?" L'herbe humide colle à mes fesses. Quelle idée d'avoir mis mon baggy préféré. Je devrais me lever mais la fatigue m'en empêche. Cédric a bien fait de ne pas venir. D'après lui, les Strokes sont 4 fils à papa anglais dépourvus de toute originalité. Il a sans doute raison.

Alex la groupie

La fièvre commence à monter… pour moi. Devant, certains fustigent l'absence de petits dealers. Pourquoi ne pas militer pour l'ouverture d'un coffee shop sur la grande scène ?

0h15

Spectatrice lambda

5 grands pouilleux débarquent enfin sur scène. Ils ne sont pas très beaux. Les 3 guitaristes exhibent des styles capillaires défiant les lois de l'hygiène et le chanteur hurle comme un damné. Quant au batteur… bof, il est caché derrière sa batterie.

Alex la groupie

Début du show. Fidèles à leur réputation de mecs cools et branchés, les Strokes arrivent en Converse et T-Shirts. Une exception toutefois : le guitariste à la touffe affro Albert Hammond, engoncé dans un costume blanc très 70's. Il se lance  dans le solo de "Juicebox". Un vrai bonheur.

0h20

Spectatrice lambda

J'ai l'impression d'avoir déjà entendu ce truc quelque part… Mais oui, c'est la musique de la pub EDF ! C'était donc eux !

Alex la groupie

Murmures stupéfaits. L'audience, jusque là aussi dynamique qu'une assemblée de poulpes, s'anime soudain. Merci EDF. Je ne boude pas mon plaisir et martèle gaiement "The end has no end".

0h30

Spectatrice lambda

Léa est vraiment déçue car cette prestation n'atteint pas le niveau de l'album. Je m'en fous. J'ai mis mes boules quies.

Alex la groupie

Les tubes s'enchaînent, de "Last nite" au tout dernier single "You only live once". Seul absent de marque : le 2è album, "Room on fire". Peu satisfait de cet opus, le groupe nous en proposera uniquement les singles "Reptilia", "12:51" et "The end has no end", contre 7 titres pour chacun de leurs 2 autres albums.

0h40

Spectatrice lambda

Manon prend mal ma réflexion sur sa prise de poids récente. Elle s'en va. Saisie d'un remords, je lui envoie plusieurs SMS qui demeurent sans réponse.

Alex la groupie

Toute à ma joie, je réveille F., mon voisin, pour lui signaler le début d'"Ize of the world", un de mes morceaux préférés. Il me regarde comme si je lui parlais des satellites de Neptune et se rendort aussitôt (NDLR : oui F., je sais, tu travailles, TOI).

0h50

Spectatrice lambda

Une grande braillarde me percute. Cette fille est folle. Elle connaît toutes les chansons par cœur. Du coup, le texto que je tapais amoureusement à Cédric part chez mon ex. Aïe aïe aïe… Je me sens trop mal.

Alex la groupie

Malgré mes boules quies, je m'entends parfaitement chanter sur "Vision of division", sans doute le moment le plus intense du concert avec son solo de guitare chavirant. Les autres spectateurs me décochent des regards outrés. Quelle idée d'être enthousiaste.

1h10

Spectatrice lambda

Ces lumières clignotantes me collent mal aux yeux. J'ai l'impression d'être au Macumba Night de Mykonos avec mes parents. Quel ennui. Les chansons se ressemblent toutes.

Alex la groupie

Une fois encore, j'admire la beauté du spectacle. Bien sûr, les Strokes ne sont pas des bêtes de scène. Ils ne sautent pas dans tous les sens, ne se jettent pas dans le public. Tout simplement, le groupe a choisi de s'effacer derrière sa musique par des jeux de lumière chatoyants et colorés. 

1h20

Spectatrice lambda

Il semblerait que le chanteur essaye de blaguer. Je m'en fous, je ne parle pas anglais.

Alex la groupie

Julian Casablancas déclare courageusement sa flamme au public, malgré la relative indifférence de ce dernier. Sa voix chaude et vibrante me fait frissonner.

1h30

Spectatrice lambda

Vraiment, les programmateurs n'ont rien compris. Daft Punk aurait dû passer avant.

Alex la groupie

Fin du concert. Qu'on se le dise, l'élégance ne paie plus. Une setlist étalée sur 3 albums brillants, un son impeccable et une exécution technique parfaite n'y changeront rien : les Strokes resteront trop sophistiqués pour les uns, pistonnés pour les autres. Et formidables pour moi.

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par Alex la Baronne publié dans : Journal d'une groupie
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