Note album : 9,5/10
Entre l'impatience et la crainte, mon coeur balance. "Neon Bible" est un disque que j'aimerais pouvoir chroniquer dans un an seulement, le temps d'apprécier pleinement toute sa complexité. Malheureusement, le temps presse, surtout pour un disque si attendu. Un disque que j'attendais également, mais avec une joie teintée d'angoisse. Un frisson dans la plume, j'imaginais déjà le pire. Et si je n'aimais pas "Neon Bible" ? Déjà mythiques après leur premier album, l'éblouissant "Funeral", The Arcade Fire appartient d'ores et déjà à la guilde enviée des artistes intouchables, celle dont le talent aussi rare qu'unique interdit toute critique
Oh, bien sûr, avant cette 2è production, quelques voix pessimistes s'étaient élevées, isolées dans un marasme fébrile et enthousiaste. "Neon Bible" ne serait jamais aussi surprenant que "Funeral". Le petit orchestre montréalais allait perdre sa naïveté et son innocence au profit d'un sérieux né d'une kyrielle d'éloges trop kilométrique pour ne pas coller la grosse tête.
Etrangement, sans que cela entache le moins du monde l'extrême qualité de ce deuxième album, ces reproches sont plutôt justifiés.
D'une façon ridiculement évidente, "Neon Bible" ne peut pas bénéficier de l'exquis effet de surprise qui profita à "Funeral". Chronologie oblige. The Arcade Fire se trouve à présent face au défi malaisé de la confirmation. Bien que soutenus par une presse acquise à leur cause brillamment unique, les 7 montréalais ne sont pas encore tout à fait à l'abri d'un retour de bâton cinglant venu d'une opinion publique extrêmement versatile.
"Neon Bible" ne contient aucun titre d'une fraîcheur enjouée comparable à celle de "Rebellion (lies)". D'ailleurs, tout est dit dans le titre de ce disque. On imagine très bien les membres d'Arcade Fire totalement reclus dans leur église reconvertie en studio, en proie au silence quasi religieux précédant toutes les grandes œuvres. On imagine ensuite la genèse mystique des premiers morceaux, mue par une réflexion finalement bien peu rock'n'roll, dans le sens le plus basique du terme. On imagine l'émerveillement enfantin du groupe devant l'acoustique exceptionnelle des vieilles pierres saintes, son désir forcené de singularité, ses réflexions torturées.
Enfin, le résultat de cette démarche complexe se retrouve sur les platines du monde entier. "Black mirror" et ses violons explosent avec une profondeur vibrante, dans un final aux chœurs faussement naïfs. Puis "Keep the car running" prend le relais pour une mélopée parfaitement intemporelle, évocatrice de paysages automnaux grandioses, éclairés par une lumière dorée chatoyante. Plus minimaliste, la chanson titre apporte une pause bien méritée avant l'éblouissant "Intervention". Mu par un orgue à la limite de la grandiloquence, ce titre d'une intensité poignante s'offre même un xylophone pour 4 minutes aux paroles sombres ("Looking for a church when your family dies, you take what they give you and keep it inside") contrastant avec une atmosphère au romantisme flamboyant, digne du final d'"Autant en emporte le vent". L'intensité est à son comble quand débute "Black wave – bad vibrations", où l'on entend enfin la voix magnifique de Régine Chassagne, peut-être un peu délaissée vocalement dans cet album au profit de son Win Butler de mari. Ce dernier parachève ensuite un chef d'œuvre d'intensité durant "Ocean of noise", dont le piano aérien précède admirablement la chaleur des cuivres ultimes. Le disque prend ensuite une orientation plus new-wave avec "The well and the lighthouse" et "No cars go", déjà présent sur le premier EP du groupe et orchestralement magnifié ici. Accordéons, xylophones, les instruments les plus inhabituels se succèdent sans le moins faux pas, jusqu'à l'immense et soul "My body is a cage". L'orgue se tait. Et l'on reste béat d'admiration, un frisson résiduel sur l'échine. Car il n'est pas d'exercice plus périlleux que le lyrisme. Les inclassables de The Arcade Fire peuvent se targuer d'être de sacrés funambules.
Classe : "Black mirror", "Intervention", "My body is a cage", "No cars go"
Crasse : "Antichrist television blues"
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Qu'importe le fond, pourvu qu'il y ait la forme. Impeccablement calés dans les standards du rock actuel, bien des groupes pudiquement qualifiés de "moyens" remportent l'adhésion populaire grâce à leurs mèches frontales et quelques riffs bien tronçonnés. Ce n'est malheureusement pas le cas des Datsuns, dont le look académique cache pourtant une créativité et une fougue remarquables. A se demander à quoi pense parfois ce salaud de succès.
Je l'avoue, je n'ai rien trouvé de plus original. Comme les White Stripes, les Kills sont un duo mixte. Comme les White Stripes, les Kills ne supportent pas la moindre intrusion dans leur univers décalé. Comme les White Stripes, les Kills privilégient un son résolument lo-fi, perdu quelque part entre blues rocailleux et rock garage plus moderne. Comme les White Stripes, les Kills livrent d'excellents albums. Seule nuance de taille : chez les Kills, c'est madame qui chante.
Il fait mal vivre dans cette cité lugubre. Les maisons de briques noircies se succèdent inexorablement, les cheminées d'usines agonisantes crachent une fumée malsaine. Dans une rue en pente, sous le crachin, 5 types avancent presque à reculons. Il y a un blondinet poupin, un beau gosse un peu pale, un taiseux caché sous un bonnet, un bouclé rigolard et un mec bizarre coiffé d'un drôle de chapeau. Ce sont les plus grands losers de Leeds. A eux tous, ils cumulent les journées de chômage et les jobs miteux à une vitesse effarante. Pour meubler leurs morne temps libre, ils ont monté un combo garage, Parva. Et tout le monde se marre. Car Parva n'est ni plus ni moins que le plus mauvais groupe de la ville. Un mauvais groupe qui s'est fait virer comme un malpropre par un petit label l'avant-veille d'une convoitée signature, en prime.
Ceux là, personne ou presque ne peut les blairer. Leur chanteur chante comme une scie sauteuse, leurs titres s'apparentent à du Talking Heads – Radiohead – Velvet Underground (toutes mentions utiles) bas de gamme, et en plus, ces sales snobinards ont été consacrés sur internet. Ne parlons même pas de leur nom - à - rallonge - à-la-noix-garant-d'une-touche-arty. Il n'empêche, malgré toutes leurs imperfections, les Clap Your Hands Say Yeah possèdent un sens indéniable de la mélodie. Mieux, ils possèdent le pouvoir magique d'insuffler une émotion vibrante à chacune de leurs chansons.
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